Requiem pour le «10 g par jour»

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La nouvelle politique ne tiendra pas uniquement compte de la marijuana séchée, mais aussi d'autres déclinaisons, comme l'huile, qui n'est actuellement pas remboursée.

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(Québec) L'époque des «prescriptions» de 10 grammes de pot remboursés aux vétérans tire à sa fin. Une question de gros sous.

Et de santé.

Je me suis entretenue cette semaine avec le médecin en chef des vétérans, Cyd Courchesne, qui veut réviser à la baisse cette limite. «C'est certain que 10 grammes, c'est remis en question. Ce cap-là, il n'a pas été établi au terme d'un mécanisme d'évaluation. Ce n'était pas une décision médicale.»

Il fallait juguler l'hémorragie. «Il n'y avait aucune limite, il y avait des demandes pour plusieurs grammes... Il y a quelqu'un qui s'est dit : "Ça n'a pas de bon sens, il faut mettre une limite! "»

Elle a été établie à 10 grammes, comme ça. 

Le Vérificateur général du Canada a tiré la sonnette d'alarme au printemps, la facture étant passée de 400 000 $ à 25 millions $ en trois ans. Selon les derniers chiffres, au moins 1762 vétérans canadiens ont une prescription de marijuana, 695 en reçoivent 10 grammes par jour.

En moyenne, les vétérans se font rembourser 170 grammes par mois, soit un peu plus de six grammes par jour.

Je vous en parlais dimanche dernier, la marijuana thérapeutique est encore loin de faire consensus au sein de la communauté médicale. La Dre Courchesne en est parfaitement consciente. «La marijuana, ce n'est pas un médicament, c'est une plante. Et il n'y a aucune étude clinique, pas plus que de données probantes, qui nous permettrait d'établir une posologie.»

Mais le fait est que, parfois, elle fait du bien. «On sait que ça soulage, mais on ne sait pas comment. On ne sait pas qu'est-ce qui soulage quoi.» En plus du THC, la composante euphorisante du cannabis, la plante contient une soixantaine d'autres cannabinoïdes dont on sait très peu de choses.

Et chaque variété de pot contient différentes concentrations de chacun de ces éléments.

Quelques indications sont mieux documentées que d'autres, par exemple les nausées, le manque d'appétit, les raideurs musculaires, les douleurs chroniques causées par la sclérose en plaques et la fibromyalgie. 

Pour le trouble du stress post-traumatique, une consommation excessive de pot peut entraîner le vétéran dans une spirale d'anxiété et de crises de panique.

Les mêmes symptômes, ironiquement, qu'il tente de soulager.

D'ailleurs, des chercheurs ontariens viennent tout juste de publier une revue des études disponibles, rien de bien convaincant. «La solidité de la preuve pour l'usage des cannabinoïdes pour traiter cette condition est très faible. Une consommation précoce et chronique peut contribuer à l'émergence de psychoses.»

Dans ce flou scientifique, la Dre Courchesne doit fixer une nouvelle limite. «J'ai fait des recherches, consulté des experts, les producteurs, les usagers. On a donné ça à un groupe de travail qui est chargé de formuler une nouvelle position, en considérant qu'on ne peut pas se baser sur des études cliniques.»

Santé Canada, sans en faire une position officielle, suggère un maximum variant entre un et trois grammes.

Cyd Couchesne estime qu'une consommation quotidienne de 10 grammes de marijuana ne sert ni les contribuables, encore moins les anciens combattants. «Dix grammes, c'est beaucoup. Nous faisons ces démarches pour diminuer la limite parce que le ministère a à coeur la santé et la sécurité des vétérans.»

Est-ce à dire que la limite actuelle n'est pas compatible avec cette mission? «Ce n'est pas faux.»

La nouvelle politique ne tiendra pas uniquement compte de la marijuana séchée, mais aussi d'autres déclinaisons, comme l'huile, qui n'est actuellement pas remboursée. «Ce qu'on nous dit chez ceux qui ont des autorisations pour 10 grammes par jour, c'est qu'ils en font de l'huile.»

Ce que j'ai entendu, de mon côté, c'est que certains en vendraient une partie.

La popularité grandissante du cannabis thérapeutique met, plus que jamais, Santé Canada sous pression. «Il ne faut pas oublier que c'est un jugement, en l'an 2000, qui a forcé le Canada à autoriser la marijuana, dans le cas d'un homme qui souffrait d'épilepsie et qui a invoqué la Charte des droits pour se soulager avec ça.»

Le mot s'est répandu comme une traînée de poudre. «Au début, les gens pouvaient le faire pousser chez eux, le gouvernement a perdu le contrôle. Puis, c'est Santé Canada qui le fournissait.» Depuis 2014, la production et la distribution du cannabis thérapeutique sont confiées à 35 compagnies accréditées.

Santé Canada calcule que ce marché pourrait générer des revenus de 1,3 milliard en 2024.

La Dre Courchesne dirige aussi le réseau de cliniques pour les vétérans, d'un océan à l'autre, dont la mission est précisément de traiter le stress postopérationnel par l'entremise de thérapies adaptées. «Il y a des gens qui me parlent, qui me disent: "Mon patient ne m'écoute pas, il ne veut pas suivre son traitement."»

Il préfère engourdir la souffrance.

La consommation est à ce point préoccupante que la clinique TSO de Québec s'est récemment prononcée contre l'utilisation de la marijuana dans le traitement du stress post-traumatique ou dans le cas des blessures liées au stress opérationnel. Tant qu'il n'y aura pas d'études sérieuses sur le sujet.

La réalité, c'est que tous les médecins qui autorisent leurs patients à consommer du cannabis, pour les vétérans ou pas, le prescrivent à tâtons. «On a un gros, gros besoin de recherche.»

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