Les pinceaux maganés

Benoit Genest Rouillier devant son tableau Le miracle.... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Benoit Genest Rouillier devant son tableau Le miracle. Benoit fait partie du programme Vincent et moi, une idée du psychologue François Bertrand afin de soutenir les artistes souffrant de maladie mentale.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) CHRONIQUE / Benoit Genest Rouillier me montrait ses tableaux, ils sont exposés à l'Hôtel 71 dans le Vieux-Québec, en m'expliquant un peu ce qu'il avait peint.

«Celle-là, ça ressemble à un orignal. Je l'ai appelée Le Miracle.

- Et celle-là?

- Celle-là, ça ressemble à un sac de couchage. Je l'ai appelée Sac de couchage

Il s'est approché du Miracle pour me montrer un détail précis du tableau, un coup de pinceau noir plus diffus que les autres. «Pour faire ça, j'ai pris un pinceau magané, tu sais, quand le bout est tout séché. Et là, j'ai fait ça.» Il a raidi le bras devant lui en pointant son pinceau invisible comme un fleuret.

«C'est beau, hein?»

C'est très beau. Et pas parce que Benoit, «sans chapeau», est atteint de maladie mentale. J'ai oublié de vous dire, les artistes qui exposent à l'Hôtel 71 sont tous atteints de maladie mentale, ils font partie du programme «Vincent et moi» qui, depuis 15 ans, accompagne des artistes comme Benoit.

Vincent et moi, c'est l'idée de François Bertrand, psychologue, qui a mis sur pied en 2001 une première galerie d'art à Robert-Giffard, alias l'Institut universitaire en santé mentale de Québec. Il était à l'Hôtel 71 mardi, quand je suis passée. «Ce que les gens font, ce n'est pas de l'art thérapie, c'est une proposition artistique à part entière.»

Ce sont des artistes, point.

Il a d'abord fallu en convaincre les principaux intéressés. «Au début, les gens qui voulaient exposer avec Vincent et moi apportaient leur dossier médical, ils me parlaient de leur maladie. Je leur disais : "N'apporte pas ton dossier médical, montre-moi tes dessins, ce sont tes dessins que je veux voir!"»

Personne n'avait vu en eux autre chose qu'une personne atteinte de maladie mentale.

Quand ils intègrent le projet, les artistes doivent travailler fort. Johanne Vallée, qui expose aussi à l'Hôtel 71, a dû canaliser ses élans créatifs. «J'aime jouer avec la couleur, c'est libérateur. C'est ma quatrième année avec Vincent et moi, j'ai appris à peindre de façon plus régulière.»

Et ça lui fait un bien fou. «Ça m'a remis sur la mappe, ça aide à reprendre une vie normale. Ça aide au rétablissement, même si je ne fais pas ça pour ça. Quand je peins, le stress s'évacue tout seul. Je suis corps et âme dans la toile. Dans la toile. Je choisis les couleurs selon comment je file, ça m'aide à trouver un équilibre.»

L'art est arrivé dans la vie de Benoit à 18 ans, il en a 36. «Quand j'ai commencé à dessiner, j'étais mal foutu...» Il est avec Vincent et moi depuis 11 ans, rêve aujourd'hui de vivre de son art, «même si c'est pas vivre riche». Quand il peint, il est «à l'écoute de la toile, des accidents, des imprévus». Il observe l'oeuvre terminée avant de lui donner un nom, selon ce que lui inspirent les formes, le trait, les mouvements.

«Celle-là s'appelle Le Champ. Vous voyez le petit drapeau américain planté au milieu?

- Je n'avais pas remarqué.»

Je voyais une belle baleine bleue.

Benoit a vendu un triptyque à l'Hôtel 71, les trois tableaux sont accrochés juste au-dessus de la réception. Ils sont magnifiques. «C'est une commande. Ils m'ont donné quelques orientations, pour les couleurs entre autres, et je suis parti avec ça. Deux jours après, c'était terminé!»

Chacun des artistes de Vincent et moi a une histoire bien à lui, un chemin parfois tortueux. François voit les changements s'opérer sous ses yeux. «Ça leur donne une raison d'être fiers, ça donne aussi à leurs parents une raison d'être fiers d'eux. On les fait recommencer parfois, on leur dit qu'ils peuvent faire mieux. Ce n'est pas parce qu'ils sont atteints d'une maladie mentale qu'on va leur dire que tout est beau...»

François rêvait de sortir ses artistes de Robert-Giffard, c'est chose faite. Il aimerait maintenant étendre son programme à tous les hôpitaux. «Ce serait bien pour ceux qui y font de longs séjours. Ce qu'on voit avec le programme, c'est qu'il y a d'autres méthodes que la pharmacopée, d'autres espaces pour guérir, pour se développer.»

Que la beauté peut naître de pinceaux maganés.

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