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(Québec) CHRONIQUE / C'est connu, le Québec regorge de festivals, comme celui du cochon de Sainte-Perpétue, du carton du Témiscouata, de la poutine de Drummondville. Il y a aussi à Québec depuis huit ans le Festival de la Bible, pas mal moins festif.

En gros, on jase de religion pendant trois jours.

Et cette année, le thème était brûlant d'actualité : les religions sont-elles causes de guerre ou sources de paix?

Je vous donne la réponse tout de suite : les deux.

Je suis allée à la conférence d'Abderrazak Sayadi, il enseigne l'étude comparée des faits religieux et des civilisations à l'Université de Manouba en Tunisie, il s'est penché particulièrement sur la violence dans la Bible et dans le Coran. «C'est un thème important, je me sens interpellé par cette question de violence.»

Les exemples pleuvent, il y a déjà plus d'une centaine d'actes terroristes en 2016, entre autres Orlando, Nice, Istanbul, Bagdad, Kaboul.

Abderrazak est parti de l'analyse d'un ingénieur new-yorkais, Tom Anderson, qui a fait «lire» la Bible et le Coran par un logiciel d'analyse de textes. Après 2 minutes et 886 000 mots analysés, OdinText a donné son verdict : le Coran contient 2,1 % de mots violents, le Nouveau Testament 2,8 % et l'Ancien, 5,3 %.

Donc, selon une analyse «objective», le Coran serait moins violent. 

«Ça, c'est politiquement correct. Chaque fois qu'un acte de violence est commis, il y a quelqu'un qui vient dire : "La violence n'a rien à voir avec le Coran." Je sais que ce discours-là part de bons sentiments, pour éviter la stigmatisation, mais ce n'est pas la réalité. Ce n'est pas un hasard si les responsables des attentats donnent des versets du Coran pour justifier leurs gestes.»

OdinText est passé à côté du plus important, le rapport au texte. 

«Il est important de savoir comment ces textes ont été lus et expliqués. On ne peut pas faire abstraction des traditions de lecture.»

Abderrazak connaît les deux livres comme le fond de sa poche. «Dans l'Ancien Testament, on peut comprendre que les massacres ordonnés par le Dieu d'Israël, que la violence et l'extermination dont il est question sont limités sur un territoire et limités dans le temps. [...] Et la conversion est une dimension absente dans la Bible.»

Le Coran, lui, dit ceci : «Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux, jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le sentier d'Allah. Mais s'ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur.» Et ça vaut, note Abderrazak, «sur toute la planète. La guerre n'a pas de limite, c'est une guerre totale».

Jusqu'à aujourd'hui.

Bien sûr, dans la Bible comme dans le Coran, il y a de très jolis versets de paix et d'amour, inutile de me le rappeler par courriel. Sauf que, et ce n'est pas un détail anodin, ils ne sont pas placés au même endroit. 

Dans la Bible, ils sont dans le Nouveau Testament, qui vient après l'appel à la guerre de l'Ancien. Dans le Coran, c'est l'inverse. «Le Coran s'étend sur 23 ans. Les 10 premières années, quand Mahomet est à la Mecque, il parle de paix. Après, quand il va à Médine, ça se gâte. Il forme une armée et part à la conquête. Ce Coran-là est un texte guerrier et politique, il justifie tout.»

C'est ce Coran-là qui pose un problème. «Il faut savoir que les versets tardifs abrogent les précédents. C'est le drame de l'islam, les versets de paix ont été rendus caducs. On les ressort parce que ça paraît bien, mais c'est trompeur. Ceux qui disent que le Coran propage un message de paix utilisent de façon trompeuse les versets abrogés.»

Le message est plutôt celui-là : «On peut convaincre quelqu'un par la violence.»

La solution? «Le verrou doit sauter, il faut contextualiser le Coran. Rien ne changera tant que l'islam n'aura pas modifié son rapport au texte. Le monde musulman est devant ce défi-là, mais il n'y a pas de magistère pour le faire. Et les réformateurs, eux, ils vivent dans la terreur. La réalité est sombre.»

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