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Une manifestation contre la culture du viol s'est tenue mercredi à Québec.

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CHRONIQUE / Moi non plus, on ne me croirait pas.

Je veux dire, si je portais plainte demain matin pour une agression sexuelle et qu'on se mettait à fouiller dans mon passé, on trouverait des arguments.

J'avais 19 ou 20 ans, j'ai fréquenté un alcoolique pendant plus d'un an, je l'ai laissé 16 fois, l'ai repris 15 fois en pensant qu'il allait changer. 

J'ai été infidèle.

J'ai travaillé dans un sex shop, à Toronto, rue Queen.

Je vendais toutes sortes de bidules, des gadgets au goût douteux qui ne font pas nécessairement partie d'une relation sexuelle «classique». On avait 85 sortes de condoms, pour tous les goûts, de tous les prix.

Avec toutes sortes de noms, je me rappelle le Peace and Sound, le Beyond Seven.

Je me souviens de cette dame plantée devant les présentoirs depuis une bonne quinzaine de minutes, visiblement dépassée par la panoplie de choix. Je lui ai offert de l'aider à s'y retrouver, elle voulait des larges, nous n'avions que deux options, Maxx et Life­Styles. J'ai fait mon boniment, elle a choisi les Maxx.

Nous étions seules dans la boutique.

Nous nous sommes dirigées vers la caisse, j'ai complété la transaction en badinant sur le manque de choix pour les hommes bien pourvus, aussi que je soupçonnais certains clients de s'en acheter pour bien paraître, quitte à flotter un peu dedans.

Je lui ai remis la monnaie en lui souhaitant de prendre son pied, elle s'est penchée vers moi.

Elle avait des lunettes fumées, un foulard bourgogne noué autour de la tête. Elle parlait à voix basse. «J'ai 46 ans... Il y a 30 ans, à 16 ans, je me suis fait violer. Et c'est la première fois, après 30 ans, que j'ose...»

J'ai tellement souvent pensé à elle.

Elle n'avait jamais dénoncé, mais il lui a fallu 30 ans avant de réussir à faire confiance à un homme.

Je repense à elle depuis que cette série d'agressions sexuelles commises dans la nuit du 14 au 15 octobre à l'Université Laval a remis le feu aux poudres, encore. Comme l'avait fait l'affaire Ghomeshi avant. Cette nuit qui a réveillé chez des milliers de femmes le souvenir d'un homme qui est allé où elle ne voulait pas qu'il aille.

Des femmes qui ne l'ont jamais dit, de peur de n'être pas crues.

Tellement qu'elles ont fini par douter d'elles-mêmes.

Et, qui dit porter plainte dit subir un procès. J'ai rencontré une femme l'an dernier, elle était passée au travers, trois ans de procédures. Une éternité. L'homme avait été reconnu coupable et condamné à purger quelques mois en prison, presque une exception à la règle, tant la chose est rare. 

Elle ne pouvait pas dire ce qui a été le plus pénible, du viol ou du procès.

En 2014, selon Statistique Canada, 633 000 agressions sexuelles ont été déclarées par les Canadiennes de 15 ans et plus. Moins de 2000 fois, les accusations ont mené à une condamnation. Le taux d'acquittement est deux fois plus élevé que dans les autres crimes, presque 10 %. 

À peine trois femmes sur 1000 sont crues.

Je regardais les nouvelles mercredi, Gérald Fillion faisait son topo sur l'économie et, bel adon, le Forum économique mondial venait de publier son rapport annuel qui traitait notamment de l'équité homme-femme. On y apprenait que le Canada était au 35e rang, que l'écart s'était élargi au cours des dernières années.

En proportion, il y a moins de gestionnaires, de députés, de hauts fonctionnaires qui sont des femmes.

On y apprenait que les progrès sont lents, très lents, comme les procès.

Et pendant que les femmes sortent dans les rues, quand on se dit que, finalement, il y aura une véritable prise de conscience, on déchante. Le procès de l'une et de l'autre n'aura probablement pas lieu, des femmes continueront d'être vues, par certains hommes, comme des objets.

D'être sous-payées.

On en a encore pour un bout. Dans ces prédictions, le Forum économique mondial calcule que, au rythme où vont les choses, l'équité homme-femme finirait par être atteinte. Lentement mais sûrement.

Dans 170 ans.

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