Roum dum dum wa la dou

Avec sa disco mobile, Jacques Charest se promène... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Avec sa disco mobile, Jacques Charest se promène à travers différentes résidences pour personnes âgées avec comme objectif de faire bouger les gens.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) «Venez voir des résidents non autonomes atteints de graves maladies cognitives retrouver la joie et le goût de vivre par la chanson.»

Par le karaoké.

Ainsi allait l'invitation de Jacques Charest, qui transporte sa «disco mobile» dans les résidences pour personnes âgées de Québec. «Je suis rendu à une centaine de karaokés, c'est beau de les voir chanter. J'en ai qui ne chantaient pas au début et qui arrivent à le faire maintenant, parce qu'ils sont stimulés.»

Je suis allée voir ça à la résidence Louis XIV, le 1er juillet en après-midi. Il faisait beau, Jacques n'était pas sur un terrain de golf, mais en train de faire des pieds et des mains pour faire chanter sa chorale du vendredi. Il a son répertoire, des petites douces nostalgiques et des plus entraînantes.

Pendant qu'il s'installait, il a «réchauffé» la salle avec du Pierre Lalonde, ça s'imposait, et son Temps des vacances. Il n'a eu qu'à lancer «roum dum dum wa la dou», la trentaine de personnes ont aussitôt poussé la chansonnette. La dame derrière moi était tout sourire. «Elle, elle sourit tout le temps!»

Juste à côté d'elle, une autre dame dormait, le cou tout croche, la tête penchée par en avant. Les yeux fermés ben dur.

Et là, quand Jacques a fait partir la musique, ses sourcils ont bougé.

Chanson de circonstance, Un jour à la fois. «Qui se souvient du chanteur?» a demandé Jacques. La réponse est venue du fond de la salle. «André Breton!» Bingo. «C'est bon ça, il faut travailler sa mémoire!» Sur ce, les paroles sont apparues à l'écran, Jacques a donné la note, les voix se sont levées.

La dame qui dormait a ouvert les yeux.

Jacques a cherché la prochaine chanson, un western de Paul Brunelle? Trop vite, on change. C'est bon pour le moral de la Compagnie Créole? C'est bon. On ralentit un peu le tempo et c'est parti mon kiki.

C'est bon pour le moral, c'est bon, bon!

C'est bon! Bon!

Jacques a mis son chapeau, s'est promené entre les chaises pour faire chanter des gens au micro. Tout le monde connaît celle-là, Sous les ponts de Paris, et celle-là aussi, N'oublie jamais de Fernand Gignac, que je ne connaissais pas. Je vois cette femme au fond, qui essuie ses larmes en chantant :

«Le ciel si bleu, je n'en croyais mes yeux

J'avais peur que tant de joie soudain s'achève

Et pour la première fois, j'ai compris combien je t'aimais

N'oublie, n'oublie jamais»

La dame qui sourit toujours a continué de sourire, les trois messieurs ont chanté aussi. La dame qui dormait a relevé la tête.

«On va en faire une qui brasse un peu! Êtes-vous prêts?» Jacques sort ses cuillères de bois pour Le chant de l'alouette, un autre classique. «Tout le monde tape dans ses mains!» Jacques se rend jusqu'au fond de la salle pour s'assurer que tout le monde suit, il fait chanter un des messieurs au passage.

On se croirait à Soirée canadienne.

Jacques tient son public dans le creux de sa main, il se lance dans une chanson à répondre, et ça répond. «Valderi, valdera?» On cherche la note un peu et c'est parti.

«Valderi, valdera

Ah! ah! ah! ah! ah!

Valderi, valdera

Viens chanter avec moi.»

Et là, qui est-ce qui chante au micro, d'une voix douce et enjouée?

La dame qui dormait.

C'est ça qu'il fait, Jacques, avec son karaoké, il donne une raison de se réveiller, d'ouvrir les yeux et de chanter. Et à la fin, les gens vont lui serrer la main, lui disent merci et retournent à leur chambre en chantonnant.

Pourquoi il fait ça? Pour le plaisir. «Je suis le dernier d'une famille de 17 enfants et j'adore les aînés!» Il aimerait en faire plus souvent, mais dans certaines résidences - et CHSLD - on lui confie qu'il y a de moins en moins d'argent alloué pour les activités. On coupe dans les patates comme dans le reste.

Les aînés lui font souvent cette confidence, «on est bien traités, mais on s'ennuie».

Et encore, si ce n'était qu'une simple question d'argent. Il y a pire encore. «Je trouve ça tellement triste quand j'appelle dans des résidences et que je me fais répondre, "vous savez monsieur, ici, les gens ne chantent pas..."»

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