Payer des contraventions jusqu'en 2027

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À Québec, la Ligue des droits et libertés observe que les itinérants sont plus ciblés que les autres. Il semble même que, au prorata, ils reçoivent plus de contraventions pour, disons, un feu orange, que la population en général.

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(Québec) CHRONIQUE / Je m'aventure en terrain miné, je m'apprête à vous parler des itinérants qui accumulent les contraventions et qui n'ont pas d'argent pour les payer.

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Le 22 décembre, un itinérant de Québec s'est retrouvé avec 1058 $ à payer dans les 30 jours. 

Oui, ils commettent les infractions.

Oui, ils traversent - comme moi - la rue sans toujours attendre le «petit bonhomme».

Oui, ils fument des cigarettes à plumes.

Oui, ils font pipi dehors.

C'est un lecteur qui m'a écrit pendant les Fêtes - un homme connu de la région -, il fait du bénévolat pour un organisme communautaire. Le matin du 22 décembre, un itinérant particulièrement coloré s'est pointé avec trois contraventions qu'il venait juste de recevoir.

La première, 48 $ pour avoir traversé la rue au feu «orange».

La deuxième, 530 $ pour «possession de tabac dont le paquet n'est pas identifié conformément à la loi».

La troisième, 480 $ pour «entrave à l'action d'un agent de la paix».

Oui, il a pété les plombs quand l'agent lui a collé la contravention pour les cigarettes à plumes, il s'en était allumé une le temps que le policier rédige le constat d'infraction pour le feu orange.

Évidemment, ce n'était pas l'idée du siècle.

Toujours est-il que le gars se retrouve avec 1058 $ à payer dans les 30 jours. Il ne les payera pas, il n'a pas une cenne pour les payer et, juste à lui voir l'allure, c'est clair qu'il n'a pas d'argent collé. Le policier a appliqué le règlement, mais la Ville n'est pas à la veille d'avoir ses 1000 $.

J'ai jasé avec une fille qui travaille avec les itinérants à Québec. Ce gars-là n'est pas tout seul à collectionner les contraventions. Et, quand ils n'ont pas d'argent pour payer, ce qu'ils n'ont jamais, la Ville fait des ententes de paiement. La fille m'a parlé d'un gars, il devra payer 40 $ tous les mois, jusqu'en 2027.

Il lui reste 11 ans. Et ça, c'est s'il ne reçoit pas de nouvelles contraventions d'ici là.

La fille m'a mise en contact avec Philippe Arnaud-Poulin, je l'ai appelé quelque part au Lac-Saint-Jean, dans la maison de transition où il habite. Sa collection de contraventions est impressionnante. Il n'a évidemment pas les moyens de les payer, il vit de l'aide sociale et de la collecte de contenants consignées.

- T'as combien de contraventions?

- J'en ai à peu près pour 7000 $. La moitié, c'est des vieux tickets que je n'ai pas payés et qui ont doublé. Le reste, c'est ce que j'ai pogné cette année.

- 3500 $ en une année?

- En trois mois et demi.

Il en a eu une pour les cigarettes illégales, c'est 500 $ d'un coup, plus toute une ribambelle d'infractions. Comme celle-là : «Je mangeais des sardines dehors, avec un autre itinérant, on a eu un ticket pour flânage. Même chose quand on boit une bière ou quand on se soulage. Le reste du monde, ils font ça chez eux, ils ont un toit...»

Philippe travaille là-dessus.

À Québec, la Ligue des droits et libertés observe que les itinérants sont plus ciblés que les autres. Il semble même que, au prorata, ils reçoivent plus de contraventions pour, disons, un feu orange, que monsieur et madame Tout-le-monde.

Une étude qui date de 2005 a calculé que 72 % des itinérants qui ont des contraventions sont emprisonnés pour défaut de paiement. Et quand ils sortent de prison, leurs factures les attendent, souvent plus élevées que lorsqu'ils y sont entrés. C'est probablement ce qui attend Philippe.

Philippe a 53 ans, il est atteint de maladie mentale, il se soigne. Il a été itinérant à plusieurs reprises dans sa vie, au gré de ses rechutes et des poussées de dopamine de son cerveau déréglé. Quand il sortira de sa maison de transition, il aimerait pouvoir retomber sur ses pieds.

Mais il aura encore ses 7000 $ de contraventions à payer. «J'essaye de prendre une entente de paiement pour étaler ça.»

À 40 $ par semaine, sans intérêt, il en aurait pour 14 ans et demi.

Jusqu'en 2030.

Un petit mot sur la fermeture du centre de désintox de Mélaric, dans les Laurentides, qu'on a apprise hier en même temps que les quelque 75 résidants qui y étaient en cure. Le gouvernement s'est défendu en disant que plus de la moitié d'entre eux, à la fin de la journée, avaient déjà été transférés.

Comme si c'était aussi simple.

Le succès d'une cure tient souvent à une relation de confiance qui s'établit entre un dépendant et un intervenant. C'est pour ça que certaines personnes suivent plusieurs cures, jusqu'à ce qu'ils trouvent la bonne.

Avec la bonne personne, qui lui dira les bons mots.

Peut-être qu'il y avait à Mélaric, des gars et des filles qui avaient trouvé cette personne-là, qui étaient convaincus que cette cure-là était la dernière. En changeant de centre, ils ne continuent pas là où ils ont laissé, ils repartent à zéro, ou à peu près. Peut-être qu'ils repartent même de plus loin.

Ce n'est pas comme un meuble à décaper, qu'on peut laisser en plan et confier à n'importe quel quidam pour finir le boulot.

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