Partir avec une prise

C'est encore majoritairement les mères qui s'absentent quand... (Vadim Guzhva)

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C'est encore majoritairement les mères qui s'absentent quand le petit dernier a la goutte au nez ou un rendez-vous chez le dentiste.

Vadim Guzhva

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(Québec) CHRONIQUE / Pendant qu'on s'enfarge dans les fleurs du tapis, qu'on retourne dans tous les sens le mot féministe à grands coups de dictionnaires et d'arguments sémantiques, des femmes bûchent.

Pas dans le sens de bûcheron.

Elles se fendent en quatre pour joindre les deux bouts, elles se font parfois refuser un boulot juste parce qu'elles sont des femmes, parce qu'elles sont trop vieilles ou dans la jeune trentaine et qu'un patron entend l'effrayant cliquetis de l'horloge biologique et, déjà, voit une employée qu'il devra remplacer.

Parce que, en plus du congé de maternité qui peut durer un an, voire un an et demi, c'est encore majoritairement les mères qui s'absentent quand le petit dernier a la goutte au nez ou un rendez-vous chez le dentiste.

Je ne vous apprends rien, mais c'est toujours bon de se le rappeler.

Oui, les femmes peuvent maintenant occuper l'emploi qu'elles souhaitent, il ne reste plus à ma connaissance de chasse gardée réservée aux hommes. Même dans l'armée «royale» canadienne, les femmes peuvent tout faire. Le dernier bastion est tombé en 2000 quand elles ont eu accès aux sous-marins.

Aux États-Unis, ce n'est qu'en décembre dernier que les femmes ont obtenu la permission de faire partie de l'infanterie et des forces spéciales. Ça fait trois mois.

Le débat sur le féminisme soulevé par les déclarations maladroites de la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, est essentiellement théorique parce que, en théorie, nous ne sommes plus brimées. C'est là l'argument de ceux et de celles qui ne se réclament plus du féminisme.

Ça m'a fait penser à un discours entendu il y a plusieurs années, alors que j'étais courriériste parlementaire, je couvrais un conseil national du Parti québécois. Jean-Herman Guay y donnait une conférence sur les victoires du mouvement souverainiste depuis René Lévesque. Il a fait ce constat : plus les gouvernements souverainistes faisaient avancer le Québec, plus l'appui à la souveraineté reculait.

C'est ce qui est arrivé au féminisme. 

C'est d'ailleurs la démonstration qu'en a faite Lise Thériault, en réaction à la réaction qu'elle a provoquée en refusant de s'accoler l'étiquette féministe parce que, oui, ce mot est toujours chargé de sens, autant que d'histoire. Elle y a préféré le terme égalitariste, qui veut dire la même chose.

L'égalitarisme, c'est du féminisme en pantalon.

Dans une lettre envoyée uniquement à La Presse, la ministre Thériault a précisé sa pensée : «Malheureusement, le féminisme est parfois présenté comme un combat mené par les femmes contre les hommes. En tant que vice-première ministre et ministre responsable de la Condition féminine, je n'adhère pas à cette façon de voir les choses.»

Totalement d'accord.

Elle a expliqué «son» féminisme. «Mon féminisme est égalitaire et rassembleur; il ne mise pas sur la confrontation, mais plutôt sur l'inclusion.»

D'accord aussi.

Le féminisme n'est pas un combat contre les hommes, mais il reste un combat. Il n'a plus rien des luttes des Thérèse Casgrain, Idola Saint-Jean et Marie Gérin-Lajoie, qui ont mené une véritable guerre de tranchées, qui se sont battues pour des droits fondamentaux, comme celui de voter. 

Autrement que son mari.

Il y a à peine 60 ans, à Radio-Canada, on n'engageait pas une femme mariée. 

Nous n'en sommes plus là et tant mieux, mais il ne faudrait pas oublier que nous y étions, il n'y a pas si longtemps. Les prochains combats des femmes seront ailleurs, au détour d'une promotion refusée, d'une mère monoparentale pénalisée parce qu'elle aimerait retourner à l'école, d'une travailleuse du sexe qu'on ne protège pas.

Il ne faudrait pas que les femmes qui ont réussi sans avoir eu de bâtons dans les roues baissent les bras, en se disant que la partie est gagnée, que la femme d'aujourd'hui peut, si elle veut, aller au «batte» comme les gars.

Elle part, encore trop souvent, avec une prise.

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