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Le cortège funèbre qui transporte les cendres de... (AP, Natacha Pisarenko)

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Le cortège funèbre qui transporte les cendres de l'ancien  président Fidel Castro a amorcé sa traversée de Cuba, mercredi, un périple qui durera quatre jours.

AP, Natacha Pisarenko

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(Québec) CHRONIQUE / «Si au moins, on pouvait enterrer nos morts comme il faut.»

L'homme qui regarde d'un oeil plus que distrait l'hommage télévisé de Fidel ne parle pas d'avoir un cortège funèbre qui traverse le pays, juste des funérailles décentes. Il ne sera pas sur le bord du chemin pour voir défiler les cendres de Castro.

Il a autre chose à faire.

Les cérémonies entourant le décès du Comandante en Jefe atteignent des proportions dantesques, le pays entier est paralysé jusqu'au 4 décembre à minuit, l'alcool et la musique interdits, on rapporte des arrestations çà et là de gens ayant osé défier les ordres. Mercredi, les cendres ont quitté La Havane pour prendre la route jusqu'à Santiago, à l'est du pays, en passant par la Sierra Maestra.

Dans la nuit de mardi à mercredi, un périmètre de sécurité encerclait déjà la ville en entier, interdisant ainsi l'accès à tous les véhicules.

Je suis arrivée à l'aéroport de justesse.

J'aurais voulu trouver un officiant pour savoir comment ça se passe quand un Cubain meurt, un «simple» Cubain, pas celui qui a dirigé le pays pendant un demi-siècle, le temps m'a manqué. Un journaliste de l'AFP l'a fait en février, a constaté que les rations, ce n'est pas que pour le riz et les fèves noires.

C'est pour les funérailles aussi.

En voyant tout le branle-bas de combat depuis samedi, l'homme ne peut s'empêcher de penser que, lorsqu'il mourra, il se retrouvera probablement dans une fosse commune, dans un cercueil de bois vert.

L'État communiste fournit gratuitement le cercueil, de base, un lieu pour veiller le mort et un enterrement. Pour l'option «incinération», c'est 13 $ de plus, environ la moitié du salaire mensuel.

Plus les fleurs.

Dans son reportage, le journaliste a rencontré le diacre Miguel Pons, qui lui raconte que les cercueils - des boîtes de bois - sont parfois de si piètre qualité qu'ils menacent de défoncer en chemin. Il doit à l'occasion faire les prières à côté du véhicule, les risques de le déplacer étant trop grands.

Quand il y a une vitre sur le dessus, il arrive qu'elle tombe sur le défunt. Le diacre ne sait pas à quel saint se vouer. «Les gens se plaignent et me disent : "Mon père, mais regardez ça!" Et je leur réponds : "Que peut-on faire?"»

Si ce n'était que ça.

Au cimetière, les cercueils sont la plupart du temps déposés dans un grand trou, à côté de quatre autres défunts qu'ils ne connaissent ni d'Ève ni d'Adam. Pour un lot individuel, il faut casquer 7000 $, une véritable fortune, si on calcule qu'une maison peut coûter autour de 20 000 $.

La cérémonie est expéditive, comme le reste.

Deux ans plus tard, les restes sont exhumés, incinérés et remis à la famille.

Au suivant.

Les familles qui choisissent l'incinération doivent faire vite, le corps doit arriver à l'heure dite. Un fils a raconté à l'AFP que les fossoyeurs sont arrivés trop tard, que sa mère a perdu son tour au four crématoire.

On l'a enterrée.

Un «programme de réparation des véhicules funéraires et d'amélioration des conditions d'accueil dans les morgues», a été mis sur pied, de même qu'un comité pour voir à améliorer la qualité du bois utilisé.

Raoul a du pain sur la planche.

Alors, quand cet homme regarde à la télé la grand-messe pour Fidel Castro, il se dit que, même dans la mort, le Lider Maximo lui rappelle que lui et ses compatriotes doivent toujours se contenter de trop peu.

Comme Pedro, que j'ai rencontré dimanche, il a entendu parler des villas de Castro, de son train de vie princier, selon les révélations publiées par un de ses anciens gardes du corps en 2014.

Il pensait à ça, entre autres, quand il fait la file pour le pain.

***

J'avais abdiqué. J'avais arrêté de chercher un endroit où je pouvais prendre un petit verre en fin de soirée quand, par hasard, j'ai trouvé. La veille de mon départ. Sous mon nez, à l'hôtel d'où j'envoyais mes textes par internet. Pas n'importe quel hôtel, un des plus beaux de La Havane, le Habana Libre.

Un des plus célèbres aussi.

En 1959, c'était le Hilton, il venait d'ouvrir, flambant neuf, jamais la ville n'avait eu un si bel hôtel. Et c'est là, pour faire un pied de nez au «capital», que Fidel Castro et sa bande ont installé leur premier quartier général. Dans le hall, à quelques mètres du bar où, depuis sa mort, l'alcool coule à flots.

Je me suis commandé un drink, en guise de souhait.

Un Cuba Libre.

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