Habituellement, il faut plusieurs fois...

Marie-Noëlle Simard et Amal, sa préposée avec qui... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Marie-Noëlle Simard et Amal, sa préposée avec qui elle partage un logement.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / Je vous ai parlé d'une Julie il y a deux mois, c'était un nom fictif, elle s'était fait caresser un sein par un préposé qui pensait qu'elle n'avait pas toute sa tête.

Elle a toute sa tête.

Et Julie, c'est Marie-Noëlle Simard, une femme dont je vous ai raconté les péripéties, quand elle se frappait le nez à la bureaucratie, aux grilles d'analyses. Elle avait été placée en CHSLD, ça lui a pris un an pour en sortir, elle habite maintenant dans un joli logement avec sa préposée, Amal.

La travailleuse sociale qui avait «omis» de lui dire qu'elle pouvait porter plainte a été remplacée et le préposé, rayé de la liste. J'ai parlé à Gaétan Houle, responsable de l'agence Garde confort, j'avais écrit dans ma première chronique qu'il n'avait pas réagi. Il avait réagi, juste après mon heure de tombée. «On est allé voir Marie-Noëlle dans l'heure suivant son courriel. On ne le reprendra pas, on croit Marie-Noëlle.»

Le gars ne travaillait que quelques heures par semaine pour l'agence. «Le reste du temps, il travaillait au privé.»

Il doit y travailler encore. 

C'est un peu pour ça que Marie-Noëlle tient à aller jusqu'au bout, à porter plainte, même si sa nouvelle travailleuse sociale l'a prévenue. «Elle m'a expliqué sommairement le processus qui peut être difficile. Je lui ai répondu que je le savais. Pour moi, l'important est de faire tout ce que je peux pour l'arrêter, mais je suis consciente que j'ai des limites dans le pouvoir d'action après avoir fait ma plainte.» 

Exit Julie, elle a tenu à le faire à visière levée. «Je crois que d'en parler ouvertement va faire davantage changer les choses pour la condition de la femme handicapée et de toutes les femmes. Si je peux faire avancer les choses, ne serait-ce qu'une seule goutte dans cet océan, je vais être satisfaite!»

Elle a plongé.

Il lui a fallu d'abord attendre que sa nouvelle travailleuse sociale revienne de vacances pour qu'elle planifie une rencontre avec une intervenante de Viol-Secours et qu'elle prenne rendez-vous au poste de police. Une semaine s'est écoulée, une autre. Jeudi passé, Marie-Noëlle était attendue au poste de police.

Plus de deux mois plus tard.

Elle a rencontré une intervenante de Viol-secours, qui n'arrivait pas vraiment à la comprendre, elle «parle» en dirigeant une lumière rouge sur un tableau blanc devant elle. Pas sorcier, si on y met du sien.

Marie-Noëlle a rencontré une patrouilleuse. «Elle m'a demandé mon nom, mon adresse, des informations de base. Elle ne m'a pas demandé de raconter ce qui s'était passé, c'est un enquêteur qui doit faire ça. Je devais rencontrer l'enquêteur après, pour lui dire les gestes qui ont été posés...»

Mais il y a eu une urgence. «Ils m'ont dit que, vu que mon cas n'était pas urgent et que j'étais en sécurité, il fallait remettre ça. Ils ne m'ont pas donné de date, ils m'ont dit qu'un enquêteur communiquerait avec moi rapidement. Ça fait déjà une semaine et je n'ai pas eu de nouvelles...»

On traite son dossier comme si elle s'était fait voler huit CD.

La patrouilleuse a tout de même eu le temps de dire, quand Marie-Noëlle a résumé brièvement ce qui l'emmenait au poste que, «d'habitude, il faut plusieurs fois avant de porter plainte, pour avoir une preuve solide».

C'était juste un sein, une fois.

Donc, si je comprends bien, le truc pour ne pas se faire prendre les culottes à terre, pour continuer à tripoter des femmes qui ne veulent pas, c'est de les taponner une fois chacune. Un sein. Une fesse.

Suivante!

Et le système est fait pour que les filles se disent exactement ça, je ne m'embarquerai pas là-dedans pour «juste un sein». Marie-Noëlle réalise dans quelle galère elle embarque. «Le processus est très ardu... Avant, j'étais à 100 % pour les dénonciations, mais là je comprends pourquoi il y en a autant qui ne le font pas.»

Les statistiques leur donnent raison.

Marie-Noëlle, qui est totalement vulnérable devant les préposés qui s'occupent d'elle, devra réapprendre à faire confiance. «J'avais souvent des préposés masculins avant, mais je n'en ai plus maintenant.» Ça lui était déjà arrivé, à neuf ans, «dans un ascenseur. Ça m'avait pris des années à refaire confiance.»

Tout est à recommencer. 

Pour «juste» un sein.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer