Autour du nombril

Fondé en 1999 par Roger Fortin, CASIRA a... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Fondé en 1999 par Roger Fortin, CASIRA a envoyé au Guatemala et au Paraguay 11 conteneurs remplis d'ordinateurs, de souliers et de machines à coudre. L'organisme a aussi donné 25 000 toutous et 7500 paires de lunettes.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CHRONIQUE / Roger Fortin garde le souvenir, enfant, de sa mère qui met un couvert pour le quêteux et du quêteux qui s'assoit avec eux pour manger.

Il a pris le relais.

Dernier de 10 enfants, Roger a étudié au Petit Séminaire de Québec, il est devenu moine à Saint-Benoît-du-Lac. «J'étais attiré par la vie monastique, mais je me suis rendu compte que je m'y sentais prisonnier.»

Il avait le droit de parler une heure par jour.

À l'écouter me raconter son histoire, je comprends pourquoi il a manqué d'air, pourquoi il a demandé à être envoyé en Amérique latine. «Je voulais tout donner, j'avais cette préoccupation pour les pauvres.» Quand il est arrivé au Paraguay, il a fait ce que sa mère faisait, il ajoutait toujours un couvert.

Il a travaillé dans la clandestinité. «On était sous une dictature, on n'avait pas le droit de se réunir. Il fallait demander une permission, permission qu'on ne demandait jamais, évidemment. Une fois, on avait boycotté une fête pour protester contre le régime, on a dû se barricader dans l'église, les militaires nous encerclaient...»

Les dictatures n'aiment pas les dissidences. «On avait libéré la parole des paysans.»

Un jour, une femme est venue le voir. «Elle m'a dit : "Je vais mourir. Parce que je suis pauvre." Les pharmacies étaient pleines de médicaments, mais elle n'avait pas d'argent pour en acheter. On a mis sur pied une organisation qui ressemble à l'assurance maladie, pour donner des soins dans 20 communautés.»

C'était au début des années 70.

Dans chaque village, il y avait deux promoteurs de la santé, formés, avec une trousse de soins. «Les gens contribuaient comme ils pouvaient. Ça pouvait être n'importe quoi, 50 sous par mois, un poulet, des beans.» Il a aussi mis sur pied des friperies, des baratillos. «C'était super encourageant. J'ai appris à travailler en équipe.»

Il est revenu en 1977, pour prendre soin de ses parents. «Le départ a été d'une tristesse...»

Nommé curé d'une paroisse, il ne s'est pas tourné les pouces longtemps, il a créé les «brigades amistad» au Cégep de Thetford Mines. «J'ai fait une première réunion pour un séjour au Guatemala, 55 jeunes sont venus! On me disait de partir avec 10 personnes maximum. On est partis 33, pendant un mois!» 

Il a remis ça l'année suivante. 

Roger voit l'effet de ce projet chez les jeunes, il se dit que ça ne pourrait pas nuire aux adultes. «C'était au moment où [Lucien] Bouchard a mis plein de monde à la retraite. J'avais assisté à une conférence, les deux premières années de retraite, c'est le Club Med, et après, vous devenez un candidat à la dépression...»

En 1999, il multiplie ses brigades, qu'il baptise CASIRA. Au Guatemala, s'ajoutent d'autres pays comme le Pérou, la Bolivie et, naturellement, le Paraguay. «La première année, on était 90. La deuxième, 150, et la troisième, on était 200!» 

Il y a eu 450 inscriptions en 2007.

Les gens payent pour donner un coup de main à Roger, pour construire une école «à la cuillère», pour faire un puits. «Je fais une opération. J'enlève le nombril du monde et je leur mets dans le front. Comme ça, on voit le nombril des autres. Le travail est un prétexte. L'essentiel, c'est l'amour, c'est la proximité. Le sourire.»

Les brigades de Roger sont devenues une véritable escouade, aux quatre coins du Québec. Les participants se retrouvent chaque mois pour déjeuner, ils se recroisent sur le terrain, la truelle à la main. À Lévis, le mercredi avant-midi, des bénévoles remplissent des conteneurs. De tout.

«Pour le Guatemala et le Paraguay, on a pu envoyer 11 conteneurs avec des ordinateurs, des souliers, des machines à coudre. On a donné 25 000 toutous et 7500 paires de lunettes!» Chaque item est trié, identifié. «L'idée est de redonner à ceux qui n'ont rien. On ne fait pas la charité. On rétablit la justice.»

J'ai rencontré le padre Roger autour d'un déjeuner quelques jours avant son départ. Avec lui, Jeannine, Pierre, Jean-Pierre, Jacques et Jeanne, des habitués de CASIRA, «accros» aux missions. Jacques m'a envoyé le récit de son premier voyage au Guatemala, les participants doivent toujours commencer par le Guatemala. «On m'avait dit que dans un séjour de travail humanitaire, on reçoit beaucoup plus que ce que l'on donne. C'est vrai, tout à fait vrai. Sans doute aussi que l'on reçoit à la mesure de ce qu'on y investit.»

Et l'argent n'a rien à voir là-dedans.

www.amistadcasira.com

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