Candide n'était pas une fille unique

Candide, entourée de sa petite-fille Laura et de... (Photo fournie par la famille)

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Candide, entourée de sa petite-fille Laura et de sa fille Christine, montre une photo de sa vraie mère.

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(Québec) CHRONIQUE / Christine Fortin avait 12 ans quand elle a commencé ses recherches. Elle voulait trouver qui était la vraie mère de sa mère.

Ça lui a pris 35 ans.

Elle n'avait pas son nom, elle savait qu'elle avait accouché le 1er septembre 1933 à l'Hôpital de la Miséricorde de Québec, que l'enfant avait été baptisé le même jour à la crèche St-Vincent de Paul et adopté en 1935. Que l'inconnue était une Canadienne-Française, originaire de quelque part au centre du Québec.

C'est mince.

Christine a commencé à regarder les avis de recherche dans le Progrès-Dimanche, elle habite à Roberval. Rien.

En 1990, Christine a fait, avec le consentement de sa mère évidemment, une demande au centre jeunesse pour en savoir plus. Elles ont appris, une semaine plus tard, que la dame était décédée.

Christine avait la date de la mort de sa grand-mère.

Ces deux dates en mains, Christine s'est pointée aux archives nationales, elle a épluché des centaines de chroniques nécrologiques de 1980, pour trouver le match parfait. Elle a fait paraître des annonces dans des revues catholiques et dans les journaux du centre du Québec, comme une bouteille à la mer.

Puis, Internet est arrivé. Pour quelqu'un comme Christine qui cherche une aiguille dans une botte de foin, Internet est une vraie bénédiction. Elle a inscrit sa mère au Mouvement Retrouvailles, a écrit à Claire Lamarche pour lui raconter son histoire, c'était dans le temps où elle réunissait des familles à la télé.

Pendant à peu près 15 ans, elle a pitonné à peu près les mêmes mots-clés, «naissance 1900», «décès 1980», «Centre du Québec», «crèche de Saint-Vincent-de-Paul» «Hôpital de la Miséricorde». Elle faisait du surplace. Elle appelait régulièrement au centre jeunesse dans l'espoir d'obtenir plus d'info.

On lui répétait qu'il faudrait une loi pour ça.

Quelques jours après les 82 ans de sa mère, en 2015, Christine est tombée par hasard sur un site qu'elle n'avait jamais vu avant, www.cimetieresduquebec.ca. C'est un répertoire québécois pour le moins original de photos de pierres tombales à la grandeur de la province, elles sont regroupées par région.

Ce sont deux soeurs, pas dans le sens de religieuses, qui font ça, elles adorent se balader dans les cimetières.

Christine a recensé 19 cimetières dans le centre du Québec. Elle a regardé une à une les dizaines de pierres tombales, avec ces deux dates, 1900 et 1980.

Ça lui a donné deux noms.

Pour la première fois depuis 35 ans, Christine avait autre chose que des dates. «Là, j'étais énervée... Il y avait un des deux noms, c'est bizarre à dire, mais il me parlait. Une fois ces deux noms désespérément trouvés, je ne savais pas par où commencer. Au centre jeunesse, on ne pouvait toujours pas m'aider.»

Ils lui ont dit de contacter le Mouvement Retrouvailles, ce qu'elle a fait. Seule une des deux femmes avait un descendant, un garçon. Vivant. «C'était potentiellement le frère de ma mère...» Christine a écrit une lettre au monsieur, il n'a pas répondu tout de suite, il l'a mise dans une armoire.

Il l'a ressortie, et il a répondu.

Le centre jeunesse a pu effectuer quelques vérifications et bingo! Christine venait de trouver la mère de sa mère, et un frère en prime.

Le frère avait un frère et une soeur.

«J'ai tellement pleuré de joie et aussi beaucoup souri de ce souhait exaucé! Nous n'en revenions pas! Ma mère avait donc un frère et une soeur de 79 ans, ce sont des jumeaux, et un jeune frère de 78 ans.»

Sa mère, Candide Mélanie, était l'aînée de la famille. Ça lui a fait tout drôle vu qu'elle était fille unique dans sa famille adoptive.

Il y a deux mois, le 7 novembre, les frères et soeurs se sont réunis pour la toute première fois, plus un neveu et quatre nièces. «La soeur de ma mère lui a confié qu'elle a toujours rêvé d'avoir une soeur et que, plus les années passaient, plus ça devenait fort comme souhait. Elle a été accrochée au bras de ma mère toute la soirée!»

Ils sont allés, ensemble, déposer des fleurs sur la tombe de leur mère.

La mère de Christine parle une fois par semaine avec ses frères et sa soeur. «Depuis les retrouvailles, ma mère est plus souriante, plus enjouée. Elle éclate souvent de rire pour un rien, ce qui était rare avant. Mon père a remarqué le changement dans la vie de tous les jours.»

C'est ce que ça fait, entre autres, trouver d'où on vient.

«Je peux vous dire que nous avons passé une belle période des Fêtes. Ma mère a pu faire pour la première fois des souhaits de Noël à ses frères et à sa soeur, et aussi à son neveu et à ses nièces. Moi, j'ai reçu une première carte de Noël signée "ta tante"...»

Christine pigrasse encore dans les racines des arbres généalogiques, elle a une piste, encore une, sa mère aurait une soeur jumelle. Sa mère a été baptisée Marie Mélanie Bédard, la jumelle aurait eu, le même jour, le nom de Marie Michelle Bédard. Elle serait née le 31 août, un peu avant l'autre.

Ça vous dit quelque chose?

***

Sur ce, je m'éclipse pour quelques semaines, on se retrouve à la mi-février.

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