Un bain au lit, c'est comme manger du McDo

C'est le bonheur pour Marie-Noëlle Simard depuis qu'elle... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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C'est le bonheur pour Marie-Noëlle Simard depuis qu'elle habite avec Amal, grâce à qui elle prend trois bonnes douches par semaine.

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(Québec) CHRONIQUE / Marie-Noëlle Simard est tombée en bas de sa chaise quand elle a lu l'histoire de François Marcotte, 43 ans, qui a ramassé de l'argent pour avoir deux douches de plus par semaine, en CHSLD. C'est une image, Marie-Noëlle ne peut pas tomber en bas de sa chaise, elle y est attachée avec des velcros.

Marie-Noëlle sait ce que c'est de ne pas pouvoir se laver. 

Elle a connu ça quand elle a été placée en CHSLD à 38 ans, heureusement que ses parents pouvaient lui payer un deuxième bain, mais encore, à gigoter comme elle gigote sur sa chaise, deux bains, ce n'est pas assez.

On dit un bain, mais c'est souvent une trempette en vitesse ou une «torchette» à la débarbouillette, en croix : visage, aisselles, aine.

Appelé à réagir à l'histoire de François Marcotte, Gaétan Barrette en a profité pour dire ce qu'il pensait des bains. «Les soins d'hygiène corporelle peuvent être donnés de façon totalement optimale sans bain. Le bain n'est pas la panacée. Donner un bain au lit, ça se fait. [...] On déifie le bain. Les experts nous disent que les soins d'hygiène peuvent être donnés sans restriction sans bain. Le bain est élevé au summum alors que ce n'est pas le cas.»

Il en a remis mardi, il a dit que tout le monde, tous les jours, dans tous les CHSLD avait des soins d'hygiène complets.

Marie-Noëlle aimerait bien jaser avec les experts du ministre, elle leur dirait que non, se faire laver dans son lit n'a rien à voir. Et que ce ne sont pas aux experts à décider combien de douches une personne a besoin pour se sentir propre. Il y a un monde de différence entre être propre et se sentir propre.

Et oui, les gens en CHSLD devraient avoir le droit de se sentir propres.

Marie-Noëlle en sait quelque chose, elle a dû être lavée à la débarbouillette presque 100 jours, le temps d'adapter sa douche dans son nouveau logement. «Les experts de Barrette disent que c'est équivalent, mais c'est faux! L'été dernier, j'ai toujours senti bon, mais ma peau et mes cheveux étaient différents! Psychologiquement, cela m'a beaucoup fatiguée, car je n'étais pas bien dans ma tête!

Ce que je reproche aux fameux experts dont je n'ai pas trouvé les recherches, c'est qu'ils prennent des humains comme s'ils n'avaient plus le droit de sentir l'eau couler sur leur peau parce qu'un bain au lit, ça fait la job, exactement comme manger du McDo!»

On reste sur sa faim.

Maintenant que tout est arrangé dans son nouveau logement, que sa colocataire Amal est aussi sa préposée, Marie-Noëlle prend trois bonnes douches par semaine. Le bonheur.

L'autre argument qu'on entend, pour justifier la toilette au lit, c'est que certaines personnes avec des problèmes cognitifs développent une aversion pour le bain, refusant de se mouiller le petit orteil. Marie-Noëlle a sa théorie là-dessus. «Il est vrai que pour des personnes ayant une démence, un bain peut être angoissant et très fatigant. On peut toujours se demander si les préposés avaient plus de temps, est-ce qu'un bain serait plus agréable pour certains d'entre eux? Bien sûr! Est-ce que c'est réaliste dans les conditions actuelles? Non!»

Le problème, fait remarquer Marie-Noëlle, ne se pose pas seulement en CHSLD. «Il faut aussi réaliser que plusieurs personnes qui vivent à domicile reçoivent uniquement des bains au lit!» Les préposés sont rares, ils en ont plein les bottes. Il est toujours plus simple de laver une personne à la débarbouillette.

C'est moins dur pour le dos.

Et, question de sécurité et de normes du travail, il faut deux personnes pour donner un bain, une seule pour manier la débarbouillette.

Contrairement à ce que veut croire le ministre Barrette, le débat sur les bains n'est pas une tempête dans un verre d'eau, c'est une lame de fond. Le débat pourrait aussi se faire sur l'heure à laquelle on couche les gens, parfois juste après le souper, l'heure à laquelle on les tire du lit, l'heure à laquelle on sert les repas.

Le H, dans CHSLD, c'est pour hébergement, pas pour hospitalier.

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