L'autre docteur qui a quitté l'hôpital

Réjean Hébert est avant tout un médecin de... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Réjean Hébert est avant tout un médecin de famille. Il est devenu gériatre dans les années 80 après une formation d'un an à Grenoble.

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / Stéphane Lemire, ce médecin dont je vous ai parlé il y a deux dimanches, n'est pas un extraterrestre. Il n'est pas le seul gériatre du Québec à avoir réalisé, un jour, que sa place n'était pas à l'hôpital.

Réjean Hébert aussi.

Et Réjean Hébert, lui, a été ministre de la Santé du Québec pendant 18 mois, entre Yves Bolduc et Gaétan Barrette, dans l'éphémère gouvernement minoritaire de Pauline Marois. Les réformes qu'il avait engagées ont été tout aussi éphémères, comme le projet de loi pour une assurance autonomie, mort au feuilleton.

En plus d'être ministre de la Santé et des Services sociaux, il était aussi responsable du dossier des aînés.

Il y avait une certaine logique là-dedans.

Réjean Hébert est avant tout un médecin de famille. Il est devenu gériatre dans les années 80 après une formation d'un an à Grenoble. L'Europe s'éveillait à cette discipline, qui correspondait aux valeurs du Dr Hébert «de médecine globale et de qualité de vie». À son retour au Québec, il en a fait sa spécialité.

Il a été un des tout premiers gériatres du Québec, en 1987. La province en compte aujourd'hui autour de 70.

M. Hébert a d'abord travaillé à l'hôpital, où il a compris qu'il arrivait trop tard dans la vie du patient. Il est parvenu exactement aux mêmes conclusions que le Dr Lemire, qui a quitté l'hôpital il y a deux ans pour faire des consultations à domicile. «Ce qu'il fait est intéressant. Il fait le travail d'un spécialiste, mais il le fait chez les gens.»

Il ne remplace pas l'infirmière, ni le préposé, ni le médecin de famille.

Réjean Hébert a fait ça pendant 10 ans, à Sherbrooke, jusqu'en 1997. «C'était beaucoup plus efficace. On voit le milieu où la personne vit, on a des informations qu'on n'aurait pas nécessairement en clinique. On peut voir le niveau social, la salubrité, ce qu'il y a dans le frigo, on peut voir s'il y a des aidants naturels.»

Et jeter un coup d'oeil aux médicaments. «Dans une visite à domicile, on a toujours envie d'aller aux toilettes, pour voir la pharmacie...»

Pour Réjean Hébert, il ne fait aucun doute que la spécialité doit être repensée. «Au début, on en a fait une spécialité d'hôpital parce que tout était basé sur l'hôpital. Maintenant, il faut recentrer la pratique ailleurs qu'à l'hôpital. Il ne faudrait pas oublier que même l'hôpital a été pensé pour une population plus jeune, qui pouvait se déplacer.»

L'hôpital doit, plus que jamais, aller vers le patient.

Il y a encore loin de la coupe aux lèvres. En entrevue, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a balayé du revers de la main la gériatrie sociale du Dr Lemire. La place des médecins spécialistes, m'a-t-il expliqué, est à l'hôpital, au sommet de la pyramide de soins, au-dessus de la mêlée.

Ainsi, pour recevoir son salaire, un gériatre doit pratiquer à l'hôpital et faire des consultations externes. Le Dr Lemire reçoit de la RAMQ un modeste 46 $ pour une première visite et rien pour les suivantes.

Et Réjean Hébert? «Moi, j'arrivais à bien gagner ma vie comme gériatre à domicile. Je faisais partie de la Société des médecins de Sherbrooke.»

La quoi?

La formule est unique au Canada - j'en ignorais l'existence avant de parler au Dr Hébert -, c'est une mise en commun des revenus des quelque 400 médecins liés à l'Université de Sherbrooke. «On met tout ensemble, on mutualise les risques et on se partage nos salaires. Ça permet de faire des gestes moins payants, mais plus adaptés aux besoins.»

Wow.

Après son court passage en politique, le Dr Hébert a été embauché, en octobre 2014, comme professeur à l'École de santé publique de l'Université de Montréal. «Il faut absolument modifier notre approche pour les soins à domicile. Actuellement, les gens sont dépendants du CISSS ou du CIUSSS, qui décide de tout.»

Dans le projet d'assurance autonomie du Dr Hébert, c'est le patient qui devait recevoir une allocation pour se payer des services.

L'allocation aurait été calculée en fonction des revenus.

Le Dr Hébert cite en exemple le Japon, la France et l'Allemagne, qui se sont convertis à cette façon de faire. «Tous les pays s'en vont vers ça, il va falloir aller vers ça aussi, c'est incontournable. Ce n'est pas normal que ce soit un établissement qui décide tout pour la personne.»

Parce que les Québécois grisonnent à vitesse grand V, «Il faut rapidement repenser la façon dont on soigne les personnes âgées. Si on ne fait pas ça, de plus en plus de gens en perte d'autonomie vont se retrouver inutilement en CHSLD, à l'hôpital, qui sont des ressources très coûteuses.»

Les CHSLD débordent et les hôpitaux en ont plein les bottes avec ces vieux qui n'ont nulle part où aller. «L'hôpital, par exemple, entraîne une panoplie de conséquences qu'on pourrait éviter. Il faut valoriser la pratique des gériatres. C'est une ressource rare qui est mal utilisée, qui arrive trop tard, au bout de la ligne.»

Et, au lieu de soigner les gens, «on fabrique des malades chroniques».

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer