Des spis et des hommes

Le Japonais Hiroshi Kitada s'est associé au Français... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Le Japonais Hiroshi Kitada s'est associé au Français Jean-Christophe Caso pour la traversée Québec-Saint-Malo.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) CHRONIQUE / Dans un bateau de transat, il y a des lits où les gens ne se couchent pas vraiment, et une toilette portable qui ne sert pas à grand-chose. Pour être plus stable, on met les trucs lourds près des côtés, parfois sur les couchettes.

Les humains roupillent où ils peuvent, tout habillés, parfois sur les voiles mouillées. 

Jamais bien longtemps.

C'est le grand départ aujourd'hui de la Transat Québec-Saint-Malo, la plus ancienne course d'ouest en est de l'Atlantique, en équipage, sans escale. Les deux plus gros voiliers partiront mardi. Au total, 26 bateaux sont sur la ligne de départ, des machines de course, pensées et conçues pour la vitesse.

Rien pour le confort.

De ceux-là, le Kiho, flambant neuf, jouet que s'est payé un richissime Japonais, Hiroshi Kitada. Le gars a assisté au départ de la Route du rhum il y a deux ans, il s'est dit «pourquoi je ne ferais pas ça moi aussi, des courses de voiliers?» et il s'est acheté son bateau, tout bonnement, à 50 ans.

C'est le premier skipper nippon en Class40.

Il vient de compléter sa première transatlantique en solitaire en mai dernier, de Plymouth à New York. Il est arrivé bon dernier, cinq jours après le vainqueur, mais il est arrivé. Il a déclaré, avant de partir : «Je ne peux pas expliquer ma motivation pour la Transat Bakerly. S'il y a un mot pour la résumer, ça serait l'envie.»

Vingt-trois jours plus tard, il a mesuré l'exploit qu'il venait d'accomplir. «Je ne trouve pas les mots pour exprimer mon état, a-t-il résumé devant les journalistes à son arrivée. Je ne comprenais pas au départ pourquoi tout le monde me demandait pourquoi j'avais choisi cette course. J'ai compris ensuite que c'était la course la plus difficile et j'ai commencé par ça!»

Son rêve a survécu.

Il a envie de remettre ça, avec un équipage cette fois. J'ai rencontré un des trois équipiers avec qui il ira jusqu'à Saint-Malo, le Français Jean-Christophe Caso. «J'ai fait ma première traversée en 1992, Brest-Québec, j'ai trouvé ça terrible, toujours mouillé... Je m'étais dit que plus jamais je ne referais ça de ma vie.»

Il a changé d'avis une fois rendu de l'autre côté de l'océan. «Quand on est arrivés à Gaspé, on a été accueillis par les gens. Je n'oublierai jamais l'émotion...»

C'était il y a un quart de siècle.

Jean-Christophe a fait la Route du Rhum en 2014, alors qu'Hiroshi n'était qu'un badaud dans la foule. Voilà qu'ils prennent le départ ensemble. Jean-Christophe ne parle pas un mot japonais, pas plus que l'autre Français à bord. L'équipage est complété par un Anglais, on dit qu'il baragouine le japonais. 

Hiroshi, lui, parle anglais comme une vache l'espagnol. 

Jean-Christophe en a vu d'autres, il a fait poser des fiches sur le bateau, les termes de navigation traduits en anglais et en japonais. Avec Hiroshi, il a noté en anglais et en japonais sur deux petites feuilles de bloc-notes les mots les plus essentiels en mer, une vingtaine. «Avec ça, on devrait arriver à se comprendre...» Il y a your turn, «ça c'est bien, c'est quand je le réveille quand c'est son tour», eat (manger), sleep (dormir), quiet (silence) et go-go-go, «ça, c'est quand il faut tout donner et y aller à fond!»

Jean-Christophe a eu peur de manger du riz avec des baguettes pendant toute la traversée, c'était la seule chose au menu. «Ce n'était pas possible...» Va pour le manque de sommeil et l'hygiène sommaire, mais il y a des limites à rogner sur les besoins primaires. «On a ajouté des plats avec des pâtes et des patates. Et des cuillères. Ça va, maintenant.»

Tout est lyophilisé.

Autre monocoque sur la ligne de départ, le Carac est un des plus vieux voiliers, avec un des plus jeunes skippers à la barre. Louis Duc a 32 ans, il est arrivé bon deuxième à la transatlantique anglaise, en jouant d'audace. C'est le roi de la débrouille, il a commencé sa carrière en retapant des bateaux.

De Québec à Saint-Malo, il naviguera avec deux gars qu'il connaît très bien, dont un de ses cousins.

Et il mangera de la blanquette de veau. «J'ai un ami qui cuisine les repas, du boeuf bourguignon... plein de trucs délicieux qu'il scelle sous vide. Et on se fait des pâtes avec ça. Pas tous les repas, disons un sur deux, à cause du poids.»

On parle beaucoup de technologie quand on parle de transat, des matériaux, des configurations, des bidules de navigation. Chaque voilier qui prendra le départ aujourd'hui est un concentré d'humanité.

Et c'est là que la course se jouera.

Le vainqueur en Class40 de la Transat Bakerly, Thibaut Vauchel-Camus, sera sur la ligne de départ de la Québec-Saint-Malo avec son Solidaire en peloton-ARSEP. Il sait que la machine n'est pas tout. «Le talent seul ne suffit pas en course, explique-t-il sur le site Web de la Transat. C'est l'amitié et la convivialité qui font le ciment entre les compétences. Il faut savoir gérer l'humain à bord d'un petit bateau.»

Et le vent, accessoirement.

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