Au-delà de cette limite

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Lorsque le patrimoine d'une personne dépasse 2500 $, les frais d'hébergement en CHSLD sont revus et peuvent même atteindre le maximum de 1800 $ par mois.

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(Québec) CHRONIQUE / C'est l'histoire d'Andrée, elle ne s'appelle pas Andrée, j'ai changé son nom parce qu'elle a déjà assez eu de problèmes comme ça.

Elle est tombée dans les lézardes de la bureaucratie.

Juste avant, début février 2013, elle a fait un accident de voiture. Il neigeait dehors, elle a perdu la maîtrise de son véhicule, elle s'en est miraculeusement sortie.

Pas son auto, perte totale.

Avant l'accident, elle allait rendre visite à son mari au CHSLD presque tous les jours. Elle s'occupait toute seule de la maison, arrivait à payer les factures et à faire, avec des revenus fort modestes, les versements sur l'hypothèque. Elle venait de vendre à contrecoeur de beaux meubles antiques pour colmater quelques fissures dans le solage, pour changer la porte d'entrée.

Andrée, 70 ans, a passé plus de trois mois à l'hôpital.

À sa sortie, la RAMQ l'attendait dans le détour. Pendant son hospitalisation, l'argent des meubles est resté dans le compte bancaire, même chose pour le montant que la compagnie d'assurance a versé pour remplacer sa voiture. Pour la RAMQ, c'est un «patrimoine» dépassant 2500 $ et quand le patrimoine dépasse 2500 $, les frais d'hébergement en CHSLD sont revus.

Les frais ont ainsi été établis au maximum prévu, 1800 $ par mois, c'est plus que la somme des pensions qu'ils recevaient du fédéral et de la Régie des rentes du Québec. Andrée a mis les travaux sur sa marge de crédit et elle a siphonné son «patrimoine» pour payer l'hébergement de son mari, jusqu'à ce que le compte soit à sec. 

Quand elle voulait aller rendre visite à son mari, elle devait demander à une amie de l'y conduire, le CHSLD est dans un village à 20 minutes de route. Andrée habite un hameau où il n'y a ni épicerie ni pharmacie.

Elle a même dû se tourner, plusieurs fois, vers la banque alimentaire de sa région pour pouvoir manger à sa faim. 

Après? Elle a dû mettre sa maison en vente.

Une de ses amies, Jeanne, ce n'est pas son vrai nom non plus, a appelé à la RAMQ pour leur expliquer la situation. «J'ai eu beau téléphoner et écrire à plusieurs reprises à la RAMQ qui gère le coût de la pension en CHSLD, ils sont restés intraitables. Je suis même remontée jusqu'au Commissaire aux plaintes et j'ai expliqué la situation à sa secrétaire. Le dossier n'a pas été rouvert. On m'a dit qu'elle n'aurait qu'à payer ses dettes quand sa maison sera vendue.»

La RAMQ a revu les frais d'hébergement quand le compte a été presque à sec.

Le mari d'Andrée est mort.

Andrée habite maintenant en CHSLD.

La maison vient d'être vendue, Andrée avait 7000 $ de dettes.

Tout ça parce qu'elle a passé trois mois à l'hôpital après un accident de voiture, par une tempête de février, en revenant du CLSC. Et qu'elle avait eu le malheur de prévoir quelques rénovations à la maison.

Tout ça, surtout, parce que la limite de 2500 $ a été établie en 1983 et qu'elle n'a jamais été revue. La banque du Canada offre un outil formidable sur Internet, une calculatrice d'inflation, qui remonte à 1914. J'ai fait l'exercice, 2500 $ en 1983 équivaut, aujourd'hui, à 5587,98 $.

On peut arrondir à 5500 $.

De plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer une mise à jour de cette limite et, carrément, des méthodes de calcul des frais payés en CHSLD. Il y en a qui suggèrent que les frais d'hébergement soient modulés davantage, que ceux qui ont de bons revenus payent plus que le plafond actuel de 1800 $.

Avant toute chose, il faudrait d'abord rattraper le retard de 33 ans dans le calcul du patrimoine. J'ai demandé à l'attachée de presse du ministre de la Santé si le gouvernement a l'intention de se pencher sur ce dossier :

«Y a-t-il une volonté ou un projet de revoir à la hausse ce montant?

- Il n'y a pas actuellement de travaux sur le sujet, mais c'est un dossier qui nous préoccupe.

- Y a-t-il une intention d'amorcer des travaux à ce sujet?

- Je vais vous répéter que c'est un dossier qui nous préoccupe.

Pour Andrée, ça ne change plus rien maintenant, elle écoule le temps - et l'argent - qui lui reste dans un CHSLD. 

Lorsque Jeanne rend visite à Andrée, elle n'aime pas ce qu'elle voit. «Notre gouvernement ne protège pas ses personnes âgées, encore moins celles qui sont dans le besoin. Que font les personnes qui sont seules et démunies? J'en ai vu beaucoup, depuis que son mari a été placé en CHSLD et depuis qu'elle vit à son tour en hébergement. C'est d'une tristesse à faire pleurer.»

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