Le diable est dans les détails

Pendant son séjour de quatre jours à l'unité... (123rf/Katarzyna Bialasiewicz)

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Pendant son séjour de quatre jours à l'unité postopératoire, Normand n'a pu récupérer comme il aurait dû.

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(Québec) CHRONIQUE / Je vous rassure tout de suite, Normand va mieux, la chirurgie s'est très bien passée et il récupère bien à la maison.

Normand avait un cancer au rectum, il a fallu le lui enlever.

«L'opération a été super, l'équipe était formidable. Mais après, en sortant de la salle d'opération, ça s'est gâté...» C'est Sylvie sa blonde qui parle, elle a travaillé des années comme préposée, elle connaît la chanson.

C'était le mois dernier, Normand est arrivé autour de 15h dans l'unité postopératoire. « Ils devaient prendre les signes vitaux aux 15 minutes, personne n'est venu pendant deux heures.» Une fille est venue porter le souper, elle est repartie en coup de vent. «Normand ne pouvait pas se lever, j'ai dû aller demander un verre en styromousse pour mettre la soupe dedans...»

C'est un détail, vous me direz.

La machine qui régule les solutés sonnait sans arrêt, les infirmières n'y prêtaient pas vraiment attention, ces petites bêtes-là sont sensibles, elles sonnent à tout bout de champ. La petite bête n'était pas branchée. 

Le surlendemain, Sylvie est arrivée, il y avait une débarbouillette sur le coin du lit. «Ils l'ont laissée là en lui disant de se laver tout seul. C'est moi qui lui ai fait sa toilette.» Pendant les quatre jours où Normand a été là, personne ne lui a offert de lui laver les jambes et les pieds. On lui a donné deux petits sachets de savon en arrivant. «C'est tout»

Un autre détail.

Quand Sylvie demandait gentiment à quelqu'un d'aider son homme, - je sais ce n'est pas tout le monde qui demande poliment les choses -, elle se faisait gentiment répondre qu'il fallait favoriser l'autonomie. «C'est bien beau l'autonomie, mais un moment donné il ne faut pas que ça devienne un prétexte pour ne rien faire!»

C'est noble, favoriser l'autonomie. «Certains employés sont gentils, je ne veux pas jeter la pierre à tout le personnel, mais j'avais parfois l'impression d'être de trop... Quand t'arrives du bloc, t'es à terre... Je peux comprendre qu'on veut nous encourager, mais quand on n'est pas capable de se lever, en sortant de la chirurgie, on a besoin d'aide.» 

Même chose pour aller à la toilette. 

Un autre tantôt, Normand a eu son plateau de repas, il pouvait s'assoir dans son lit pour manger, il avait faim. Une fille est passée pour vider son urinal, un petit réservoir servant à mesurer le pipi, elle a mis l'urinal juste à côté du plateau de Normand.

Normand n'avait plus faim.

Il faisait très chaud cette semaine-là, Sylvie est allée voir au poste des infirmières pour avoir un ventilateur. «Je leur ai demandé s'ils pouvaient m'en prêter un en attendant que j'en apporte un le lendemain. On m'a répondu qu'il n'y en avait pas, mais il y en avait un, juste là, au poste, qu'ils n'utilisaient pas.»

Au poste, il y a l'air climatisé. «Ils me l'ont prêté...»

Le voisin de Normand aussi était soulagé, il avait la nausée tellement il avait chaud. «Il a demandé d'avoir un verre d'eau, avec une paille. «La préposée lui a répondu «désolée, on ne fournit pas de pailles ici», et elle est repartie. J'en avais apportées de la maison, je lui en ai donné une.»

En théorie, il aurait dû en avoir. Comme pour les mouchoirs, l'hôpital est supposé les fournir à la demande.

Normand a aussi dû changer lui-même la protection sous sa plaie. «Quand le médecin est venu vérifier, je lui ai demandé si c'était correct. Il m'a répondu : «c'est vous qui changez votre pad? Ce n'est pas normal.»

J'ai appelé au CHU, on m'a dit de suggérer à Normand et à Sylvie de contacter le Commissaire aux plaintes et à la qualité des soins. «Je qualifie cet épisode-là de pas optimal à plusieurs égards. [...] Les soins postopératoires sont très protocolisés pour atteindre des standards les plus élevés, ils sont établis en fonction de la condition des patients. Dans l'esprit de cette personne, même si les choses peuvent avoir été faites correctement, les soins qu'il a reçus n'étaient pas impeccables.»

C'est un euphémisme.

Je vous en raconte une dernière, une infirmière qui a pris la température de Normand par la bouche. «Elle n'était pas certaine du résultat. Elle m'a dit «monsieur, pour être sure, je vais devoir la prendre rectale...» 

Normand a presque ri.

Elle n'avait visiblement pas regardé son dossier. 

Je vous épargne les discussions animées pendant les changements d'équipes, la préposée qui a jeté l'urine du voisin sans mesurer la quantité, la tache de sang en bas d'un mur. 

Des détails.

Beaucoup de détails quand même qui, mis bout à bout pendant quatre jours, font que Normand n'a pas récupéré comme il aurait pu. 

Comme il aurait dû.

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