«Ça va s'arranger, maman»

Nsamba Heris Lokombe aimerait maintenant que le Canada ouvre... (Le Soleil, Mylène Moisan)

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Nsamba Heris Lokombe aimerait maintenant que le Canada ouvre ses portes à sa mère et à ses trois demi-soeurs, qui habitent dans un minuscule - et insalubre - logement de Kinshasa, au Congo.

Le Soleil, Mylène Moisan

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(Québec) CHRONIQUE / Il y a deux ans, j'ai rencontré un des Canadiens les plus patriotiques qu'il m'ait été donné de croiser, j'étais sur l'Athabaskan, un destroyer canadien de la marine canadienne, pardon, de la Marine royale canadienne.

Ce Canadien s'appelle Nsamba Heris Lokombe.

Le gars est né au Congo, il rêvait, gamin, de venir vivre au Canada, l'idée lui est venue dans un cours d'histoire. «J'ai été fasciné par l'histoire et la géographie du Canada. On nous parlait aussi des missions humanitaires de l'armée. Je me suis dit, alors, si jamais je quitte le Congo, je veux aller vivre au Canada et, si je vais au Canada, je veux être dans l'armée.»

Il a fait deux en deux.

Heris a obtenu sa citoyenneté canadienne en 2004, il est marié, a eu trois enfants, s'est d'abord trouvé un boulot dans les mines, dans le Nord. «S'intégrer, ce n'est pas seulement parler la langue, c'est aussi apporter une contribution.»

Du monde comme ça, on en veut plein.

Heris est entré dans la marine en 2010. Il a travaillé comme steward personnel du commandant et, comme je l'écrivais il y a deux ans, il voyait à tout, à lui préparer et à lui servir ses repas, à s'assurer que les choses se passent rondement. Il a été promu, depuis, comme gérant du Salon des officiers.

Je lui avais demandé s'il était Canadien ou Congolais, il a répondu sans hésiter. «Je suis Canadien, même si on n'efface pas l'histoire. C'est une question de fierté, je vis pleinement la vie au Canada, je me reconnais dans les valeurs, je veux contribuer au succès de la Marine. J'ai trouvé ici une grande famille. Je veux servir la nation qui m'a ouvert les portes.»

C'est pas un bon patriote, ça?

Il aimerait maintenant que cette nation ouvre tout aussi grandes les portes à sa mère et à ses trois demi-soeurs, qui habitent dans un minuscule - et insalubre - logement de Kinshasa. Il envoie de l'argent chaque mois pour qu'elles puissent avoir un niveau de vie un peu moins indécent.

Il a fait une demande de parrainage en 2010, en bonne et due forme, a rempli tous les papiers, a fait produire les quatre passeports au Congo, «300 $US chacun».

Il a reçu sa réponse en octobre dernier. «Ma demande n'a pas été acceptée pour des raisons financières. Pour faire venir quatre personnes, il faut gagner 75 000 $ par année! Dans l'armée, il me faudra encore 10 ans pour arriver à ça... Comment est-ce que je dois me sentir quand le pays qui m'a accueilli ferme les portes à ma famille?»

Heris a écrit une lettre à Justin Trudeau, et au ministre de l'Immigration, John McCallum. Il a reçu une lettre le 4 mars du «bureau du PM», on lui dit que Justin est très sensible à la situation, mais que, évidemment, les élus ne peuvent pas s'ingérer dans les décisions des fonctionnaires de l'Immigration.

Et Heris n'a pas le droit de faire appel, le système est fait comme ça, il doit faire une autre demande. «Les passeports vont expirer bientôt...»

Heris est arrivé au Canada en août 2001 comme réfugié, il croupissait depuis six mois et demi dans une prison au Zimbabwe. Journaliste, il avait dû fuir son pays après avoir critiqué le régime. «Il n'y a pas eu de pire moment de ma vie. On était 50 dans des cellules conçues pour 10, 12 personnes.»

Pour dormir, les prisonniers devaient se coucher sur le côté, en cuillère.

Le Haut Commissariat des Nations Unies l'a sorti de là, on lui a annoncé, du but en blanc, qu'il s'en allait au Canada. À Québec.

Il s'est installé depuis à Halifax, avec sa petite famille.

Heris, donc, est très content de voir que le Canada continue d'accueillir des réfugiés, les Syriens entre autres, il sait la différence que ça peut faire dans leur vie. Ce qu'il comprend mal par contre, c'est pourquoi sa mère et ses trois demi-soeurs, qui parlent toutes français et qui veulent travailler, ne peuvent pas venir.

Sa mère a 59 ans, les filles ont entre 13 et 18 ans, elles attendent depuis 5 ans. «Je n'ai pas encore dit à ma mère que la demande a été refusée, je ne suis pas capable. Je lui dis, chaque fois que je lui parle, que ça va s'arranger, que c'est juste une question de temps. Ça fait cinq ans qu'elle vit d'espoir...»

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