Les voisins

À chaque année sur la 20e, c'est la... (Photo fournie par Joanne Roy)

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À chaque année sur la 20e, c'est la fête des voisins. La 20e, ce n'est pas une rue, c'est un quartier en soi, on le sent tout de suite quand on y met les pieds.

Photo fournie par Joanne Roy

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(Québec) CHRONIQUE / Règle générale, on parle des voisins quand ils se crêpent le chignon, qu'ils ne s'entendent pas sur trois pouces carrés de terrain.

Quand ils en viennent aux coups, parfois.

Quand ils se retrouvent devant un tribunal pour dire «c'est lui qui a commencé».

Ça n'arrivera pas sur la 20e Rue, dans Limoilou, entre la rue Benoît-XV et la 4e Avenue. Pas de clôture, pas de chicane de clôture, des enfants qui vont d'une maison à l'autre comme si c'était leur propre maison.

Je suis allée faire un tour samedi dernier, c'était la fête des voisins, Joanne Roy m'avait gentiment invitée par courriel. La 20e, ce n'est pas une rue, c'est un quartier en soi, on le sent tout de suite quand on y met les pieds. Je suis arrivée après le lunch, une grande table au milieu de la rue, pleine d'assiettes.

Et des restes de gâteau au chocolat.

Chacun apporte un plat, l'une avait fait de petits hamburgers, les autres des bouchées, des salades. Un monsieur a monté un petit chapiteau où il a installé des photos des années précédentes. Et plus loin, un jeu gonflable loué pour toute la journée, un classique pour les enfants.

La Ville leur donne la permission d'occuper la rue.

C'est Joanne qui a eu l'idée de cette fête, il y a sept ans maintenant. «On venait d'emménager, je cherchais une façon de connaître mes voisins. J'ai mis dans les boîtes aux lettres une invitation pour que les gens déposent devant leur maison des objets dont ils ne se servent plus et qu'on fasse des échanges.»

Gratuitement.

Le jour venu, quelques tables sont apparues devant les maisons, les voisins ont fait le tour. «On n'avait pas besoin de rester devant nos tables puisque c'était pour donner. Untel ramassait une lampe, l'autre un petit meuble... Ça a été une belle occasion pour se parler et se connaître!»

La fête a pris de plus en plus d'ampleur chaque année, tellement que, maintenant, «les enfants ont plus hâte à la fête des voisins qu'à Noël! Il y a une année, il pleuvait à boire debout, pas question d'annuler. Les enfants nous disaient : "Allez dehors, on y va!" On s'est ramassés tassés en dessous d'un gros arbre...»

La 20e Rue est devenue une grosse famille recomposée.

En fait, je vous parle de la fête des voisins, mais c'est un prétexte pour vous parler des autres jours de l'année, surtout, où les voisins continuent à se voisiner. Quand un voisin part en voyage, un autre s'occupe du chat. Il y a d'ailleurs beaucoup de chats sur la 20e. «Et même les chats se tiennent ensemble! Il y en a même d'autres qui viennent des autres rues...»

Le mot se passe, c'est cool sur la 20e.

Quand un voisin a besoin de farine, il va voir l'autre en face, quand un enfant a envie de pipi, il entre dans n'importe quelle maison, qu'il connaît comme la sienne. Les voisins s'échangent des plantes pour leur jardin, ils font une corvée de tomates en conserve à la fin de l'été, tout le monde met la main à la sauce.

Et quand un voisin file un mauvais coton, les autres sont là.

Les voisines de Joanne, deux soeurs, sont inquiètes. Elles se sont occupées de leur père pendant des années, il est mort ce printemps.

Le monsieur était un des trois «rois mages» de la rue.

Le monsieur a bâti la maison, les deux soeurs ont vécu dedans presque toute leur vie, il y en a une qui est là depuis plus de 50 ans. Mais une belle grande maison dans Limoilou avec un terrain, ça vaut des bidous. Il y a deux camps dans la famille, ceux qui veulent la vendre, et les deux soeurs, qui veulent rester là.

Qui veulent mourir là.

Les deux femmes vieillissent, les voisins sont toujours là pour elles, Joanne aussi. «C'est un peu le retour de l'ascenseur, m'a-t-elle écrit. En 2005, alors que mon conjoint et moi arpentions le quartier en vélo, dans l'espoir de dénicher une maison pour notre future famille, c'est grâce à un brin de jasette avec l'une d'elles, qui grattait son terrain, que nous avons pu trouver notre maison.»

Elle était toujours là aussi pour les autres voisins. Hélène pouvait compter sur elle pour ramasser le courrier pendant un voyage, et Bernard, pour monter son garage avant l'hiver. Elle s'est occupée de Yolande et de Robert, en phase terminale.

Les deux soeurs font partie de la rue comme les vieux chênes.

Les voisins cherchent une solution pour qu'elles puissent rester dans leur maison, une communique avec son notaire, l'autre essaye de trouver un terrain d'entente avec la famille. Les deux femmes ne peuvent pas s'imaginer vivre ailleurs, pas tant pour leur maison que pour les voisins autour.

J'en ai rencontré une samedi, elle m'a parlé de sa rue. «Vous savez, mes voisins, c'est ma vraie famille.»

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