Cher Sapin urbain

Pour Samuel, la prison, ce n'est pas une... (123RF, Sakhorn Saengtongsamarnsin)

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Pour Samuel, la prison, ce n'est pas une punition, c'est le contraire en fait, il est bien en prison, il aime les choses bien organisées. Il fait tellement bien ça que les gardiens lui donnent un chips, une liqueur et une barre de chocolat à la fin de la semaine. Et Samuel est content.

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(Québec) CHRONIQUE / Comme ça, tu trouves que la place de Samuel est en prison?

Samuel? Oui, ce garçon dont je parlais dimanche, atteint du syndrome Asperger, qui s'est fait condamner et coffrer pour leurre informatique avec des mineures.

Ainsi, selon ce que tu m'as écrit, Samuel, 22 ans, est un dangereux prédateur et, comme société, pour nous protéger de lui, il doit rester à l'ombre tant et aussi longtemps qu'il ne comprendra pas le gros bon sens.

Sauf que pour Samuel, la prison, ce n'est pas une punition, c'est le contraire en fait, il est bien en prison, il aime les choses bien organisées. Il fait tellement bien ça que les gardiens lui donnent un chips, une liqueur et une barre de chocolat à la fin de la semaine.

Et Samuel est content.

Content comme lorsqu'il a vu la policière venue l'arrêter au McDo, où il avait donné rendez-vous à une fille de 14 ans qui était en fait un agent. Samuel était tout sourire, il avait déjà croisé la policière à son école, l'avait trouvée gentille et il était, tout bonnement, content de la revoir.

Il était probablement content de faire un tour d'auto de police.

Et quand Samuel sortira, à la fin mai, il reprendra fort probablement où il a laissé, il ira sur Internet, sur Facebook pour se trouver une blonde, parce que Samuel n'a jamais eu de blonde. Il n'est pas trop regardant, tant que la fille lui répond et qu'elle lui dit qu'elle veut être son amie.

Et il lui demandera, sans mettre de gants blancs, «veux-tu coucher avec moi?»

Parce qu'en dedans, étant donné qu'il n'est pas comme les autres détenus, il ne suit aucune thérapie. Il passe parfois jusqu'à 23 heures par jour seul dans sa cellule, à regarder la couleur des murs. Il fait du yoga, c'est bien du yoga, mais ça ne l'aidera pas la prochaine fois qu'une fille de 14 ans voudra être son amie.

Il n'est pas le seul, cher Sapin urbain, un père m'a écrit, son garçon a fait à peu près la même chose que Samuel, il est en prison comme Samuel et il ne comprend pas non plus ce qui cloche. C'est presque du copier-coller, il vient juste de prendre le chemin de la prison, il en a pour six mois.

T'as raison sur une chose, tant qu'ils sont en dedans, tant qu'ils n'ont pas accès à un ordi, ils ne peuvent pas récidiver.

On les enferme à vie?

Tu n'es pas le seul à avoir réagi à l'histoire de Samuel, Vlatko Dabic, lui, est tombé en bas de sa chaise quand il a lu que Samuel était en prison, dans une aile protégée avec des délinquants sexuels. Ce M. Dabic est psychoéducateur, spécialisé, tiens-toi bien, dans la sexualité des autistes.

Particulièrement les Asperger.

Il est à Gatineau, il est lié à la Clinique Asperger et autisme de Montréal et des gars comme Samuel, il en a vu des tonnes. Même si chaque cas est unique, les Aperger ont des dénominateurs communs. «Il y a là ce qu'on appelle la cécité contextuelle, ils n'arrivent pas à décoder les règles de la communication. Ça leur échappe.»

Même chose pour les relations intimes. «Souvent, on voit un frère Asperger qui va aller vers sa soeur.»

Ou vers une jeune fille.

La bonne nouvelle, c'est que ça peut s'arranger. «On peut arriver à contourner son comportement, lui montrer comment approcher quelqu'un.» Et qui. Une des collègues de M. Dabic, Isabelle Hénault, a conçu un programme intensif de développement des habiletés sociales et sexuelles pour les gens comme Samuel.

Et, contrairement à la prison, ça fonctionne. «Il faut savoir qu'il y a souvent, chez les Asperger, un retard de maturité cognitive. Samuel est peut-être à 12, 13 ans. Il doit arriver à comprendre qui peut faire partie de son cercle d'intimité.»

Ou pas.

On lui montre avec, entre autres, de vrais cercles dessinés, «ils apprennent de façon visuelle». Par exemple, on met tous les membres de la famille dans un cercle bleu. Le cercle bleu, c'est pas touche. On met les amies de moins de 18 ans dans un autre cercle, disons jaune. Le cercle jaune, c'est pas touche.

Il peut traîner les dessins avec lui.

Parce que ses parents ont beau lui répéter, ce qui entre par une oreille sort par l'autre. Parce que ses parents ne peuvent pas toujours être derrière lui.

Parce que, au fond, on veut la même chose, qu'il ne récidive pas.

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