Combien de rapports faudra-t-il encore?

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Dans le nord, les seules cellules sont des cellules transitoires, dans les postes de police, où les conditions de détention contreviennent aux normes minimales et aux chartes des droits, dénonce la protectrice du citoyen.

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(Québec) CHRONIQUE / «Cette réalité est pourtant connue de tous les intervenants depuis plusieurs décennies.»

Tous les intervenants.

Plusieurs décennies.

Et cette fois, c'est la protectrice du citoyen qui dépeint «cette réalité», celle des Inuits qui ont maille à partir avec la justice et qui sont détenus dans des conditions inacceptables. Deux délégués de l'organisme sont allés faire un tour dans le nord, ils y ont vu, entre autres choses, des Inuits entassés comme des sardines.

Jusqu'à sept personnes dans des cellules conçues pour deux.

Des toilettes qui ne marchent pas.

De la bouffe qu'on ne donnerait pas aux chats.

On mélange les hommes et les femmes, des gens qui attendent leur procès avec d'autres qui sont gelés comme des bines. On les laisse croupir là-dedans 24 heures par jour, sans possibilité d'aller prendre un peu d'air. Dans le nord, les seules cellules sont des cellules transitoires, dans les postes de police.

Ce confinement est «une situation unique au Québec qui contrevient aux normes minimales» et aux chartes de droits, dénonce la protectrice. 

Si les Inuits doivent rester détenus plus longtemps, on les envoie dans une des 20 prisons du «sud», où personne ne parle leur langue. Quand c'est à leur tour de comparaître, on les renvoie dans le «nord», devant la Cour itinérante, qui sillonne les communautés de ce coin du Québec.

Et après, s'ils doivent aller en prison, on les retourne dans le sud, à plus de 1000 kilomètres de leur maison. 

Tout ce va-et-vient a coûté, l'an dernier, presque 7 millions $. La facture, comme le nombre de causes, augmente chaque année. Entre 2002 et 2012, la Cour itinérante a dû composer avec une hausse de 239 % de dossiers. Et, en cinq ans, le nombre d'Inuits détenus a augmenté de 64 %.

Un détenu sur 100 au Québec est un Inuit.

Un habitant du Québec sur 820 est un Inuit.

Mais le pire, ce n'est pas que les problèmes soient connus par tous les intervenants depuis plusieurs décennies.

C'est que les solutions aussi sont connues.

Parce que le vrai problème, ce ne sont pas vraiment les conditions de détention, c'est ce qui mène les Inuits en taule. Ce sont le lot classique de problèmes sociaux, une réinsertion inefficace dans la communauté, des lacunes en prévention du suicide et en traitement des dépendances. 

Rebelote. 

La protectrice a formulé une trentaine de recommandations, qui viennent s'ajouter aux 400 recommandations du rapport Erasmus-Dussault en 1996, aux 94 recommandations du rapport de la Commission de vérité et réconciliation faites l'an dernier, aux autres rapports qui arrivent aux mêmes conclusions.

À peu près aux mêmes solutions.

La protectrice convient que le problème est complexe, c'est un euphémisme. Elle montre tout de même du doigt les ministères de la Sécurité publique et de la Justice qui doivent au minimum assurer des conditions de détentions un tant soit peu humaines. Ce qu'ils ne font pas, visiblement.

Il y a dans le rapport, des solutions assez simples, comme celle de regrouper les détenus inuits dans une seule prison, reliée par un pont aérien. Et aussi, parce qu'on est en 2016, des comparutions par vidéoconférences.

De l'argent, beaucoup d'argent, qu'on pourrait mettre ailleurs.

Le rapport d'Erasmus-Dussault en 1996 appelait les politiciens à agir : «Il est temps de reconnaître cette vérité et de commencer à rétablir la relation entre les peuples en la fondant sur l'honnêteté, le respect mutuel et un partage équitable. L'image du Canada dans le monde et dans notre pays n'en exige pas moins.»

Un rapport sur la justice autochtone, produit en 2008 faisait à peu près le même constat : «Il est urgent et impératif de créer une synergie et une véritable coopération entre les décideurs.» On y apprenait que, entre 2000 et 2006, le nombre de dossiers ouverts en matière criminelle avait doublé.

Un autre rapport - je finis avec celui-là, mais il y en a bien d'autres - un rapport précisément sur les Inuits mettait en lumière les mêmes injustices que la protectrice du citoyen. Un document publié par ce groupe de travail s'intitulait Finis les palabres, passons à l'action

C'était il y a 22 ans.

Et on est encore dans les palabres.

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