El Comandante

Il y a longtemps que Fidel Castro n'était... (Archives AFP, ADALBERTO ROQUE)

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Il y a longtemps que Fidel Castro n'était plus un homme, il était un symbole. Un mythe, qu'il a lui-même créé.

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(Québec) CHRONIQUE / La rumeur courait quelques jours avant mon dernier voyage à Cuba, il y a deux ans: Fidel serait mort, on ne l'aurait pas vu depuis quelques lunes.

C'était une fausse alarme, une autre.

Le jour de mon arrivée, en une du Granma, l'unique quotidien du pays, organe du Parti communiste, Castro apparaissait, amaigri. Habillé en «mou» - il avait depuis longtemps troqué l'uniforme militaire pour les survêtements Adidas -, il donnait une poignée de main.

La tête haute.

À qui? Peu importe. C'était un leader étudiant, on l'avait d'ailleurs probablement convoqué pour l'occasion, pour montrer au peuple et au monde que le Comandante n'avait pas dit son dernier mot.

 Je me souviens d'un passage du texte, peut-être le premier paragraphe, ça allait à peu près comme suit: «Au grand dam de ses innombrables ennemis qui souhaitent sa mort, Fidel Castro est apparu hier publiquement, l'esprit vif. Il n'a rien perdu de sa détermination pour mener à bien la révolution.»

Voilà, à 90 ans, il est mort de sa belle mort.

Ce n'est pas faute de l'avoir frôlée avant. Les services secrets cubains calculent que le Líder máximo a été l'objet de 638 tentatives d'assassinat depuis les années 50, fomentées essentiellement par les Américains. Le chiffre frappe l'imaginaire, il est sûrement grossi, mais reste que, tout au long de sa vie, Fidel a dérangé.

À commencer par ses propres parents, qui ont été les premiers à être dépossédés de leur terre après la révolution.

Par leur propre fils.

Et par l'autre, plus jeune, Raúl, qui a été dans l'ombre jusqu'en 2011, où il a pris les commandes du pays. Raúl n'avait pas la prestance ni le panache de son grand frère, mais il n'en était pas moins aussi déterminé. Les rôles ont été inversés: l'ombre pour Fidel, lui qui aimait tant les projecteurs.

Dans un livre fascinant de Serge Raffy, Castro l'infidèle, on raconte une anecdote, quelques années avant la révolution de 1959. Au cours d'un entraînement intense, un militant exténué est sorti du rang pour allumer une cigarette, sourd aux ordres de son supérieur. Les Castro veulent qu'il soit fusillé, Raúl plus que Fidel.

Raffy cite Alberto Bayo, recruté pour constituer une milice pour Castro pendant son exil mexicain. «Si, quelque jour, des meurtriers déments interrompent la vie de notre idole, de notre Fidel, en pensant que ce sacrifice éteindra les lumières de la révolution, ils ne connaissent pas l'homme qui reprendra le flambeau. [...] Fidel est un petit peu plus souple; Raúl, c'est de l'acier trempé.»

Vendredi soir à 22h29, à la télévision d'État, dans un décor des plus solennels, ce dernier, la voix tremblante, a annoncé la mort de son grand frère.

Avec qui il a changé le destin d'un pays.

L'histoire se chargera de faire des bilans, contradictoires assurément, selon qu'ils s'écrivent à Miami ou à Santa Clara. Fidel emporte avec lui ses contradictions, ses obsessions et les envolées oratoires dont il avait le secret. Il y a longtemps qu'il n'était plus un homme, il était un symbole.

Un mythe, qu'il a lui-même créé.

Chacune des huit fois où je suis venue à Cuba, Fidel était de toutes les conversations que j'ai eues avec les Cubains. Je leur demandais tous ce qu'ils pensaient du Líder, ceux qui acceptaient de répondre le faisaient comme s'ils effeuillaient une marguerite, «je l'aime à la passion, pas du tout».

Il y a des moments où on est là où l'histoire se vit.

J'y suis cette fois.

Et ce n'est pas une rumeur.

Note: Mylène Moisan s'est envolée samedi soir pour Cuba, où elle nous entretiendra dans les prochains jours de l'ambiance qui règne dans le pays à la suite de la mort de Fidel Castro.

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