«On revient pour les enfants»

Le soir du Super mardi, quand Donald Trump... (Photothèque Le Soleil)

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Le soir du Super mardi, quand Donald Trump a raflé sept des 12 États, 10 000 Américains ont consulté le site d'Immigration Canada.

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(Québec) CHRONIQUE / Chaque matin, quand Sylvie Lapointe laissait ses enfants à l'école après leur avoir souhaité bonne journée, elle avait «comme un noeud au coeur».

La peur de ne plus les revoir.

Sylvie habitait à Los Angeles dans un beau quartier, avec son mari et ses deux enfants, qui fréquentaient une excellente école. Son mari, Canadien comme elle, y menait une belle carrière. Ils avaient une belle maison, une piscine, des palmiers. Et, surtout, l'été à longueur d'année.

Le rêve.

«Les premières années, c'est wow! C'est tellement beau, tout est excitant! Tu te fais des nouveaux amis, c'est vraiment le fun! C'est cliché, mais c'est vrai, tu te tiens avec des Canadiens, et tu as plein d'amis qui viennent te voir. Tu découvres plein de choses, c'est vraiment thrillant.»

Les jours, les semaines, les mois passent.

Les fusillades se multiplient, la prochaine peut se produire n'importe où, dans l'école où on a déposé ses enfants le matin. «J'étais toujours un peu nerveuse. Pas juste pour l'école. Tu te demandes, quand tes enfants vont chez leurs amis, s'il va y avoir des armes dans la maison.» La réponse est souvent oui.

Il y a le racisme. «Un jour, j'étais avec mon garçon au soccer, j'ai entendu une belle femme blonde dire à son enfant : "ne fais jamais confiance à un Mexicain"... Le racisme est omniprésent, c'est comme viscéral. Et nous étions dans un État où il est censé en avoir le moins.»

Il y a la religion. «Les Américains sont plus religieux que les Canadiens. La religion est présente partout et en plus, en Californie, il y a énormément de scientologistes. Je ne voulais pas que mes enfants soient exposés à ça.»

Il y a Trump. «Ce n'est pas à cause de lui que je suis partie, il ne gagnera peut-être pas, mais il nous fait voir qu'il y a beaucoup plus d'extrémistes aux États-Unis qu'au Canada. Et il y a des extrémistes des deux bords. Au début, je trouvais ça drôle, mais là, je ne trouve plus ça drôle du tout. C'est épeurant.»

Elle n'est pas la seule à ne pas trouver ça drôle. Le soir du Super mardi, le 1er mars à 22h, quand Trump a raflé 7 des 12 États, 10 000 Américains ont consulté le site d'Immigration Canada.

Et là, inévitablement, la question se pose : «est-ce que je veux que mes enfants grandissent là-dedans?»

Elle et son mari ont beaucoup réfléchi, chacun de leur côté, ils sont arrivés aux mêmes conclusions. «Ce n'est pas de l'antiaméricanisme, c'est juste que leurs valeurs ne correspondent pas à nos valeurs canadiennes. Des gens demandent : "pourquoi vous partez?" Parce qu'il est temps.»

Elle a laissé beaucoup d'amis à Los Angeles, d'autres «expats», certains aimeraient bien pouvoir faire comme elle. «Leurs enfants sont plus vieux, ils ne veulent plus partir. Mes amis sont pognés là.»

Ses enfants ont 10 et 11 ans et déjà, ils n'étaient pas très chauds à l'idée de laisser la plage et les palmiers de Los Angeles pour une petite ville en banlieue d'Ottawa. «Quand je leur ai annoncé qu'on partait, je leur ai dit : "on s'en retourne chez nous". Ma fille m'a répondu : "mais, maman, c'est ici, chez nous..."»

Les émotions remontent quand elle me raconte ça.

Elle appréhendait une adaptation difficile. «Les enfants s'adaptent beaucoup mieux que je pensais. C'est sûr que ce n'était pas facile quand ils avaient de la peine de partir. Je leur répétais qu'on faisait ça pour eux, pour leur bien. Même si tu sais que c'est la meilleure chose à faire, ce n'est vraiment pas évident.»

Elle s'ennuiera d'une seule chose. «Je ne m'ennuierai pas des palmiers, mais du système de santé! Là-bas, quand tu travailles, c'est incroyable comment c'est efficace. Pour avoir un rendez-vous avec un spécialiste, tu appelles directement. À notre premier rendez-vous chez le pédiatre, il n'y avait personne dans la salle d'attente, je trouvais ça bizarre... J'ai demandé à la secrétaire pourquoi il n'y avait personne, elle m'a dit : "c'est parce qu'il est 10h et c'est votre rendez-vous!"»

Maintenant, elle est inscrite sur une liste d'attente pour avoir un médecin de famille.

On s'est parlé quelques jours après son retour au Canada, ils restaient encore à l'hôtel en attendant d'avoir les clés de leur nouvelle maison, visitée à distance par Facetime. «Les agents n'avaient jamais fait ça...» Pendant qu'elle me parlait, sa fille faisait un défilé de mode avec ses nouveaux habits de neige.

La famille était allée souper au restaurant la veille. Il y avait, sur les rebords du toit de la bâtisse, de beaux glaçons scintillants. Sa fille n'en croyait pas ses yeux. «Regarde maman, ce n'est pas juste dans les films!»

Sylvie avait surtout hâte de voir comment ses deux enfants s'intégreraient à l'école, en plein milieu de l'année. Elle l'a raconté sur Facebook lundi. «La première journée a commencé dans les larmes, avec mon coeur brisé, et elle s'est finie par des accolades avec leurs nouveaux amis.» Sa fille lui a dit, sur le chemin du retour : «Maman, les enfants sont si polis ici, ils disent "merci" et "désolé"!»

Et depuis, elle va les conduire, sans avoir «comme un noeud au coeur».

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