Même la ministre ne peut sauver Roger

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Les filles de Roger sont allées rencontrer la ministre responsable des aînés, Francine Charbonneau, la semaine dernière; pour constater que même la ministre, pas plus que la police, ne peut aider Roger, qui s'est fait soutirer plus de 200 000$ par une femme en un an et demi.

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(Québec) CHRONIQUE / Tout le monde s'entend, Roger* se fait plumer par une femme qui lui siphonne les économies qu'il a mis une vie à ramasser.

Plus de 200 000$ en un an et demi.

Tout le monde s'entend pour dire que personne, personne, ne peut mettre fin à ça, même pas ses enfants, même pas la police.

Même pas la ministre Francine Charbonneau. Les filles de Roger sont allées la rencontrer la semaine dernière pour lui raconter leur histoire, les 25 interventions de la police, les plaintes portées puis retirées, les centaines de retraits au guichet et à la caisse, les deux nouvelles hypothèques sur la maison familiale.

Le fait, non négligeable, que la femme a déjà fait ce manège avant.

La ministre Charbonneau, sa chef de cabinet et son sous-ministre adjoint les ont patiemment écoutées. «Elle était très gentille et très au fait des abus envers les aînés, dont 80% sont d'ordre financier, m'a raconté par courriel une des filles. Elle et ses adjoints sont conscients qu'il manque des leviers dans les lois actuelles pour parvenir à éloigner les abuseurs.»

Ce n'est pas un petit aveu.

Ce que dit la ministre Charbonneau, responsable des aînés, c'est qu'on ne peut rien faire pour les vieux comme Roger qui, en théorie, est considéré apte. «C'est d'autant plus aberrant qu'au ministère de la Famille, ils ont documenté la situation et ils savent qu'avec la population vieillissante cette problématique ne va aller qu'en augmentant.»

D'autres Roger, qui mourront ruinés.

«C'était aussi assez particulier d'être assise avec la ministre, sa chef de cabinet et son sous-ministre adjoint et de leur apprendre des choses sur le fonctionnement du système judiciaire. Par exemple, comment ça fonctionne lorsque quelqu'un dépose une plainte à la police. Ils ne connaissent pas la mécanique.»

Ils ne savaient pas que «si le plaignant reprend contact avec son abuseur, la plainte tombe automatiquement»: «Comme dans le cas de mon père. Lorsque les policiers retournent chez lui le lendemain de sa plainte et voient [Maryse*] dans la maison, ils n'ont aucun levier pour la sortir, même si ça fait cinq fois que la victime porte plainte pour la même chose. C'est d'une absurdité...»

Et d'une tristesse.

«De plus, il est aberrant que la seule façon de protéger les personnes abusées soit de les rendre inaptes et de leur faire perdre tous leurs droits tandis qu'on laisse les abuseurs courir en toute connaissance de cause. [...] La Commission des droits de la personne a semble-t-il un pouvoir dissuasif, mais, même au ministère, on ne sait pas comment ils peuvent l'appliquer...»

Une main de caoutchouc dans un gant de velours.

Sans griffe.

Les abuseurs, eux, en ont, longues et acérées. À écouter les histoires qui m'ont été racontées, ils ont à peu près tous le même modus operandi: ils se tiennent dans les endroits où les vieux se tiennent, à la recherche d'une personne seule, au coeur trop grand. Roger allait prendre son café au Tim, Maryse lui a sauté dessus.

Depuis, elle ne le lâche pas.

Une autre histoire. «Mon père a rencontré son abuseuse dans le stationnement d'un restaurant en janvier 2014, elle quêtait. Mon père l'a pris en pitié et, comme elle lui disait qu'elle devait recevoir un héritage, il lui a fait visiter sa maison, qui était à vendre. Quatre jours plus tard, je le rencontrais pour le mettre en garde. Mon père était terrifié, elle lui avait fait promettre de garder leur relation secrète. Il avait peur de sa colère. Je le répète, c'était quatre jours après l'avoir rencontrée. Il était déjà accroché.»

Ça fait deux ans et demi.

Il a flambé, comme Roger, des dizaines de milliers de dollars au vu et au su de tous les intervenants, impuissants.

Ça se passe comme ça partout au Québec, à une exception près: à Trois-Rivières, où les policiers ont un peu plus de mordant. J'ai parlé au capitaine Richard Lévesque. «En 2011, on avait remarqué qu'il y avait une augmentation des interventions pour les abus aux personnes âgées.»

Un cas parmi d'autres, un vieux qui a perdu 1,2 million$.

La police de Trois-Rivières et la Sûreté du Québec se sont assises ensemble. «On a regardé ce qui se faisait au Québec, pas seulement en prévention, mais pour mieux protéger les personnes âgées. Rien. On était dans les craques du plancher. On se rendait compte qu'il n'y avait pas assez de collaboration entre les intervenants.»

Ils ont accouché d'un modèle, les «ententes sociojudiciaires», qui permet aux policiers de traiter plus efficacement une centaine de dossiers par année. «Dès qu'on reçoit une information sur une situation qui pourrait être de la maltraitance physique ou financière, on peut obtenir rapidement l'évaluation d'un procureur, toujours le même.»

À partir de là, le dossier va soit au tribunal, soit aux services sociaux.

Ou les deux.

L'idée, «c'est de travailler mieux, de travailler ensemble». Mais, même avec ça, les cas comme celui de Roger pourraient tomber entre les mailles du filet. «Parfois, il arrive qu'on ne peut pas intervenir.» Parce que l'aîné, en théorie, est apte. Parce que l'aîné retire ses plaintes. Parce que l'aîné n'a pas un oeil au beurre noir.

Même si tout le monde sait qu'il se fait plumer.

Même la ministre.

*Prénoms fictifs

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