Une simple amitié

Pierre Gendron avait pour mission de faire raccrocher... (Archives Le Quotidien)

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Pierre Gendron avait pour mission de faire raccrocher de jeunes autochtones.

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(Québec) CHRONIQUE / C'est l'histoire d'un enseignant, Pierre Gendron, qui donnait des cours aux adultes et à qui on a confié la mission de faire raccrocher de jeunes autochtones venus du Nord.

C'est d'abord une histoire d'amitié.

«Le taux de décrochage devait frôler les 100 %... J'allais chercher les jeunes Innus à l'aéroport de Québec, je les emmenais en ville. En classe, on leur donnait deux dictionnaires, des crayons, le minimum nécessaire. On en a eu pas mal, mais ils ne toffaient pas, pas plus qu'un an ou deux...»

À peu près le temps qu'a duré ce programme de scolarisation.

C'était il y a 25 ans. «Il y avait un élève, Guillaume, brillant, avec un sens de l'humour à la Woody Allen. Il me faisait tellement rire! Il habitait à Limoilou, comme moi, je l'ai invité à prendre un café chez moi.»

Ils sont devenus de bons amis. «On était au baptême de son premier enfant. En fait, le baptême a eu lieu dans ma cour. Il m'a téléphoné pour me demander si je voulais être présent au baptême, puis il m'a demandé : "Est-ce qu'on peut faire ça chez vous? Chez nous, c'est petit et on n'a pas de cour." Ils sont arrivés, ils étaient 50...»

La femme de Pierre, Reine, est la marraine de leur deuxième enfant.

Pas longtemps après, Nancy et Guillaume sont retournés chacun dans leur communauté, Nancy a pris les enfants. «On s'est perdu de vue pendant un bon bout de temps et puis, un jour, Nancy nous a appelés, elle s'en venait à Québec. Elle a demandé à ma femme : «Est-ce que je peux rester avec vous quelques jours?»

Nancy est restée un an.

«Elle était venue ici pour faire une cure, elle avait laissé ses enfants dans la communauté. On lui a proposé de faire venir sa fille qui avait l'âge d'entrer en maternelle. C'est kokoum (la grand-mère) qui est venue la porter ici, on l'a inscrite à l'école. Elle avait des super bonnes notes, elle était bien encadrée, elle mangeait bien...»

Pierre se rappelle avoir servi du riz à Nancy, Nancy avait éclaté de rire. «En innu, le mot pour riz, ça veut dire "crotte blanche de souris"...» Il se souvient aussi que Nancy n'avait pas la même notion de l'argent que lui. «Eux, quand ils ont de l'argent, ils le dépensent, le partagent, et quand il n'y en a plus, ils se privent.»

Ça vaut pour tout, «la notion de partage est très forte chez eux».

Nancy devait payer un loyer. «On avait établi certaines règles, entre autres sur l'utilisation du téléphone. Elle était là-dessus 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Je lui ai dit : "Quand le téléphone sonne à deux heures du matin, c'est parce que ma mère est morte." On avait mis la limite à 22h.»

Nancy est retournée parmi les siens, a trouvé un bon boulot au dispensaire.

Pierre et Reine sont allés plusieurs fois sur la Côte-Nord, «en moto», rendre visite à leurs amis. Ils ont été reçus comme des rois. «C'était une grande maison à aire ouverte, ça rentrait et ça sortait pendant le souper. On avait apporté du vin, il y a une femme qui m'a demandé si elle pouvait prendre un petit verre.»

Elle a pris une petite gorgée, a dit quelque chose en innu. Elle riait comme une enfant. «Elle disait : "Je suis une princesse! Je suis une princesse!"»

Pierre se souvient aussi de cet homme qui s'est planté devant eux sans dire un mot, un gros morceau de saumon dans les mains. «Il l'avait fumé lui-même. Il nous l'a donné et il s'est éloigné un peu. C'était un geste qui avait une grande signification pour lui, c'était un moment très émouvant.»

Nancy avait un nouveau chum, Antoine, «il était très traditionnel. On a eu de belles discussions.»

Au fil des années, il en est venu à faire certains constats, qui sont ceux d'un homme qui a simplement croisé la route d'un jeune Innu venu raccrocher à Québec, il y a déjà un quart de siècle.

Il a pu mesurer le fossé entre nos traditions et les leurs, entre nos valeurs et les leurs. «Ils ont un sens de la collectivité et du sacré que nous avons perdus. Ils n'ont pas la notion d'individualité et d'économie que nous avons, et sur lesquelles repose notre société. C'est difficile de concilier ça.»

Pierre résume ça ainsi, grosso modo : «Dans leurs communautés, tout le monde s'occupe de tout le monde, mais personne ne s'occupe de rien.»

Ils marchent avec un vent de face. «Ils sont maintenus dans un infantilisme irresponsable. Les chefs font la pluie et le beau temps et ils n'ont pas accès à la propriété privée.» Sur les réserves, les autochtones sont locataires de leur maison et, pour avoir un prêt à la banque, ils doivent être endossés par le conseil de bande.

La notion même de propriété ne va pas de soi.

Pierre se souvient des déchirements de son ami Guillaume, tiraillé entre ses valeurs traditionnelles et celles des gens, comme Pierre, qui voulaient l'aider à se mettre au diapason. «Il disait : "Je suis comme une pomme : rouge dehors et blanc en dedans."»

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