Une simple question

La récente controverse entourant la députée libérale Caroline... (Photothèque le Soleil, Patrice Laroche)

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La récente controverse entourant la députée libérale Caroline Simard et un reporter de Charlevoix illustre par l'absurde la difficulté d'être journaliste dans un petit milieu.

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(Québec) CHRONIQUE / J'ai fait mes premières armes dans le métier à Toronto, pour un hebdo francophone et, malgré les six millions d'habitants de la ville, travailler pour «l'Ontario français», c'était travailler dans un village gaulois.

Un village tricoté serré.

Je partais avec une prise, Québécoise chez les Franco-Ontariens, «voleuse de job» aux yeux de certains. Cela me donnait l'avantage, je le croyais du moins, de porter un regard extérieur, d'avoir une distance. Avec toute la naïveté de mes 19 ans, j'allais être journaliste pour, comme disait Henri Bourassa, démasquer les coquins.

Sauf que les coquins, dans un village gaulois, on les croise partout.

Les autres Gaulois aussi.

Quelques mois après mon embauche, j'ai reçu ma première enveloppe brune, qui était jaune, elle contenait des factures de Bell Canada, des relevés de banque. Sans autres explications. C'était il y a presque un quart de siècle, ce que nous appelions l'autoroute électronique n'avait pas les tentacules d'aujourd'hui.

C'était l'époque où on regardait curieusement ceux qui avaient un cellulaire.

J'ai mené ma petite enquête, donc, à partir de bottins téléphoniques et d'un site que j'avais trouvé où on pouvait faire des recherches inversées. J'avais trouvé le «jackpot», un organisme communautaire s'était mis de l'argent public plein les poches, avait dépensé quelques milliers de dollars pour des appels érotiques, avait accumulé des mois de loyers impayés.

J'ai fait quelques appels, pour apprendre que le président s'était poussé avec le magot.

J'avais des preuves béton, des entrevues, l'idée de ne pas publier ne m'est même pas passée par la tête, pas plus que par celle de mon patron, un journaliste d'expérience, qui a vu tout de suite l'intérêt public de l'histoire. Nous l'avons jouée en une, le mardi suivant.

J'étais fière.

Les jours de ma naïveté étaient comptés. Le mardi, onde de choc dans le village gaulois, mais pas tout à fait de la façon dont je l'avais imaginé. J'ai été bombardée d'appels de Gaulois fâchés, j'avais terni l'image du village, au diable le gaspillage de fonds publics.

Deux jours plus tard, conspuée, j'ai dû quitter une assemblée.

J'ai repensé à ça samedi matin, j'étais à Saint-Sauveur, au congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, à un atelier qui traitait de la difficulté de «combattre le spin» en cette ère de réseaux sociaux tentaculaires. J'étais là quand Geoffré Samson, un journaliste fraîchement embauché par une radio communautaire de Charlevoix, a posé une question à Claude Villeneuve qui a été, dans une autre vie, rédacteur des discours de Pauline Marois.

De l'autre côté du «spin».

Le gars voulait savoir comment faire de la nouvelle, comment aller au-delà des communiqués que lui envoyait l'attaché de presse de la députée du coin, surtout qu'elle se faisait tirer l'oreille pour accorder des entrevues. C'était une simple question.

Les minutes de sa naïveté étaient comptées.

En cette ère de médias sociaux tentaculaires, quelques journalistes vite sur le piton ont tweeté la question de Geoffré, surtout son constat, en prenant soin de mettre en lien Caroline Simard, ladite députée. Et ladite députée, tout aussi vite sur le piton, a tweeté en retour, quelques minutes plus tard. 

C'est ici que ça se corse. Au lieu de laisser passer ces quelques tweets somme toute inoffensifs, ou de simplement donner sa version de l'histoire, Caroline Simard a écrit ceci : La [directrice générale] et le [directeur de l'information] de CIHO ne comprennent pas la sortie de G. Samson. CIHO réagira sous peu.

La réaction n'a pas tardé, la radio a offert ses excuses à la députée, s'est dissociée des propos, «qu'ils aient été mal interprétés ou non». Pas de risque à prendre. «Le journaliste sera tenu de garder le silence radio le temps de rencontrer la direction de la station.»

La directrice de la station est mairesse de Notre-Dame-des-Monts. Ça n'enlève rien à ses qualités de directrice, ça dit juste, peut-être, qu'elle n'a pas le goût de se mettre sa députée à dos.

Geoffré, qui n'a pas fait une «sortie» publique, mais posé une question dans un atelier, a eu sa leçon, il se contentera désormais de transmettre les beaux communiqués bien tournés que lui enverra l'attachée de presse de la députée. En posant le moins de questions possible.

Voilà, la paix au village gaulois est revenue, qu'on serve le sanglier.

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