Le fil d'arrivée

Serge Marchand était un grand sportif et un... (Fournie par Serge Marchand)

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Serge Marchand était un grand sportif et un passionné de vélo. Quand il a appris qu'il était condamné, il a fait le choix de vivre avant de mourir. On le voit ici après la montée du mont Ventoux, dans les Alpes.

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(Québec) CHRONIQUE / Il y a deux ans aujourd'hui, jour pour jour, Serge Marchand apprenait que sa fille était enceinte, il allait être grand-père pour la première fois.

La veille, il avait appris qu'il avait un cancer colorectal. Incurable.

Quand il a appris qu'il était condamné, il a fait le choix de vivre avant de mourir. «Je me suis dit que le cancer aurait mon corps, mais qu'il n'aurait pas ma tête. Que j'allais profiter au maximum du temps qui me restait, que j'allais continuer d'avoir des projets. Ça a été deux très belles années...» 

Je l'ai rencontré mercredi, à la Maison Michel-Sarrazin, où il vit ses derniers jours. Les médecins lui avaient donné entre 18 et 24 mois, il s'est rendu jusqu'au bout, à quelques jours près.

Il ne parle plus, il chuchote.

Il est l'ombre de ce qu'il a été, un grand gaillard, sportif. «J'ai toujours été en pleine forme physique. Je m'entraînais, je faisais du sport, je faisais attention à ma santé, à mon alimentation. Selon les statistiques, j'aurais dû vivre jusqu'à 80 ans... mais j'ai gagné à Loto-Cancer.»

Serge avait 59 ans quand il a eu le diagnostic, il venait de prendre sa retraite. 

Lui et sa belle Chantal, son amour de toujours - ils sont ensemble depuis le cégep - avaient mille projets, des voyages surtout, aux quatre coins du monde. Mais Serge n'était plus assurable. Ils se sont acheté un motorisé, qu'ils ont baptisé Ben, ont roulé tant qu'ils ont pu, au Québec surtout. 

Il a vu sa petite Madeline naître, l'a vue grandir un peu.  

Dans sa vie d'avant, Serge était un passionné de ski et de vélo, lui et Chantal étaient toujours en mode projet. Ils ont élevé deux enfants, ont voyagé, profité de la vie. Très bientôt, il ne restera à Chantal que des souvenirs de son homme. Il restera son chapeau d'explorateur, qu'il a porté une bonne dizaine d'années.

Chantal trouve que les choses vont vite. «Encore cet été, on faisait du vélo...» 

L'été prochain, elle ira seule, dans leur talle secrète de chanterelles.

Dès qu'il a su pour le cancer, il s'est mis à écrire, d'abord pour donner des nouvelles à ses nombreux amis par courriel. Il a créé une liste d'envoi d'environ 80 noms, il écrivait régulièrement pour raconter ce qu'il vivait, mais aussi, peut-être surtout, pour recevoir des nouvelles de ses amis. 

«Je voulais rester parmi les vivants.»

Au fil des courriels, l'idée d'un livre a germé. «J'ai eu le goût de laisser quelque chose d'utile, mais pas triste. Je voulais donner des outils pour aider ceux qui reçoivent un diagnostic définitif, où il n'y a pas de chances de guérison. Il y a plusieurs façons de vivre ça, je raconte simplement comment je l'ai vécu.»

Il offre aussi une «trousse du voyageur» et partage aussi quelques leçons qu'il aura retenues de la vie. En gros, profitez-en, faites-vous confiance, mettez vos talents à profit et acceptez l'aide des autres. Il a immortalisé ses dernières pensées dans une vidéo d'une quinzaine de minutes qui sera diffusée au salon.

Chantal le verra pour la première fois.

Son livre, Carnet de voyage d'un explorateur au pays du cancer, vient tout juste de sortir des presses, il l'a tenu dans ses mains pour la première fois mercredi matin. Le projet a été possible grâce à des amis, qui ont mis leurs talents à contribution. Ils en ont imprimé 200 exemplaires, Serge rêve déjà d'une réimpression, pour aider le plus de gens possible.

«J'attendais ça avant de partir», m'a susurré Serge, qui aura réussi à mener son ultime projet à terme. Sa Chantal était assise de l'autre côté du lit, la main de Serge dans la sienne. «On est rendu à se dire adieu, c'est le plus difficile.»

Ils en sont à mettre la dernière main aux funérailles. «Je ne pense pas qu'il y ait quelque chose après la mort.»

Mais avant, ils ont fêté, une dernière fois. Les amis de Serge ont organisé un lancement intime à Michel-Sarrazin. «Il y aura du foie gras aussi au menu, c'est mou, Serge peut en manger...» Serge a ri, il a toujours aimé la bonne chère. Il a passé du bon temps, il s'est même permis un petit verre de champagne.

Ce sera leur souper de Noël, leur dernier, dans cette maison de soins palliatifs où la mort fait partie de la vie. «J'avais appelé partout, il n'y avait pas de place pour lui, il aurait fallu que je m'en occupe à la maison. Puis, le téléphone a sonné, on a eu notre place ici, dans la plus belle chambre avec vue sur le fleuve.»

C'était son «cadeau de Noël».

Je suis partie en serrant la main de Serge - il avait encore une bonne poigne -, sans trop savoir quoi dire à cet homme que je ne reverrai pas. Je lui ai souhaité «une mort douce».

Et je suis sortie en pleurant.

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