Cracher dans la soupe

La chanteuse Annie Villeneuve s'est récemment méritée une... (Photothèque Le Soleil)

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La chanteuse Annie Villeneuve s'est récemment méritée une poignée de commentaires négatifs parce qu'elle a lancé une campagne de sociofinancement pour payer l'enregistrement de son prochain album.

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(Québec) CHRONIQUE / Voilà 15 ans, j'ai été dépêchée pour couvrir au pied levé un spectacle à la salle Albert-Rousseau. Les 3 ténors de l'humour, en référence aux «vrais» trois ténors, rodaient un spectacle qui mariait l'opéra aux blagues. Je ne savais pas à quoi m'attendre.

Je n'ai pas ri, pas une fois.

La salle était pleine, j'étais la seule à ne pas me taper sur les cuisses. Et là, j'avais le choix pour écrire ma critique : soit j'écrivais que je n'ai pas trouvé ça drôle, soit que j'écrivais que le public s'est bidonné. 

J'ai parlé du public. Des gens qui avaient, contrairement à moi, payé pour venir voir le spectacle. J'ai recueilli quelques commentaires à la fin, ils étaient unanimes, ils en avaient eu pour leur argent. J'ai fait ce que j'enseigne à mes enfants lorsqu'ils grimacent à table, ce n'est pas parce qu'on n'aime pas que ce n'est pas bon.

La nuance est importante.

Mais la nuance est une espèce en voie de disparition. On l'a bien vu la semaine passée dans l'«affaire Martin Matte» quand Fred Dubé et Guillaume Wagner sont tombés à bras raccourcis sur leur «confrère», à qui ils reprochaient de faire des pubs pour une chaîne de supermarchés. 

On l'a vu aussi dans l'«affaire Annie Villeneuve», la chanteuse a reçu une volée de bois vert parce qu'elle s'est tournée vers le sociofinancement, via La Ruche, pour payer son cinquième album. Elle veut amasser 60 000 $ pour aller enregistrer à Nashville, elle n'oblige personne à sortir sa carte de crédit.

C'est un «qui m'aime me suive».

Une autre chanteuse, Ariane Zita, qui se décrit comme une «artiste autodidacte», a écrit sur un blogue tout le mal qu'elle pensait de l'idée d'Annie Villeneuve. «Comme plusieurs d'entre nous, je suis "tombée de haut" lorsque j'ai pris conscience de la campagne de sociofinancement lancée par la chanteuse et ex-vedette de Star Académie Annie Villeneuve la semaine dernière.»

Elle reproche principalement à la chanteuse d'offrir, pour 350 $, la «récompense» d'être choriste sur son album.

Elle n'est pas la seule dans ce concert discordant, des internautes se sont répandus en insultes et en fiel, dépeignant la chanteuse comme un vulgaire Gavroche. Certaines personnes qui ont plus de temps à perdre que d'autres ont «photoshopé» le minois d'Annie pour lui donner des airs de femme battue. 

Tout ça parce qu'elle offre à ses fans d'acheter son disque à l'avance, comme on achète un billet de théâtre.

Ça ne devrait déranger personne.

En fait, on devrait même s'en réjouir, on reproche souvent aux artistes de vivre aux crochets de l'État et d'abuser des deniers publics. Mercredi en fin de journée, elle avait atteint presque 75 % de son objectif, il lui reste un mois pour amasser les 15 000 $ manquants. Si le montant n'est pas atteint, chaque donateur reprendra ses billes.

Le sociofinancement est ici un baromètre de l'appui populaire.

De voir des artistes se lancer ainsi de la boue m'a fait repenser à une autre affaire, qui date déjà de 13 ans, Christian Bégin avait créé un tollé monstre en reprochant à Stéphane Rousseau d'avoir pris la place d'un «vrai» acteur dans Les invasions barbares. Il avait écrit une lettre pour déplorer l'invasion des humoristes.

Dix ans plus tard, on lui en parlait encore. Le collègue de La Presse, Hugo Dumas, était revenu sur le sujet en entrevue. «Ce que je questionne, encore aujourd'hui, c'est la mercantilisation des choses. [...] Mon erreur a été de nommer quelqu'un et de cristalliser le débat. On ne devrait pas critiquer le métier d'un confrère, si ce n'est pas notre métier de critiquer.»

Il accusait, en somme, le réalisateur Denys Arcand d'avoir fait passer le box-office avant la qualité de son oeuvre. 

Il a eu l'air du gars jaloux. Comme Wagner et Dubé en montrant du doigt leur «collègue», comme s'ils avaient le monopole de la vertu. 

Pierre-Yves McSween l'explique bien dans son blogue du Voir. «Le système que tu critiques te fait vivre et te donne cette fausse sensation de liberté et de désinvolture. Parce que pour que le monde sache que tu es drôle et que tu existes, il faut toute une réaction en chaîne. Cette réaction est issue du mouvement de capitaux. Le jour où tu ne vendras pas de DVD, que tu ne feras pas de spectacles et que tu accepteras d'être payé contre un panier de tomates cultivées dans mon jardin de façon 100 % naturelle, tu pourras t'élever au bout de la mêlée de l'idéalisme du pays des licornes.»

Wagner a répliqué «une dernière fois» jeudi sur sa page Facebook, pourfendant Maxi le mauvais citoyen corporatif. «Martin Matte lubrifie les rapports entre cette compagnie et le public. Il se sert de son grand talent et de sa sympathie pour rendre ce genre de crapules sympathiques par association. Ce n'est pas anodin.»

Il accuse Martin Matte de cautionner le cheap labor au Bangladesh. 

Et, «à ceux qui me reprochent de faire moi-même partie de ce système, je répondrai ceci: on peut parfaitement faire partie d'un système et le critiquer.»

Au risque de se tromper de cible.

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