Le substrat

Plus de 150 millions d'Américains qui ont le... (AFP, Brendan Smialowski)

Agrandir

Plus de 150 millions d'Américains qui ont le droit de vote n'ont pas voté pour Donald Trump, comme cette partisane d'Hillary Clinton.

AFP, Brendan Smialowski

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / Un peu de botanique : parmi les plantes qui sont les plus difficiles à faire germer, on trouve le vinca.

C'est une plante qui donne de petites fleurs.

C'est une plante, surtout, qui ne pousse pas n'importe comment, je veux dire, elle doit atterrir dans une terre bien spéciale pour germer. On appelle ça le substrat, la base dont la plante a besoin pour se développer.

Le vinca a besoin d'un substrat poreux, très humide et chaud, il faut contrôler le pH de la terre, qui doit se situer entre 5,5 et 5,8, ce qui ne laisse pas une grosse marge de manoeuvre. Le sol doit être à 25 degrés Celsius, 100 % d'humidité.

Les semences ont besoin de noirceur.

Donald Trump, pour devenir président désigné des États-Unis, a lui aussi eu besoin d'un substrat. Et le substrat, c'est aussi, selon le Larousse, «ce qui existe dans un être, indépendamment de ses qualités, et en constitue la réalité profonde». C'est là que Trump a germé, dans le substrat de l'Amérique.

Dans la noirceur.

Dans l'espoir de redonner au pays un lustre perdu, comme Ronald Reagan l'avait fait en 1980, avec le même slogan. Stricto sensu.

Trump a été élu mardi, contre toute attente, par un peu plus de 59 millions d'Américains, avec un taux de participation de 54 %, ce qui veut dire que plus de 150 millions d'Américains qui ont le droit de vote n'ont pas voté pour lui. Il y a presque 100 millions d'Américains qui n'ont voté pour personne.

Clinton a eu 180 000 votes de plus.

Mais Trump a été élu, point. J'ai regardé une partie de la soirée électorale à Fox News, tant qu'à faire, et l'analyste a dit, à un moment donné : «Trump est en train de faire la démonstration que l'enthousiasme peut battre une organisation.» Parce que Trump, qu'on aime ou pas, a soulevé l'enthousiasme.

Avec du fiel.

Il a joué la carte du «je ne suis pas politicien, je vous comprends et moi, et je ramènerai la gloire et la prospérité», même si ses casquettes Make America Great Again ont été fabriquées en Chine. Même si, même si, même si. Mardi soir, dans un rassemblement pro-Trump, une militante a lancé : «Au moins, lui, il dit la vérité.»

C'est faux, mais qui s'en soucie?

C'est bête à dire, mais les quelque 59 millions d'Américains qui ont voté pour Trump se sont sentis écoutés, compris, comme ils ne l'ont pas été depuis longtemps. Assez pour passer l'éponge sur ses attaques sexistes, ses insultes, ses entourloupettes fiscales. Assez pour voir en lui un président.

Ils se sont reconnus en lui.

Trump a canalisé leur colère, ils ont eu le goût de lui donner une chance. Ils préfèrent son arrogance à celle de Hillary.

Ils ont rejeté ce qu'elle incarne.

Minimiser cette colère, comme on a minimisé les chances de Trump d'être élu, ne mène nulle part. Le message que l'élection envoie, c'est que 60 millions d'Américains ne se reconnaissent plus dans leur pays. Trump est l'écho d'un ras-le-bol qui ne peut plus être balayé sous le tapis.

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche montrera bien assez vite ses couleurs, le pays retient son souffle. Le monde retient son souffle. 

Trump est un électrochoc.

Pas un accident de parcours.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer