Laurentine n'est pas un poisson rouge

Par l'entremise de Vision Mondiale, Vital Gaudreault et sa... (Fournie par la famille Gaudreault)

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Par l'entremise de Vision Mondiale, Vital Gaudreault et sa famille ont parrainé une petite fille du Tchad, Laurentine, jusqu'à ce que l'organisme mette fin au parrainage après quatre ans.

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(Québec) CHRONIQUE / Ding, dong. À la porte, une femme, elle travaille pour Vision Mondiale. Ça tombe bien, Vital Gaudreault pensait justement parrainer un enfant.

Et en faire un projet de famille.

Ça tombe encore mieux, toute la famille est là, la dame passe au salon et fait son boniment. Elle sort des fiches de sa besace. «Il y avait des enfants d'un peu partout. On les a tous regardés et on a choisi, ensemble, une petite fille qui venait du Tchad. Elle avait quatre ans, le même âge que ma dernière.»

C'est ainsi que Laurentine est entrée dans leur vie.

Ça fait quatre ans de ça, Laurentine et la petite dernière ont aujourd'hui huit ans. Pendant quatre ans, donc, ils ont versé 39$ chaque mois pour aider la fillette. «Au fil des mois, Laurentine a pris vie dans notre famille. On recevait des nouvelles d'elle, on lui en donnait. Même si on ne la connaît pas, on pensait à elle souvent.»

Si Vital en parle au passé, c'est que Vision Mondiale a «déparrainé» Laurentine.

Comme ça, sans plus de cérémonie, Vital a reçu «un beau dépliant en couleurs avec des photos» il y a trois semaines l'avisant que «Vision Mondiale n'interviendrait plus dans son village. Ils nous ont expliqué qu'ils étaient devenus autosuffisants et que nous ne parrainions plus l'enfant. C'était écrit de ne pas essayer de prendre contact avec elle, qu'il valait mieux ne pas le faire.»

Le dépliant est jaune tapant. Sur la première page, en grosses lettres blanches, «Bonne nouvelle» et, juste dessous, «la communauté de Laurentine a atteint ses objectifs». En bas, à droite, une photo de la petite.

C'est en effet une bonne nouvelle, on veut que les villages s'en sortent.

Mais Vital, sa femme et leurs trois enfants s'étaient attachés à Laurentine. «Nous, on était partis pour longtemps avec elle, on voulait s'engager pour 18, 20 ans. Ce que je déplore, c'est que pour t'embarquer, Vision Mondiale insiste sur le fait que tu aides un enfant précis, que tu as un lien avec lui. Et puis, comme ça, ils te l'enlèvent.»

Il aurait aimé être prévenu avant de signer son formulaire d'adhésion.

Dans le même dépliant jaune, Vision Mondial a attribué à Vital «un enfant de remplacement». Une autre fillette. «Votre collaboration est d'une grande importance et désormais, se poursuivra avec Fatou de Diamagadio, Sénégal. Nous l'avons choisi [sic] parce qu'elle est une petite fille qui vit en Afrique tout comme Laurentine.» Il y a sa photo, un petit mot en dessous. «Je m'appelle Fatou. J'ai 4 ans et je vis avec ma tante.»

Vital n'a rien contre Fatou. «Mais c'est un peu comme si on remplaçait un poisson rouge à un enfant triste.»

Laurentine n'est pas un poisson rouge. «Vision Mondiale nous "vend" un enfant unique et met l'emphase sur la relation que nous développons avec lui au fil des années. Nous recevons des messages, des informations sur sa progression et certaines photos. L'enfant grandit dans notre coeur et devient en quelque sorte un membre "adoptif" de la famille. Du jour au lendemain, on nous brise cette relation privilégiée et tous les espoirs que nous chérissions.»

Ce qui est arrivé avec Laurentine peut tout aussi bien arriver avec Fatou. «Si on accepte Fatou et qu'on s'attache à elle, qu'est-ce qui nous dit que dans quelques années, on ne sera pas encore séparés?»

C'est un coup de dés.

C'est business as usual, m'a-t-on expliqué à Vision Mondiale. L'intervention moyenne dans un village dure 15 ans, après quoi tous les parrainages sont «fermés». Au Tchad, «nous avions un gros projet, comptant quelque 900 enfants, qui s'est terminé cette année». Fort probable que Laurentine était du lot.

Ce sont 900 parrains qui ont eu des enfants de remplacement. «La majorité des gens acceptent de commencer à aider une autre communauté. Il peut bien sûr arriver, comme dans le cas présent, que les donateurs soient tristes de voir se terminer leur correspondance avec leur enfant.»

Qu'ils se sentent bernés. Mais en fait, c'est la fille de Vision Mondiale qui me l'explique, l'argent ne va jamais à l'enfant parrainé. C'est, comme dirait l'autre, une façon de parler. «L'argent n'est pas remis directement à l'enfant ou à sa famille. Les dons profitent à l'ensemble de la communauté.

Cette approche permet d'humaniser le geste, de mettre un visage sur l'un des membres de cette communauté qui profitera des dons.»

L'enfant en profite, par ricochet.

Vital et sa famille ont repensé à tout ça, ils ont décidé de ne pas parrainer Fatou, pas à cause de Fatou, mais parce qu'ils se sont sentis utilisés par Vision Mondiale.

Ils pourraient donner leurs 40$ à un autre organisme.

Et, pourquoi pas, s'acheter un poisson rouge. L'espérance de vie de l'animal est de 30 ans, celle de Laurentine, à peine 50.

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