Que reste-t-il d'Alphonse?

Entre 2010 et 2014, Desjardins a fermé 210... (Photothèque Le Soleil)

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Entre 2010 et 2014, Desjardins a fermé 210 caisses et points de service.

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(Québec) CHRONIQUE / Quand Dorimène* a reçu le dépliant de Desjardins, elle a failli le mettre tout de suite au recyclage.

«Encore de la publicité», qu'elle s'est dit.

Le gros titre laissait croire à un nouveau programme, un nouveau forfait: «Une offre de services adaptée à vos nouvelles habitudes financières» et, plus haut, une formule publicitaire, «vos comportements évoluent, votre caisse aussi».

Ça donne presque le goût d'applaudir.

Dorimène l'a regardé d'un peu plus près. À l'intérieur, un autre titre: «Une décision difficile, mais nécessaire.» Et boum, le lapin sort du chapeau, Desjardins annonce à ses «chers membres» qu'il fermera deux points de service dans quelques mois. On justifie la décision avec des chiffres.

C'est sérieux, des chiffres.

Ce que les chiffres disent, c'est que de moins en moins de gens se rendent au comptoir pour faire des transactions, que de plus en plus de gens vont dans la grosse ville à côté, à une trentaine de minutes en voiture, pour faire leurs achats, qu'ils peuvent donc passer au guichet en même temps.

Dorimène et son mari sont tombés en bas de leur chaise, «on a une belle-soeur qui a pleuré pendant une semaine». Ils ont écrit une lettre au directeur pour protester, se sont fait répondre que la décision était sans appel, qu'elle a été prise à l'unanimité par les membres du C. A.

Ce n'est pas une première, Desjardins a fermé 210 caisses et points de service entre 2010 et 2014.

C'est une tendance lourde, amorcée au début des années 2000.

Le maire et les conseillers se sont mobilisés, ils ont fait circuler une pétition, arguant que leur village est en plein essor. Laissez-nous, s'il vous plaît, un guichet automatique. Ils ne demandent pas de garder la caisse, juste un guichet pour avoir de l'argent quand ils en ont besoin.

«On comprend qu'il y a de plus en plus d'opérations qui se font en ligne, mais les imprimantes n'impriment pas encore d'argent», fait remarquer la dame au bout du fil. L'argument a été servi par un citoyen présent à une assemblée extraordinaire, obtenue grâce à la pétition. «Ça n'a rien donné, ils sont venus répéter leur cassette.»

On leur a dit de regarder devant. «On nous a répondu qu'il fallait évoluer, qu'on était rendus dans les années 2000. Justement, le guichet est une acquisition des années 2000...»

L'évolution a le dos large.

Elle et son mari sont membres chez Desjardins depuis 45 ans, comme plusieurs habitants de cette petite municipalité de la Rive-Sud, d'à peu près 1500 habitants. «On n'est plus des membres, on est des clients. Desjardins n'est plus un mouvement communautaire, il a perdu son âme.»

La grenouille a voulu se faire aussi grosse que le boeuf.

Déçus, c'est un euphémisme, Dorimène et son mari ont décidé de faire le saut vers une autre banque. Et là, belle ironie, Internet ne leur était d'aucune utilité pour transférer leurs économies. «Oh surprise! Desjardins impose toutes sortes de règles et de contraintes afin de retarder le processus...»

Ils sont engagés dans une course à obstacles. «Il faut multiplier les téléphones et il faut mettre de la pression pour faire un transfert de CELI ou de REER, pour de petites sommes. Nous avons dû transporter nous-mêmes les chèques à notre nouvelle banque, car il était, semble-t-il, impossible d'utiliser l'informatique. C'est assez aberrant, non?»

Oui.

Et ce n'est pas terminé. En entrevue à RDI Économie en mai dernier, le vice-président directeur de Desjardins, Normand Desautels, a indiqué que la réduction de services «devrait se poursuivre dans les mêmes tendances». Entre 300 et 350 guichets et entre 100 et 150 points de service pourraient disparaître d'ici 3 à 5 ans.

Au nom de l'évolution.

«On n'est pas une banque, a dit Normand Desautels à Gérald Fillion. Et on est fier de ne pas l'être. Toutefois, on est en compétition avec les banques. On est une coopérative dont les concurrents sont des banques. Donc, nos produits sont des produits bancaires en majorité. [...] On doit avoir des produits et une tarification concurrentiels.»

Voilà qui détonne avec l'esprit du fondateur, Alphonse Desjardins: «Dans ce nouveau genre d'association, ce n'est pas le capital qui domine, qui fait la loi et règle tout, mais c'est la personne. [...] La coopération a ceci de particulièrement attachant, c'est qu'elle étend ses bienfaits à tous.»

À tous.

*Prénom fictif. Dorimène était la femme d'Alphonse Desjardins, elle a participé à la création de la coopérative, en 1913.

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