La liberté ratatinée

Ancien secrétaire général de la Fédération professionnelle des... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Ancien secrétaire général de la Fédération professionnelle des journalistes, Claude Robillard a lancé un livre, La liberté de presse, la liberté de tous.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) CHRONIQUE / La première fois que j'ai rencontré Claude Robillard, c'était chez moi, dans un petit trois et demi qui jouxtait le périmètre de sécurité. Les bombes lacrymogènes échouaient devant mes fenêtres.

Nous portions un masque à gaz.

Avril 2001, Québec était l'hôte du Sommet des Amériques. Secrétaire général de la Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ), Claude était en ville pour s'assurer que les médias puissent faire leur travail sans être enquiquinés. Claude a consacré l'entièreté de sa carrière à ça.

Et voilà qu'il lance un bouquin, La liberté de presse, la liberté de tous, le titre n'est pas anodin. «On a tellement séparé la liberté de presse de la liberté de tous, en s'imaginant que c'est l'affaire d'une classe privilégiée, que le public tend à accepter qu'on y impose de plus en plus de limites.»

Et, prévient-il, «les limites vont s'étendre à la liberté de tous». Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été avertis.

La première partie du livre raconte la liberté de presse à travers la lorgnette de l'histoire et des tribunaux. «Il faut savoir que cette liberté a d'abord été défendue par des gens qui n'étaient pas des journalistes, entre autres par des députés, qui sont allés en prison pour que des idées puissent être exprimées.»

C'était en Grande-Bretagne, en 1695, le Parlement a refusé de renouveler une loi vieille de 150 ans, qui obligeait toutes les publications à obtenir, avant d'aller sous presses, le feu vert de l'Église et de l'État.

«Dans la perspective historique, on voit que cette liberté a été rendue possible par la disparition de contraintes et, aujourd'hui, on observe et on cautionne des tentatives pour lui en imposer de nouvelles. On tend vers une liberté d'expression qui serait accordée aux personnes qui se comportent bien, qui ont des opinions raisonnables, qui "méritent" d'avoir ce droit.»

Nous entrons en terrain miné.

«C'est le même droit de pouvoir dire au roi : "Tu m'emmerdes!" que le droit de dire des niaiseries, des imbécilités, même de diffuser des fausses nouvelles. Ce n'est pas aux juges de déterminer ce qui est vrai ou faux, ce qui est de bon goût ou pas. T'as le droit de dire des niaiseries et j'ai le droit de dire que je pense que c'est des niaiseries.»

C'est le même droit.

Claude reprend d'ailleurs dans son ouvrage cette célèbre citation, en précisant qu'on l'attribue à tort à Voltaire : «Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.» C'est la base, le ciment, de la liberté d'expression.

La deuxième partie du livre recense des cas, nombreux, trop nombreux, où les journalistes se sont fait mettre des bâtons dans les roues. Que ce soit par des jugements restrictifs, une application aléatoire de la Loi d'accès à l'information, le Québec est, ex aequo avec le Nunavut, le gouvernement le plus opaque du pays.

Il y a encore beaucoup de chemin à faire. «Je veux valoriser la liberté de presse. Je veux que le public comprenne qu'il a tout intérêt à ce qu'il y ait le moins de limites possible à cette liberté. Elle ne doit pas être absolue, évidemment, mais elle doit avoir le moins de limites possible, des limites exceptionnelles.»

Grosso modo : la violence physique, l'incitation à la haine, la diffamation.

Pour le reste, il faut toujours plus de liberté que moins. «Je souhaite que les gens réfléchissent, qu'ils reviennent à la base. Que de crier contre les dérapages ne se traduise pas par une volonté d'imposer des contraintes, de vouloir définir une liberté qui serait "convenable", qui n'aurait pas le droit de choquer.»

Choquer le pouvoir en place, choquer les gens.

Et là, on pense tout de suite à certains animateurs de radio, souvent placés sous un feu nourri de critiques. «Ce qu'ils expriment reflète à l'occasion des besoins et des préoccupations d'une partie de la population qui se sent mise à l'écart, qui vit des frustrations, qui ne se sent pas écoutée.»

Ils seraient donc, parfois, le serin dans la mine. «Ceux qui prennent des décisions devraient s'en servir pour détecter des problèmes plutôt que de faire comme si ça n'existait pas.»

On revient au début, La liberté de presse, la liberté de tous.

CLAUDE ROBILLARD. La liberté de presse, la liberté de tous, Éditions Québec Amérique, 233 pages

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