Comment j'ai rencontré le général Dallaire avec Kijiji

Les jeunes qui accompagnaient le général Roméo Dallaire... (Fournie par François Vézina)

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Les jeunes qui accompagnaient le général Roméo Dallaire à la cabane à sucre ont été triés sur le volet en raison de leur capacité à influencer les autres.

Fournie par François Vézina

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(Québec) CHRONIQUE / Vous me demandez souvent où je vais pêcher toutes mes histoires, je vous réponds partout, sur Facebook, au café, par courriel, au détour d'une conversation, pendant un souper avec des amis.

J'ai trouvé celle-ci sur Kijiji.

Mon tendre époux voulait changer de voiture, j'ai pris le dossier en main, j'adore magasiner des choses usagées sur Internet. Ça remonte à mon enfance, quand j'allais au marché aux puces avec ma mère et qu'on tombait, comme ça, sur une chemise Polo Ralph Lauren à 25 sous. J'allais au Collège Bellevue, presque toutes les filles portaient du Polo Ralph Lauren.

Je me souviens très bien de la fierté que j'avais à être comme les autres, à une fraction du prix.

Trouver une aubaine me ramène à ça.

Mon tendre époux, donc, veut changer de voiture, j'en trouve une à son goût, à un bon prix, je communique avec le proprio.

Un Moisan. On n'est pas parent, pas directement, même si on vient d'un ancêtre commun, Pierre Moisan, qui est débarqué en Nouvelle-France avec son épouse, Barbe Rotteau. Tous les Moisan viennent d'eux.

Parle, parle, jase, jase, le gars me dit que son père aurait peut-être un sujet pour moi. Appelle le paternel, André, un cardiologue à la retraite, qui m'invite à sa cabane à sucre, dans Bellechasse. «Le général Roméo Dallaire sera là. C'est pour sa fondation, il aide des jeunes défavorisés à devenir des leaders.»

J'y suis allée plus pour les jeunes que pour le général.

Mes deux gars étaient avec moi, je leur ai dit qu'il y aurait des ados qui n'ont pas eu autant de chances qu'eux. Je leur ai dit qu'il y aurait un général de l'armée.

Ils sont allés pour le général. Et pour la tire d'érable.

Les 15 jeunes sont arrivés avant le général, qui avait une réunion le matin, la réunion s'est étirée, le général s'est fait désirer. En attendant, les jeunes ont sorti un ballon, ils se sont placés en cercle. Mes deux petits se sont joints au groupe, les jeunes leur ont fait une place, leur ont passé le ballon.

Le ballon a gommé leurs différences.

On a commencé à manger sans le général Dallaire, il avait pris un détour, André avait fait ses fameuses fèves au lard, et sa femme Viviane, le jambon. Un traiteur avait apporté des sandwichs, des crêpes, des oeufs, des patates et de la salade de chou. On a bouffé, les doigts gommés de sirop.

Les jeunes ont parlé ensemble, les deux miens et les ados.

On sortait de table quand le général est arrivé, il s'est installé à la table d'honneur avec son assiette, qu'il a nappée de sirop. Je me suis assise avec eux, mes gars sont retournés jouer dehors. Entre deux bouchées, le général a raconté comment l'idée de la fondation est venue, un jeune qui l'avait marqué. 

L'histoire commence dans un camp de réfugiés.

«Je suis allé dans un camp dans les territoires rebelles. J'arrive dans un camp de réhabilitation, il y a 200, 250 jeunes. On est reçus par un jeune de 14 ans, les adultes sont sur le côté. Les autres jeunes chantent, ils font une danse de bienvenue. C'était organisé, de façon incroyable, et c'est lui qui menait ça!»

Ce jeune avait déjà fait ses preuves. «À 11 ans, il était à la tête d'un groupe, dans le bois, il avait 30 soldats sous ses ordres. C'était un jeune génie, mais on lui a donné des armes.»

Il était un leader né, tombé du côté obscur de la force.

D'où l'idée de prendre en main les jeunes leaders, chez nous. «Notre système scolaire est bâti sur le plus petit dénominateur commun, mais tu ne peux pas bâtir une société en ralentissant les plus forts. Ceux qui ont la capacité de mouler le futur, il faut les sortir et leur donner des défis. Et leur donner confiance.»

Les jeunes qui étaient à la cabane à sucre ont été triés sur le volet pour leur capacité à influencer les autres. Le pari du général, c'est de faire en sorte qu'ils exercent une influence positive.

Le programme de la fondation dure cinq ans, chaque jeune est suivi, encouragé, appelé à se dépasser. Chaque été, les jeunes vont au camp Kéno, ils sortent de la ville, du macadam. Depuis trois ans, ils y suivent un programme de trois semaines, «le camp des jeunes leaders», taillé sur mesure pour eux.

«On a commencé à financer des jeunes de 11-12 ans à 15-16 ans, choisis par l'école ou le CLSC pour leur donner une expérience de vie. On achetait tout, des sous-vêtements au sac de couchage, le jeune était équipé flambant neuf, comme les autres, et on les intégrait dans les groupes.

Le programme est ouvert aux jeunes de Québec, de Lévis, aux réfugiés et «aux enfants de militaires blessés psychologiquement».

Le général est passé par là.

Roméo Dallaire est intarissable quand il parle de ces jeunes pour qui la fondation a amassé 800 000 $ en 15 ans. Pas un sou noir ne va ailleurs qu'au programme, les bénévoles et le général payent les frais d'administration de leur poche.

Jusqu'au moindre timbre.

Quelque 800 jeunes ont eu une main tendue depuis 15 ans. Les 15 que j'ai rencontrés en ce radieux samedi d'avril étaient beaux à voir. Mes gars ont été impressionnés par leur capacité à s'entendre, à se rappeler gentiment à l'ordre. Mon plus vieux m'a lancé, en montant dans la voiture : «Quand je serai grand, je veux être un leader, comme eux.»

Mon plus jeune, lui, était un peu déçu.

- Pourquoi le général n'avait pas son uniforme?

- Parce qu'il est à la retraite, comme pépé et mémé.

- Est-ce qu'il peut encore défendre le Québec?

Mon plus vieux lui a répondu :

- Il est bien mieux de défendre les jeunes que de faire la guerre...

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