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Bernard Drainville a mis fin à neuf années... (La Presse, Robert Skinner)

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Bernard Drainville a mis fin à neuf années de vie politique en démissionnant, mardi, de son poste de député. Dès cet automne, il coanimera une émission de radio sur les ondes du FM93 à Québec.

La Presse, Robert Skinner

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(Québec) CHRONIQUE / Ainsi, Bernard Drainville quitte la politique comme il y est entré, avec fracas. Et, plaide-t-il, pour la même raison.

Servir.

«Il faut que je m'en aille, a-t-il dit mardi en point de presse. Je dois redéfinir mon engagement dans le service public.» Il avait, à peu près avec les mêmes mots, expliqué son saut en politique en 2007, quand il avait quitté Radio-Canada et s'était rallié au PQ, alors dirigé par André Boisclair.

Avez-vous remarqué, mardi, il a nommé plein de chefs du PQ qui ont été ses héros et il n'a pas nommé Boisclair?

Toujours est-il qu'il explique maintenant son retour dans les médias par le goût de servir, comme si coanimer une émission de radio, dans une radio privée, tenait de la même abnégation. «Comme animateur, c'est là où je serai, je pense, le plus utile. [...] J'ai beaucoup donné, je vais continuer à donner.»

Donner son opinion à la radio n'a rien à voir avec le don de soi.

C'est un travail.

J'ai encore une conception naïve de l'engagement en politique, de ce que ça devrait être, de ce que c'est de moins en moins. On ne se surprend plus du départ d'un député en cours de mandat, comme si le pacte scellé avec les électeurs était un simple contrat qu'on puisse briser unilatéralement.

Il n'y en a jamais eu autant que maintenant.

Le plus drôle, c'est que Bernard Drainville était de ceux qui pourfendaient les élus qui quittent le bateau entre deux élections. En novembre, devant la commission parlementaire chargée d'étudier le projet de loi sur les indemnités de départ, il a dit : «Quand on se présente aux élections, il y a une espèce de contrat moral qui existe [...] entre les électeurs qui nous ont envoyés au Parlement pour les représenter et nous-mêmes. Si on leur disait, au moment où on se présente aux élections : "Vous savez, je me présente, mais je ne suis pas sûr que je vais faire quatre ans", il y en a peut-être qui seraient élus sur cette base-là, mais il y en a une couple qui ne seraient pas élus sur cette base-là, M. le Président. Ça, je suis sûr de ça.»

Ce chapeau-là lui fait, maintenant.

Mardi, les journalistes de la tribune lui ont remis sous le nez une autre déclaration qu'il a faite en mars 2013, ça va un peu dans le même sens, «un élu qui choisit de son plein gré de démissionner en cours de mandat ne respecte pas le contrat moral qu'il a pris avec ses électeurs».

Il a répondu qu'il ne voulait pas répondre : «Je sais ce que j'ai dit, mais je ne le répèterai pas aujourd'hui. Ça ferait une trop bonne clip»...

Une «clip» d'un gars qui glisse sur sa pelure de banane.

Il a contourné la question - neuf ans de politique, ça laisse des marques -, pour insister sur le fait qu'il était tout content de partir sans toucher l'indemnité de départ, un combat qu'il a effectivement mené et gagné quand il était député. «Un élu qui choisit de quitter ne devrait pas être récompensé.»

C'est la moindre des choses.

Il a parlé de Pierre Karl Péladeau, à qui il s'était rallié pendant la dernière course à la chefferie du PQ. «Le départ de Pierre Karl m'a scié les jambes. [...] Ça a été un peu mon signal de départ.» Il dit avoir été approché par le FM93 pour remplacer Nathalie Normandeau, des mauvaises langues disent le contraire.

«Il y a eu un alignement de planètes», il a décidé de quitter le bateau.

On a mieux compris pourquoi il partait au fur et à mesure que les journalistes posaient des questions. Bernard Drainville veut retrouver sa liberté de parole, même s'il troque, en fait, la ligne de parti pour la dictature des cotes d'écoute. C'est son choix le plus strict, tant et aussi longtemps qu'il assume ses contradictions.

Mais il y a plus. Ce nouveau micro, a résumé le député démissionnaire, est une «chance que je ne pouvais pas laisser passer». Et il a ajouté ceci : «j'ai le droit au bonheur». Ainsi, parce que l'homme n'était plus assez heureux en politique, il a choisi d'arrêter de servir ses électeurs pour «servir» les auditeurs du FM93.

On est à 1000 lieues du service public. 

En brisant son «contrat moral» au beau milieu de son mandat, en forçant la tenue d'une élection partielle qui coûtera 500 000 $ à l'État, Bernard Drainville se retrouve en porte-à-faux avec ses propres convictions. J'ose à peine imaginer ce qu'il aurait dit si c'était un libéral et un caquiste qui avait quitté le salon bleu pour un studio...

Et j'aurais probablement été d'accord avec lui.

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