Le bien ne fait pas de bruit

Toujours très active à 88 ans, Camille (deuxième... (Photo fournie par la famille)

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Toujours très active à 88 ans, Camille (deuxième à partir de la droite) a la chance de faire partie de photos réunissant cinq générations.

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(Québec) CHRONIQUE / C'est la voisine de Camille Charlebois-Drolet qui m'a parlé d'elle, le courriel s'intitulait «à 87 ans, elle est une véritable PME».

J'étais intriguée.

J'ai appelé Camille sur son cellulaire, elle a regardé son agenda, on a réussi à trouver un moment pour se voir, un mercredi matin. Au bout du fil, Camille ne s'éternise pas. «Pas besoin de me rappeler pour confirmer, je vais être là.»

Elle était là, et toute là. OK, 88 ans - elle a vieilli d'un an depuis le message de la voisine-, ce n'est pas très vieux de nos jours, mais quand même, on pourrait lui donner une quinzaine d'années en moins. Pas de marchette, pas de radotage. Elle pitonnait sur sa tablette quand je suis arrivée.

Devant moi, assise à la table de la cuisine, Camille se demandait bien ce que j'allais raconter de sa vie. «Il y a une amie, ce matin, qui m'a dit : "dites ça, et ça..."»

Je soupçonne Céline, la voisine.

Pas qu'elle n'a rien à raconter, mais elle ne savait pas trop ce qui intéresserait une journaliste. «Pour moi, vous savez, ce que je fais, c'est normal. C'est ma vie.» Elle a eu 11 enfants, 24 petits-enfants, 27 arrières, 4 arrière-arrières. «Il y en a qui me disent, "11 enfants, ça n'a pas de bon sens!" Ça ne fait pas mourir, ils sont arrivés un à la fois...»

Elle les a élevés dans un bungalow de Sainte-Foy, avec son mari, Adrien Drolet, décédé il y a une douzaine d'années. Camille a quitté la maison familiale pour un logement il y a deux ans. «J'ai habité dans ma maison pendant 58 ans, mon coeur y est toujours...»

Un coeur, ça ne se déménage pas comme un frigo.

Elle retourne régulièrement dans son ancienne paroisse pour faire du bénévolat, de l'aide aux devoirs à la Maison des grands-parents de Sainte-Foy. Elle y va avec l'autobus de la ville. «Quand j'ai eu mon sixième, j'ai commencé à faire du bénévolat à la Société Saint-Vincent-de-Paul. Je me disais que ce serait l'fun de voir des adultes!»

Et quand le petit dernier est parti pour l'école, elle s'ennuyait des marmots. «J'ai ouvert une garderie...»

Née à Blainville en décembre 1927, Camille a grandi sur l'avenue du Mont-Royal. Elle étudiait aux beaux-arts de Montréal. «Mon mari étudiait aux beaux-arts à Québec, on s'est rencontrés dans une exposition sur Dallaire. Il y avait une danse, on a dansé. On s'est revu juste avant de partir, on s'est dit qu'on devrait s'écrire. On avait une destinée...»

Ils se sont écrits pendant des mois. «Dans ce temps-là, il y avait deux malles par jour. On s'écrivait plusieurs fois par semaine. Si je n'avais pas de lettre le matin, j'en avais souvent une l'après-midi.»

Elle en a conservé quelques-unes.

Elle et son Adrien voulaient beaucoup d'enfants. «Quand on s'est fiancés, il m'a dit "je veux des têtes brunes, blondes". On s'était fixé 12, on en a eu 11 finalement. Mon mari m'a beaucoup aidée, il faisait les lits le matin et il faisait la vaisselle. C'était normal, non, que chacun fasse sa part?»

Mais Adrien ne lavait jamais les chaudrons. «Un jour, quand il était à la retraite, il lisait pendant que je faisais le ménage. Je lui ai dit "moi aussi, j'aimerais m'asseoir et relaxer, tu vas faire la vaisselle. Et les chaudrons avec!"»

Il les a faits sans rechigner.

Depuis des années, Camille reçoit ses enfants à manger le vendredi midi, ils sont généralement entre six et huit autour de la table. Elle mitonne un repas copieux, pige dans ses bonnes vieilles recettes. «Je fais un menu différent toutes les semaines.»

Le lundi, elle a son cours Restons alerte, «pour garder le cerveau allumé».

Le reste du temps, elle fabrique des cartes à partir des tableaux de son mari, elle en donne et en vend au dépanneur de l'immeuble où elle habite. À elle toute seule, juste pour sa descendance, il lui en faut une bonne soixantaine chaque année.

Chaque matin, elle lit Le Soleil et La Presse+.

Et le soir, avant d'aller au lit, elle marche pendant 15 minutes dans le couloir de l'immeuble qu'elle habite. «Je fais ma prière en me promenant. Je prie pour tout le monde, de Marie-France à Liam, toute ma famille entre dedans!» Se rappeler des noms de tout ce beau monde est un exploit en soi.

Quand elle prie, elle s'adresse à la Vierge Marie. «Des fois, je demande au Christ, mais j'aime mieux Marie, c'est une femme...»

Camille n'est pas une PME, c'est une dame magnifique, et heureuse. Elle a toujours été heureuse. «J'ai de la misère à comprendre les gens qui s'ennuient, il y a tellement de choses à faire! Moi, j'ai trouvé le bonheur en m'oubliant pour les autres. Ça, c'est certain. Et j'ai transmis ça à nos enfants. Je leur souhaite une seule chose : d'être aussi heureux que je l'ai été.»

Tant qu'elle le pourra, elle continuera à aider les jeunes à faire leurs devoirs, à être là pour ses enfants, comme elle l'a toujours été. À sa façon, elle offre un contrepoids à l'écho assourdissant des mauvaises nouvelles, aux drames qui frappent le monde comme des coups de gong.

«Vous savez, madame, le bien ne fait pas de bruit.»

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