Faire une différence

Alexandre Pratte travaille trois soirs par semaine chez... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Alexandre Pratte travaille trois soirs par semaine chez Allô Prof, un centre d'appels pour les élèves qui en arrachent avec leurs devoirs.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) CHRONIQUE / Alexandre Pratte n'a pas de pouvoirs magiques, mais il est capable, au téléphone, de voir les yeux des jeunes s'allumer.

Il travaille chez Allô Prof.

Il fait ça depuis six ans. Il s'assoit devant le téléphone, qui ne tarde jamais à sonner, il décroche le combiné :

- Allô, ça va?

- Moyen...

- Comment je peux t'aider?

Au bout du fil, un élève qui en arrache avec ses devoirs, qui n'arrive pas à trouver la réponse. «Il y en a qui appellent pour qu'on fasse le problème pour eux, mais on ne fait jamais ça. Le but, c'est de les emmener à comprendre.»

Il répond en moyenne à huit appels à l'heure.

Ça peut être plus long, surtout en maths. Ça tombe bien, Alexandre est spécialisé en mathématiques, il arrive de mieux en mieux, juste avec des mots, à expliquer au jeune qui est au bout du fil ce à quoi il doit réfléchir.

Il anticipe un moment bien précis. «Ce qui est magnifique, c'est quand tu entends leurs yeux s'allumer! Quand ils s'exclament «Yé, j'ai compris!» Je les vois dans ma tête, c'est une délivrance. J'adore ces moments-là, c'est formidable. Ça arrive tous les soirs, c'est en partie pour ça que je continue.»

Parce qu'il fait une petite différence dans la vie de ces enfants. 

Comme quoi la différence n'est pas uniquement le résultat d'une soustraction. «Je fais de mon mieux pour guider l'élève vers une plus grande autonomie. Je peux résoudre le premier problème avec eux, je peux les écouter faire le deuxième et leur dire de faire le troisième tout seuls, et de rappeler s'ils ont de la misère à le faire.»

C'est lui ou un de ses collègues qui répondra. «Quand le téléphone sonne, le prof qui est libre prend l'appel.» Il y a un peu plus de 90 enseignants qui travaillent pour Allô Prof, à raison d'un ou plusieurs soirs par semaine, dans un des deux centres d'appels, à Québec et Montréal. Alexandre y va trois soirs.

Le service est offert du lundi au jeudi, de 17h à 20h.

La plupart du temps, Alexandre arrive une demi-heure à l'avance «pour se mettre dans l'ambiance, pour m'imprégner de l'énergie. C'est une équipe de travail chaleureuse, des gens allumés.» Puis, il s'assoit à son poste. Il ne sait jamais à quoi s'attendre, le prochain appel peut être un gars en 4e année du primaire ou une fille en secondaire IV.

Au début, il était nerveux. «J'avais peur de ne pas être capable de bien répondre, de ne pas trouver les bons mots, les bonnes explications. Maintenant, je trouve ça "relaxant". J'ai développé des trucs, des façons de me faire comprendre au téléphone, sans pouvoir écrire ni montrer.»

Des fois, le problème est vraiment compliqué. Tellement qu'Alexandre met l'élève en attente et qu'il va consulter les autres profs pour s'assurer qu'il comprend bien. «Des fois, je comprends qu'ils ne comprennent pas... C'est vraiment compliqué! En secondaire I et II, c'est vraiment impressionnant ce qu'ils ont à faire!»

Il comprend, aussi, que les parents se sentent parfois largués.

Quand Alexandre raccroche, l'élève à qui il vient de parler a la possibilité de lui laisser un message, il m'en a fait écouter une couple sur sa tablette, ils les conservent tous. C'est toujours un peu la même chose, mais ça fait toujours le même velours d'entendre ces petites voix dire «merci, vous m'avez aidé».

Le jour, Alexandre enseigne aux adultes à l'école Louis-Jolliet, à des élèves en chair et en os, qui empruntent des chemins de traverse pour apprendre à lire et à écrire. Sa classe est multicolore. «C'est tellement beau, enseigner là. À un moment donné, il y avait 70 langues parlées à l'école.»

Il a appris beaucoup à enseigner là.

«Il y a des gens du Vietnam, de la Côte D'Ivoire, du Népal, du Bhoutan. C'est impressionnant de voir leur niveau de culture, ils en connaissent parfois plus que nous sur le Canada. Ils sont reconnaissants et ils sont travaillants. Je me suis lié d'amitié avec un gars du Burkina Faso, un être exceptionnel, on voulait faire Fort Boyard ensemble!»

À 30 ans, Alexandre se voit faire ça encore longtemps, Louis-Jolliet le jour, Allô Prof le soir. «Ma carrière, ce serait ça, que je serais totalement satisfait. Je pourrais rester comme ça pendant encore 10 ans, j'adore ce que je fais. Je sens que je fais une différence, pas toujours une grande différence, mais plusieurs petites...»

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