Serez-vous dément?

Comme il n'y a pas de pilule miracle... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Comme il n'y a pas de pilule miracle contre la démence, les chercheurs misent présentement sur le dépistage précoce. D'ailleurs, L'Hôtel-Dieu de Québec est doté depuis 2014 d'une machine permettant de détecter les formes atypiques de démence.

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(Québec) CHRONIQUE / (Médecins en quête de solutions - Dernier de 3) / Qu'est-ce qui vous fait le plus peur en vieillissant? La majorité des gens répondent «perdre la tête».

Et les risques sont de plus en plus grands.

Yves Joanette en sait quelque chose, il vient d'être nommé à la tête du Conseil mondial de la démence, c'est le premier Québécois à occuper ce poste. Il a du pain sur la planche. «Actuellement, il y a 47 millions de déments dans le monde. En 2050, il y en aura 135 millions, c'est presque trois fois plus.»

Et plus vous vivez vieux, plus vous risquez d'être du lot. «Le premier facteur, c'est l'âge. À 65 ans, vous avez environ 7 % de risques d'avoir des troubles cognitifs, principalement l'alzheimer, et à 85 ans, c'est de 30 à 40 %. C'est un phénomène global, c'est présentement le plus grand problème de santé de la planète.»

Surtout quand on sait qu'«une personne atteinte de démence affecte deux ou trois personnes, les aidants naturels, qui ont des dommages collatéraux.

Il y a un coût en dollars, plus de 600 milliards $ pour la planète, et un coût social. «Ça compromet le rôle de plusieurs personnes dans la société. Ça les emmène à être institutionnalisées, à être isolées. On est face à quelque chose de très important, c'est un défi plus grand que nature.»

Le Dr Joanette doit, donc, coordonner un effort planétaire pour trouver des solutions, qui sont à peu près inexistantes pour le moment. «Il n'existe aucun traitement, à part quelques médicaments qui atténuent un peu les effets. Mais il n'y a rien qui peut renverser la maladie, pour agir sur sa trajectoire.»

Les pharmaceutiques font chou blanc depuis 15 ans.

En attendant la pilule miracle, les recherches s'orientent de plus en plus vers le dépistage précoce. «Ce qu'on comprend, c'est que la maladie commence 20, 25 ans avant que les premiers signes cliniques apparaissent. Et quand elle se manifeste, les dégâts sont massifs, comme un cancer dans le dernier stade de la maladie...»

Bonjour madame, faites le plein de souvenirs, vous serez démente dans 25 ans.

Le Conseil de la démence existe depuis presque deux ans, sous l'impulsion du premier ministre britannique David Cameron, qui était alors président du G8. «Le Conseil a regroupé des individus d'influence, des représentants de l'industrie, des chercheurs, des membres de l'Organisation mondiale de la santé, de l'OCDE, pour travailler ensemble à trouver des solutions.»

Et des moyens de financer tous ces efforts.

Le Conseil travaille aussi avec les organismes qui régulent les médicaments. «On cherche à voir comment accélérer le processus, on se penche sur la chaîne de développement de traitements. On est avec Santé Canada, la FDA [Food and Drug Administration aux États-Unis] pour voir ce qui peut être fait.»

«Le Conseil ne fait pas tout», chacun des pays doit aussi prendre le problème à bras-le-corps. «Le Canada a adopté, comme plusieurs pays, un plan national pour se pencher sur cette situation. Au Québec, ça fait trois ou quatre ans qu'on travaille là-dessus. Le Conseil sert aussi à donner de la foudre et des coups de pied!»

Au-delà des pilules, le Dr Joanette veut aussi amener les pays à plancher sur «des plans de soins efficaces» pour s'occuper de ceux qui n'ont pas toute leur tête. En 2011, ils étaient presque 750 000 au Canada. «Il faut que les transitions soient plus harmonieuses entre les étapes de la maladie. C'est très lourd pour ces personnes.»

L'atterrissage en CHSLD est souvent douloureux.

Un de mes lecteurs, avec qui je corresponds depuis un an et demi déjà, m'a appris récemment qu'il perdait la tête, doucement. Nous avons pris cette habitude de discuter de choses et d'autres, il aimait me raconter, au détail près, les souvenirs de son enfance, les humeurs de l'époque.

Il me raconte maintenant sa lente marche vers l'amnésie. «Je cherche toujours mes choses et j'oublie très vite ce qu'on doit faire, je manque quelques fois de faire le lien entre deux actions, pour en accomplir une troisième. Un excellent atout, je n'ai plus peur dans l'avion ni du futur, c'est toujours ça de pris. 

Est-ce que cela me déprime? Non, c'est comme ça, je ne peux rien y faire. Est-ce que je veux prendre des tests? Inutile, il n'y a aucun remède. Retarder? Cela ne change rien.»

Pour l'instant.

 

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