«Ça prend du temps»

Depuis plusieurs années, la pharmacienne Louise Mallet estime... (Photo 123rf/Viroj Suttisima)

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Depuis plusieurs années, la pharmacienne Louise Mallet estime que les dossiers qu'elle voit sont de plus en plus complexes.

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(Québec) Chronique / Quand un patient s'assoit devant Louise Mallet, il en a pour une bonne heure. Elle lui demande d'abord sa liste de médicaments.

Sa première question: «Les prenez-vous?»

Louise est pharmacienne spécialisée en gériatrie, une sommité dans son domaine, elle travaille depuis un an à l'urgence du Centre universitaire de santé McGill, le CUSM. Avec une équipe, elle fait le ménage des piluliers, souvent trop garnis. En moyenne, les patients qu'elle voit prennent une dizaine de médicaments différents.

Un exemple, cette semaine. «La personne se présente, elle est diabétique. Sa glycémie est trop basse, on lui fait cesser des médicaments pour le diabète. Avec ça, on diminue un autre médicament qui affectait sa fonction rénale, on en arrête un autre qui lui donnait de l'oedème aux chevilles. En même temps, on ajuste ses médicaments pour la pression, l'autre pour la douleur liée à l'arthrose et celui pour l'ostéoporose.»

Ça fait beaucoup de pilules.

«Faire ça, ça prend plus que 10 minutes. Il faut prendre le temps de parler avec la personne, il faut l'écouter.»

Louise fera le suivi, évidemment, pour voir si les changements apportent les résultats souhaités. Elle fera des ajustements jusqu'à ce qu'elle soit satisfaite. «On se rend compte que les médicaments ne sont pas revus. On voit, par exemple, des médicaments qui ont été prescrits pour l'estomac, sans indication, la personne les prend depuis des années et personne ne s'est posé de questions.»

Elle, elle pose les questions.

Et, quand elle regarde la liste des médicaments, elle commence par la fin. «Je regarde toujours le dernier médicament prescrit et je remonte la chronologie. Ça me permet de savoir pourquoi il a été prescrit. Si c'est pour contrer un effet secondaire, je remonte à la molécule qui cause l'effet.»

Ça s'appelle l'effet cascade.

«Un des patients que j'ai vus prenait un antihypertenseur qui provoquait une baisse de pression et qui faisait qu'il était étourdi, il faisait des chutes. Le médecin qui l'a vu pensait que c'était des vertiges, il lui a ajouté un médicament pour traiter ça.»

Et hop, une pilule de plus.

Louise est pharmacienne depuis plus de 20 ans, elle partage sa pratique entre le terrain et l'enseignement. Depuis sept ou huit ans, les dossiers qu'elle voit sont de plus en plus complexes. «Je suis surprise de la lourdeur des cas. C'est triste de voir les conséquences des médicaments sur les personnes âgées.»

Du lot, il y a les «benzo», de puissants calmants qui rendent accros. Très vite. «Des fois, ils sont prescrits à l'hôpital et ils ne sont pas arrêtés en sortant. Je ne comprends pas pourquoi on prescrit encore ça. Quand un patient vient me voir parce qu'il ne dort pas, je commence par lui suggérer des approches non médicamenteuses.»

La relaxation ne cause pas d'effets secondaires.

Mais l'attrait de la pilule est grand, dans un système où le temps et l'argent sont comptés. «Ça prend une minute pour prescrire un médicament, mais ça prend parfois des années pour l'arrêter... Et maintenant, avec Internet, ça ne prend même plus une minute, ça prend à peine 10 secondes!»

Il faut du temps pour changer les mentalités. «Il y a un laxatif, le Colace, ça fait 20 ans que je répète qu'il n'est pas efficace, tout le monde sait qu'il n'est pas efficace, mais il est encore sur la liste. Là, je viens d'apprendre que quelqu'un a fait une analyse sur les économies qui pourraient être faites si on arrêtait de le donner. C'est de l'argent qui est dépensé pour rien, pour un médicament qui ne fonctionne pas...»

Les solutions sont parfois trop simples.

Mais à force de taper sur le même clou, il s'enfonce un peu. «Au Québec, on commence à réaliser qu'il faut avoir une préoccupation plus grande pour les personnes âgées. Il semble que le monde se réveille. Tous les efforts qu'on a mis depuis 20 ans commencent à être payants.»

*Sur ce, je m'éclipse pour quelques semaines, on se retrouve le 17 août.

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