Pour les femmes, par les femmes

Godelieve De Koninck... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Godelieve De Koninck

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) CHRONIQUE / Je vous l'ai déjà dit, je déteste les acronymes. J'allais au terrain de jeu, mes enfants vont au PVE. Les maladies vénériennes sont devenues des ITSS.

Vous saviez que la CSST est maintenant la CNESST?

C'est peut-être pour ça qu'il m'a fallu autant de temps pour vous parler de l'AFDU-Québec, un acronyme bien ingrat pour un organisme aussi intéressant. L'AFDU-Québec, qui tient pour Association des femmes diplômées des universités de Québec, existe depuis environ 1990. Elle est née de la cuisse de la FCFDU, la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités, fondée en 1919.

Voilà pour les acronymes.

Sa présidente sortante, Godelieve De Koninck, est sortante depuis le mois d'octobre déjà. «J'ai donné ma démission après sept ans, il n'y a personne qui me remplace...» À 78 ans, elle continue donc à porter l'organisme sur ses épaules et à coordonner la remise de bourses d'études à des femmes qui ont besoin d'un coup de pouce.

L'année dernière, 27 000 $ ont été remis en 19 bourses. «Au début, les bourses étaient données pour encourager les métiers non traditionnels, puis on a entrepris d'en remettre aux femmes autochtones. On commence même au secondaire et on les suit. On en a une qui est rendue en médecine. Ça marche!»

Godelieve m'a envoyé les dossiers de deux boursières innues: Gaëlle d'Uashat-Maliotenam près de Sept-Îles et Maude de La Romaine, Unamen Shipu en montagnais.

Dans le dossier de Maude, une lettre du directeur de l'école, il explique le contexte dans lequel elle a étudié. «On passe du primaire au secondaire comme on tombe de Charybde en Scylla. L'adolescence se pointe alors avec de nouveaux écueils : consommation, démotivation, grossesses non désirées, etc. C'est la lente agonie des rêves de jeunesse; la mort des ballerines et des astronautes. Ainsi, nos jeunes, rescapés des classes, en viennent inexorablement à se poser ces questions: "Mais pourquoi étudierais-je? Pour m'exiler? Pour vivre esseulé, loin des miens, là où on ne parle pas ma langue et où on ignore ma culture? À quoi bon continuer?" Un jour enfin, l'élève devenu majeur apprend qu'il doit abandonner la formation générale des jeunes pour avoir droit à un chèque d'aide sociale. ll sera alors subventionné pour décrocher.»

Maude a pris un autre chemin : «La Médaille académique du Gouverneur au cou, notre brillante étudiante décide de devenir infirmière et s'inscrit au Cégep de Sept-Îles; ce faisant, elle honore plusieurs générations d'enseignants, d'intervenants et de directeurs puisque l'école enfin accomplit sa mission. Maude, tshinashkumitin ishpish minu-atussein [«Merci pour le beau travail»]! C'est le début d'un temps nouveau!»

Maude a trimé dur, l'AFDU-Québec lui a donné un coup de main.

«À l'automne 2014, j'ai terminé ma troisième session. À la fin de ce même semestre, j'ai donné naissance à ma fille Chloé. J'estime que c'est l'événement le plus heureux qui nous soit arrivé à mon amoureux et moi. Étant donné cette circonstance, j'ai pris un temps d'arrêt pendant la session d'hiver afin d'être présente auprès d'elle et de passer du temps avec ma famille. À ce jour, j'ai réussi tous mes cours, à l'exception d'un seul que j'ai dû faire après mon accouchement. Malgré cette déception, je demeure confiante en mes capacités de réussite. [...] J'ai maintenant 19 ans et je suis déterminée à compléter mon programme d'études. [...] Quant à mes perspectives professionnelles, je me vois revenir dans mon village et desservir les besoins en santé des gens de ma communauté [...] et je caresse le rêve d'obtenir mon baccalauréat en sciences infirmières à l'Université Laval.»

Boursière en 2015, Gaëlle fait sa maîtrise en design urbain à l'École d'architecture de l'Université Laval. Elle s'intéresse à la beauté de son village. Oui, à la beauté. «Pourquoi fallait-il que le développement de notre communauté suive le même pattern de développement que n'importe quelle banlieue nord-américaine? Quel serait un aménagement qui serait mieux adapté aux valeurs et à la culture des Innus?»

Elle travaille à l'élaboration d'un guide en aménagement pour les communautés innues. «À la fin de ma maîtrise, dans un an, je compte retourner travailler dans ma communauté dans l'espoir de pouvoir contribuer à offrir un milieu de vie mieux adapté. Merci encore à l'AFDU de m'encourager dans la poursuite de mes projets.»

Godelieve sait que les bourses font une différence. «L'autre jour, j'ai croisé une femme ingénieure forestière. Elle m'a dit : "l'AFDU m'a donné 1000 $, ça a changé ma vie. Ça m'a donné confiance, il y avait quelqu'un qui croyait en moi".»

C'est l'AFDU-Québec maintenant qui a besoin d'une femme qui croit en elle. «C'est une association qui a sa place, ça serait dommage de laisser tomber ça.»

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