Docteur, savez-vous déprescrire?

Une soixantaine d'experts de partout au pays ont... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Une soixantaine d'experts de partout au pays ont pris le problème de la surprescription de médicaments à bras le corps. L'an dernier, ils ont formé une association, le Réseau canadien de la déprescription.

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / (Médecins en quête de solutions - 1re de 3) Le mot «déprescrire» ne figure pas dans le dictionnaire, pas encore, il commence tout juste à faire son chemin dans les cabinets de médecins.

Lentement, mais sûrement.

Une nouvelle étude confirme que les personnes âgées consomment trop de médicaments, qui ne sont souvent pas indiqués ou qui deviennent carrément dangereux. Les chercheurs ont calculé que, en 2014, 39 % des Canadiens hébergés dans un établissement de soins de longue durée ont consommé un antipsychotique.

Le quart d'entre eux, de façon chronique.

De ceux-là, deux sur trois consomment en plus, de façon systématique, un antidépresseur et un sur six, un benzodiazépine. Les «benzos» sont des médicaments psychotropes, des anxiolytiques, qui créent rapidement une dépendance. Un tel cocktail de médicaments peut avoir de graves conséquences, comme augmenter les risques de chutes.

Les risques sont connus.

Une soixantaine d'experts de partout au pays ont pris le problème à bras le corps l'an dernier, ils ont formé une association, le Réseau canadien de la déprescription. Leur objectif est de documenter le phénomène et, surtout, d'arriver à des solutions. Ils se donnent trois ans pour réduire de moitié le nombre de «prescriptions inappropriées».

C'est un début, il en restera encore la moitié.

Marie-Thérèse Lussier est médecin de famille, elle a participé à cette étude qui n'a pu, malheureusement, faire un portrait complet de la situation. «Le Québec ne partage pas ses données, je ne pourrai donc pas commenter sur le Québec. Mais on peut penser que la province suit la tendance canadienne.»

Et que, comme ailleurs au Canada, «nous sommes à la croisée des chemins». 

La bonne nouvelle, c'est que plus de la moitié des personnes âgées présentant des comportements agressifs ont été traitées, en 2014, sans médicaments. Il y a une solution, donc. 

Et de l'espoir. 

Dre Lussier insiste sur l'urgence de faire un grand ménage dans le pilulier des aînés. «On reconnaît l'importance de la pharmacopée dans certains cas, mais il faut absolument intégrer d'autres approches de gestion des comportements. Ces approches-là existent et elles fonctionnent bien. Ce sont des choses assez simples, comme passer plus de temps avec la personne, lui faire jouer de la musique...»

Les effets secondaires seront différents. «En faisant ça, on va réduire le nombre de chutes, de fractures, d'accidents vasculaires cérébraux. Il ne faut pas oublier que l'usage des médicaments a des effets secondaires significatifs, qui peuvent parfois être liés à la mort. On observe, quand on fait un sevrage, que la personne retrouve une certaine qualité de vie, qu'elle recommence à s'intéresser à son environnement.»

Et l'État pourra «économiser des centaines de millions de dollars en médicaments et en coûts d'hospitalisation».

Pourquoi ce n'est pas déjà fait? Parce que c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. Il est plus facile de prescrire que de déprescrire. «C'est assez fascinant de voir comment on forme les médecins, assez bien, pour prescrire des médicaments, mais on nous en dit peu sur comment les arrêter...»

Et ça ne dépend pas uniquement du médecin. Il y a aussi la famille, le patient, le personnel sur le plancher qui hésitent souvent à «changer une formule qui fonctionne». Et à modifier les façons de faire. Dre Lussier travaille notamment, de façon concrète, sur la meilleure façon de convaincre un usager de renoncer à une pilule.

«On enregistre des conversations entre des médecins et des patients [qui sont au courant] où il est question de cesser une médication, et on observe celles qui ont du succès par rapport aux autres qui mènent vers un cul-de-sac. L'idée, c'est de soutenir les médecins sur la façon de présenter les choses.»

La partie est loin d'être gagnée. «Avec nos ressources limitées, ce sont des stratégies qui exigent du temps. Le médecin aura alors plus tendance à maintenir une médication...»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer