À la mémoire d'Edgar

Vendredi, le Pavillon Pierre Lassonde a accueilli ses... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Vendredi, le Pavillon Pierre Lassonde a accueilli ses premiers visiteurs. Du même coup, le rêve de John Porter est devenu réalité.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) CHRONIQUE / La porte d'un seul bureau était ouverte, Claude s'est étiré le cou.

- Je peux vous aider, jeune homme?

- Peut-être.

Claude venait de voir la plaque à l'entrée du bureau : Edgar Porter, doyen. Claude était de mauvais poil en ce matin de juillet 1965, il venait de recevoir une lettre de la Faculté de foresterie et de géomatique. Il n'était pas admis. «J'avais 19 ans. J'ai pris la voiture à mon père et je me suis rendu à l'Université [Laval]. Je me suis dit, je vais aller voir. C'était désert, il n'y avait personne, à part le doyen...»

Claude a mis la lettre sur le bureau.

- Je viens de recevoir ça. Je ne suis pas très content.

- Savez-vous pourquoi vous n'êtes pas admis?

- Je m'en doute. Mes notes...

Claude a vendu sa salade. «On a jasé 45 minutes, il m'a écouté patiemment. À la fin, il m'a dit : "la Faculté va vous donner des nouvelles, on va vous écrire une lettre." Il n'y avait pas de courriels dans ce temps-là, on fonctionnait avec des lettres... Deux jours plus tard, j'ai reçu une lettre.»

Il était admis.

Claude Tessier a décroché son baccalauréat quelques années plus tard. Il a fait son bonhomme de chemin, jusqu'à ce qu'il devienne vice-président aux placements immobiliers à l'Industrielle Alliance, où il est toujours.

Presque 40 ans jour pour jour après sa rencontre avec Edgar, le 15 juillet 2005, Claude avait à son agenda un rendez-vous avec un certain John R. Porter.

Alors directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), John se creusait les méninges. «Je rêve d'un agrandissement depuis 2001, je cherche un endroit pour sortir le musée de son enclave. La première piste que je suis en 2002, c'est le couvent des Dominicains, juste à côté. C'est le lieu idéal.»

Il avait approché la congrégation, en vain.

Pendant trois ans, John cherche midi à 14h. Il esquisse un projet pour la basse-ville, «l'Espace Riopelle», un autre sur le terrain du musée, derrière la prison, «c'était trop petit». Il y a toujours quelque chose qui cloche. «J'ai présenté à peu près un projet par année, mais ça ne fonctionnait pas. Il fallait le couvent.»

C'était une idée fixe.

À l'été 2005, John apprend que l'Industrielle Alliance a acheté la moitié du couvent pour y faire des condos. Il joue son va-tout. «C'est dans ce contexte-là que j'ai demandé une rencontre avec Claude Tessier, qui était responsable du dossier à l'Industrielle. Je voulais voir s'il y avait une ouverture pour le musée.»

Le 15 juillet, donc, les deux hommes se rencontrent, ils jasent immobilier. «John me parle du musée, du fait que l'Industrielle a signé la moitié du site. Je ne suis pas contre le projet, évidemment, mais le terrain n'a pas été acheté pour ça. En même temps, il m'apparaît certain qu'on ne nuira pas à un projet comme ça...»

Une question turlupine Claude.

- Êtes-vous parent avec Edgar Porter?

- C'est mon oncle. C'est mon deuxième père en fait, c'est lui qui s'est occupé de moi quand j'ai perdu mon père. Il m'a aidé à financer mes études [en histoire de l'art].

- Moi aussi, il m'a aidé. J'en dois une aux Porter.

Claude Tessier a tenu promesse, il a porté le dossier au grand patron de l'Industrielle Alliance, Yvon Charest. On sait qu'il peut se faire convaincant, comme il l'a été avec Edgar. «Il m'a dit qu'il allait tout faire pour faciliter les négociations avec M. Charest, c'est ce qu'il a fait.»

Vendredi, le pavillon Pierre Lassonde a accueilli ses premiers visiteurs.

Claude a fait tout ce qui était en son pouvoir, il a le sentiment d'avoir réglé sa dette, contractée il y a un demi-siècle. «J'avais une dette avec un Porter. Avec John, je me dis qu'elle est peut-être réglée...»

John efface l'ardoise. «C'est spécial que cette rencontre avec mon oncle ait changé le parcours de Claude Tessier et que, 50 ans plus tard, elle change le mien, par le lien particulier que j'avais avec mon oncle. Je trouve que ça démontre bien l'importance des gestes d'accueil et d'ouvertures aux autres.»

Depuis ce tête-à-tête entre les deux hommes il y a 11 ans, il y a eu d'autres hasards, d'autres rencontres qui ont mené à l'aboutissement de cet ambitieux projet porté par John Porter. «C'est un casse-tête qui s'est fait morceau par morceau. C'est invraisemblable le nombre de gens envers qui j'ai contracté des dettes...»

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