Veux-tu coucher avec moi?

CHRONIQUE / Samuel n'a jamais eu le tour avec les filles - ni avec les gars,... (123rf, Nonwarit Pruetisirirot)

Agrandir

123rf, Nonwarit Pruetisirirot

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / Samuel n'a jamais eu le tour avec les filles - ni avec les gars, d'ailleurs. Il a toujours eu de la misère à se faire des amis.

À 22 ans, il n'a jamais eu une blonde.

Samuel est Asperger, il a reçu son diagnostic à 17 ans. «On a toujours su qu'il y avait quelque chose, raconte Carole, sa mère. On avait consulté plus jeune, ils nous avaient dit qu'il avait un TDA, un trouble de l'attention, mais ça ne pouvait pas être seulement ça, c'était plus que ça.»

Chaque Asperger est unique. «Samuel, il n'a pas de difficulté à entrer en relation, mais il n'est pas capable de rester en relation. Il est très malhabile. Avec une fille, il ne sait pas comment agir, il lui dit: "Allô, je te trouve de mon goût; veux-tu coucher avec moi?" J'exagère à peine...» Il a fait ça sur Facebook, avec une fille de 14 ans.

Sauf que la fille n'était pas une fille, c'était un policier. «Il lui avait donné rendez-vous au McDo. Quand les policiers sont arrivés, il a reconnu un des agents, il l'avait vu à son école. Il était content de le voir, ça vous donne une idée...»

Il a été reconnu coupable de leurre informatique.

«Samuel ne discerne pas vraiment la notion d'âge. Une fille, qu'elle ait 14 ou 35 ans, c'est la même affaire pour lui, pour autant qu'elle soit intéressée à le voir. Pour lui, c'est : "Si elle me répond, c'est parce qu'elle m'aime." Il veut tellement avoir une blonde.»

Il a récidivé.

«On lui répétait de ne pas communiquer avec des filles mineures, mais il a recommencé. Quand la fille sur Facebook, qui était en fait un policier, lui a dit qu'elle avait 14 ans, Samuel lui a écrit qu'il ne pouvait pas la voir, qu'elle était trop jeune. Mais la fille - le policier - lui a répondu que ça ne la dérangeait pas...»

Rebelote.

Depuis cinq mois, Samuel est en prison à Orsainville, dans une aile protégée avec des délinquants sexuels. «Il a posé des gestes illégaux, je ne veux pas excuser mon fils; mais sa place n'est pas en prison. Quand il a été condamné la première fois, il y a un an et demi, il devait avoir une thérapie. On attend encore.»

Il n'a aucun suivi. «J'ai appelé pour avoir des ressources, ils ne peuvent rien faire tant qu'il est en dedans. Il y a un intervenant qui est allé, il m'a dit: "Je ne peux pas faire d'intervention, il y a une vitre..." J'ai demandé à l'agente de service correctionnel pour qu'il fasse des cours, elle m'a répondu: "Vous savez, c'est plus compliqué; il est dans une aile protégée."»

Il y a une thérapie qui se donne en dedans. «Il y a une liste d'attente.»

Le pire, c'est que Samuel est plutôt bien en prison. «Il y a deux semaines, ils ont eu un bingo, il était tout content! Il me raconte ce qu'il fait, il fait du yoga. Il est vraiment de base, il s'adapte, il est comme un enfant de 12 ans. La prison, il ne voit même pas ça comme une punition.»

Il a juste hâte de sortir pour se faire une blonde. «Il est obsédé par cette idée-là. Quand on lui dit que la fille doit avoir 18 ans, il nous dit qu'il comprend, mais on ne sait pas s'il comprend vraiment. C'est pour ça qu'il doit être traité. Il doit comprendre que ce qu'il fait, ce n'est pas correct.»

Ce n'est pas en faisant du yoga qu'il y arrivera.

Gaston, le chum de Carole, n'a pas hâte au 17 mars; c'est le jour où Samuel doit sortir de prison. «On ne peut rien pour le passé, mais on travaille pour le futur. Si rien n'est fait jusque-là, c'est sûr qu'il va recommencer, qu'il va faire quelque chose de pas correct. Il va retourner en prison, encore plus longtemps...»

Il est déjà fiché délinquant sexuel à vie. «C'est dur, pour une mère...»

Début octobre, avant le prononcé de la sentence, Carole a écrit une lettre à la procureure de la Couronne pour lui parler de son Samuel. De l'autisme. Et d'un système judiciaire mésadapté. «Nous comprenons que votre rôle est judiciaire et qu'il faut protéger la société. Mais la protéger de qui?»

La procureure a demandé une peine réduite. Samuel a pris, sans rouspéter, le chemin d'Orsainville, dans une aile protégée.

Sans thérapie.

Une petite partie de bingo, avec ça?

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer