Vie et mort (subite) d'une garderie

Forcé de fermer, Rafael Vega indique que «18 enfants... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Forcé de fermer, Rafael Vega indique que «18 enfants se sont retrouvés sans garderie du jour au lendemain».

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / C'est l'histoire d'une garderie en milieu familial, subventionnée, qui est dans le même immeuble que deux autres garderies en milieu familial, privées. Les trois sont tenues par des Colombiens.

Ils s'arrangent pour que leurs groupes soient plus homogènes, que les frères et les soeurs soient ensemble, les parents sont contents de ne pas avoir à frapper à deux portes pour récupérer leurs enfants. Ils ont une cuisine commune, se donnent le mot aussi pour aller jouer en même temps dans la cour.

Rafael et sa femme sont arrivés à Québec en 2009, ils ont obtenu leur citoyenneté l'an dernier. Ils ont ouvert leur garderie en 2011.

La garderie de Rafael Vega a obtenu son accréditation pour neuf places à contribution réduite il y a environ un an et demi, les autres groupes d'enfants dans son quadruplex sont demeurés privés. Rafael a satisfait tous les critères, il a procédé aux ajustements qui ont été exigés.

Tout allait bien, jusqu'à ce qu'un inspecteur du ministère de la Famille débarque en février. Il est arrivé à la garderie pendant une des plus grosses tempêtes de neige de l'hiver, il a pris des notes, a demandé à Rafael de lui produire toutes sortes de documents. 

Pendant qu'il fouillait dans sa paperasse, il ne pouvait pas s'occuper des enfants.

L'inspecteur a aussi rencontré des parents, dont la conjointe d'un collègue. «Il m'a demandé si je savais qu'il y avait d'autres enfants dans l'immeuble. Ça m'étonne qu'ils n'aient pas été au courant, ils ont quand même fait les vérifications pour l'accréditation, le suivi, les inspections. Je leur ai dit oui, c'était évident qu'il y avait d'autres enfants.»

Selon la loi, il ne peut pas y avoir plus d'une garderie subventionnée dans un immeuble. Et, s'il y a d'autres garderies privées, elles ne doivent avoir aucun contact entre elles. J'ai parlé à Rafael, les groupes fonctionnaient déjà ensemble avant l'accréditation. «Ils nous ont pas posé de questions là-dessus.»

Rafael a fait les choses en règle, enfin le croyait-il. 

«On a demandé des places à contributions réduites pour accommoder les parents, parce que ça nous était demandé, pour leur donner du lousse. On l'a fait, même si c'est beaucoup de démarches et de paperasse et que, finalement, ça nous donne moins d'argent. Avoir su que ce n'était pas correct, on ne l'aurait pas fait.»

Il a appris mercredi qu'il était dans l'illégalité. 

Le verdict de l'inspecteur du Ministère est tombé. Il a déclaré la garderie illégale en raison de liens administratifs. «La rencontre a duré tout l'après-midi, jusqu'à 17h30. Ils nous ont dit qu'il fallait fermer tout de suite. Je lui ai demandé si on pouvait ouvrir le lendemain, pour les parents, il m'a dit qu'il débarquerait avec la police.»

L'inspecteur était intraitable.

«J'ai aussi demandé comment je pouvais me conformer. Si j'ai commis des erreurs dans l'administration, je peux me corriger. S'il y a des choses qui ne sont pas claires, on va les clarifier. S'il faut séparer les garderies, je peux les séparer. Il n'y avait pas de solution possible à part la fermeture.»

Résultat : «Dix-huit enfants se sont retrouvés sans garderie du jour au lendemain. On a réussi à en replacer 12, mais il y en a 6 qui sont vraiment dehors». 

Des parents ont dû revoir leurs plans pour l'été, pour les vacances. «C'est ça qui ne marche pas, fulmine la conjointe de mon collègue, c'est la façon dont ça a été fait. Si ce n'est pas conforme à la loi, qu'on les accompagne pour que ça le devienne. Ma fille, c'était sa deuxième garderie et chaque fois, on a eu un six, sept mois d'adaptation. Là, ça allait bien depuis six mois...»

Rafael et les autres responsables des garderies sont en mode solution. «Une des éducatrices a déménagé dans l'immeuble d'à côté. On a enlevé les liens entre les garderies, elles sont séparées à 100 %, on a fait signer de nouveaux contrats. On a installé une clôture dans la cour pour que les enfants ne soient pas ensemble.»

Même si c'est absurde. «Au parc, ils peuvent être ensemble.»

L'inspecteur a aussi prévenu Rafael, il recevra une amende. Et elle risque d'être très salée. «Il a parlé de 1000 $ à 10 000 $ par jour pour chaque jour d'opération, rétroactif. Ça pourrait tourner autour de 200 000 $.» Rafael n'a pas cet argent-là. «C'est plus que ce qu'on a payé pour la maison...»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer