L'héritage de Manawan

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Ce cliché pris par Michel Lavergne montre le quotidien des gens de Manawan dans les années 60.

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(Québec) CHRONIQUE / Michel Lavergne est «parti de chez Brochu» à Saint-Michel-des-Saints, est monté dans un hydravion, «un avion de la Première Guerre mondiale» avec son gros appareil photo. Il s'en allait chez les Indiens.

L'avion a atterri sur le lac Metapeckeka, à Manawan.

«Tout le monde était au quai pour nous accueillir. Les jeunes étaient venus pour nous rencontrer, ils nous ont donné du poisson. Ils nous ont expliqué qu'ils partageaient ce qu'ils avaient avec tout le monde. C'est la première chose que j'ai apprise.»

La deuxième chose, «c'est que les enfants n'appartiennent pas à leurs parents, ils appartiennent à la communauté».

C'était dans les années 60, il y avait encore un comptoir de la Baie d'Hudson. «Il n'y avait pas de police à Manawan, pas de drogue non plus.» C'était avant la route.

Manawan est une communauté atikamekw en Haute-Mauricie, on y accède aujourd'hui par une route en terre de plus de 80 kilomètres. L'asphalte arrête à l'embranchement pour l'Auberge du lac Taureau, chic lieu de villégiature. Après ça, pour aller chez les autochtones, c'est de la trail.

Je suis allée y faire un tour en novembre, il m'a fallu presque deux heures pour franchir les kilomètres entre le lac Taureau et Manawan, les yeux rivés sur le chemin pour éviter les crevasses. À 15 kilomètres de l'arrivée, je ne captais plus aucune station de radio. ICI Radio-Canada ne se rend pas là.

J'ai rencontré des gens formidables, qui m'ont parlé de leur communauté, de ses problèmes et des pistes de solutions.

Aujourd'hui, la drogue est un des plus gros casse-tête des policiers.

Michel n'a rien vu de ça. «C'était des gens simples, ordinaires - pas dans un sens péjoratif -, qui avaient leur façon de vivre. Tout de suite après être arrivés, on s'est assis dans le presbytère avec le missionnaire, qui nous a expliqué leur culture. Les gens arrivaient, ils s'assoyaient 15 minutes et repartaient.»

Michel a été frappé par cette «communication dépouillée».

Plus tard, Michel s'est promené dans le village. Il a rencontré les gens, a mangé avec eux, les a écoutés parler. «Ils parlaient une langue excessivement belle.» Ils la parlent toujours, l'atikamekw est encore aujourd'hui parlée par l'ensemble des membres de la communauté. Ils parlent français aussi, ils l'apprennent à l'école.

Michel était du voyage pour prendre des photos. «Je travaillais pour un petit bureau de presse, j'ai fait ça une dizaine d'années pour payer mes études. À Manawan, j'ai découvert un monde. J'ai compris qu'on nous cachait l'histoire des Indiens.»

Il a reçu un cadeau à son départ, un capteur de rêves, que les gens avaient fabriqué pour lui. «Je l'ai toujours gardé.»

Michel est aujourd'hui à la retraite, mais n'a jamais oublié Manawan. Il a continué à bourlinguer, pour le plaisir et pour le travail, dans plusieurs sociétés d'Amérique latine. Les Incas lui ont rappelé les Atikamekws.

Depuis presque un quart de siècle, Michel fait dans la coopération internationale, souvent dans les Caraïbes, surtout à Cuba. Quand je l'ai rencontré il y a une dizaine de jours, il préparait son prochain projet, à Santa Clara. Il partira le 23 janvier avec une vingtaine de Québécois pour travailler aux champs.

«On ne fait pas d'aide humanitaire, mais plutôt des gestes de solidarité. C'est ce qui manque entre les humains, de la solidarité. On travaille avec l'Association nationale des petits agriculteurs, ils nous envoient dans des endroits pour donner un coup de main. Je me souviens d'une année, je travaillais avec Eddy, avec les boeufs dans le champ.»

L'homme de 71 ans se rappelle aussi Manuel, pas tellement à cause de ses vaches, plutôt parce qu'il aimait l'opéra.

Les gens qui s'embarquent avec ARO cooperAction sont pour la plupart des retraités qui ont le goût de vivre autre chose. «Beaucoup ont peur au début. On vit dans une société qui est brainwashée et qui a peur, on a peur de tout. Notre but, c'est de montrer qu'il y a d'autres façons de vivre. Il y a une fonction d'éducation derrière ça, pour briser les préjugés.»

Comme les siens, jadis, qui se sont brisés sur la rive du lac Metapeckeka.

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