La chasteté au temps du numérique

Âgé de 20 ans, Jean-Michel Landry a décidé... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Âgé de 20 ans, Jean-Michel Landry a décidé que les aventures d'un soir ne feraient plus partie de sa vie. Sa prochaine relation sexuelle, il l'aura avec la femme avec qui il aura bâti une relation solide et durable.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) CHRONIQUE / Jean-Michel Landry a 20 ans. Il y a six mois, il aurait pu être un des jeunes interrogés pour le documentaire L'amour au temps du numérique, réalisé par Sophie Lambert. Le portrait qu'elle a brossé a beaucoup fait jaser: une génération obsédée par le sexe, qui court après l'amour comme un chien après sa queue.

Jean-Michel ne baise plus, par choix. «J'ai connu ça, cruiser dans les bars, ou avec Tinder, mais j'étais tellement pas heureux.»

Le plaisir n'est pas un gage de bonheur.

«Le documentaire m'a fait réagir parce que ce que ça montre, je l'ai déjà vécu, je vivais dans ce moule-là. Même si les cas qui sont présentés sont extrêmes, les fondements, eux, sont fidèles à la réalité. On y voit l'instantanéité, les besoins qui doivent être comblés tout de suite, une surconsommation du sexe et, en même temps, une quête de fidélité.»

Jean-Michel a tout balancé par-dessus bord, sauf la quête. «Les jeunes veulent bâtir une relation amoureuse solide, mais j'ai des doutes sur les moyens qu'ils prennent pour l'atteindre. Je me demande: ils seront où, dans 10ans? J'ai choisi de vivre à l'autre extrême, en fait, c'est comme ça que je voyais ça, avant...»

Avant, il ne ratait pas une occasion de faire une «joke plate» sur les filles. «J'étais le pire gars pour faire des allusions à la sexualité, tout ce que je disais avait un double sens, une connotation sexuelle. Ça ne me tente plus maintenant, je ne trouve plus ça drôle de dénigrer ça.»

Il a eu sa première blonde chaste cet été, ils se sont laissés il y a un mois, sans avoir consommé leur amour.

Il l'avoue, ce n'était pas toujours facile de résister à la tentation. «Plus le temps passe, plus l'attirance augmente. C'était tough, on se permettait des choses, mais on n'allait pas jusqu'au bout. Je trouve que c'est une preuve d'amour de se préserver pour l'autre. Avant ça, je trouvais que la chasteté, ça allait contre ma liberté, mais je n'ai jamais été aussi libre, je ne suis plus dominé par mes pulsions.»

Je retiens l'idée du désir, qu'on a jeté dans le caniveau.

Et ça ne vaut pas seulement pour le sexe. «On vit dans une société où les besoins doivent être comblés tout de suite. J'ai envie d'un nouvel appareil électronique, je le commande sur Internet ou je vais l'acheter. Le sexe, c'est la même chose, on profite de l'autre pour combler ses besoins. L'autre devient un accessoire, un objet.»

Et on le remplace dès qu'il n'est plus assez nouveau.

L'église pour se retrouver

Je vous entends, depuis que vous avez commencé à lire le texte, vous vous demandez si la religion a quelque chose à voir là-dedans. La réponse est oui. Jean-Michel est «catho», l'expression est de lui. Il fréquente l'église Saint-Thomas-d'Aquin, où la messe du dimanche soir attire quelques centaines de jeunes comme lui.

Cette église est un phénomène en soi à Québec, le prêtre de 36 ans et les deux vicaires - l'un d'eux est un ancien punk - ont une façon bien à eux de prêcher. Ils sont accompagnés d'un orchestre, intègrent des chants en latin, rencontrent les jeunes après la messe au sous-sol, au bistro du curé.

«Jaser avec le prêtre en prenant une bière, ça n'a rien à voir avec l'expérience que j'avais de la religion.»

Jean-Michel est le cinquième d'une famille de sept enfants, ses parents sont pratiquants. «Ils ne nous ont jamais imposé la religion. La religion s'est imposée à lui cet été, pendant une grosse peine d'amour. «Je sortais d'une relation, j'étais au fond. J'ai relu la Bible. Je l'avais lue plein de fois avant, mais avant, je trouvais ça boring, plate.»

Cette fois-là, «ça a commencé à me parler.» C'est là qu'il a décidé d'être chaste, d'attendre d'être marié avant de faire l'amour pour la première fois.

Moyens différents

Après avoir regardé L'amour au temps du numérique, Jean-Michel a écrit à Sophie Lambert pour lui parler de chasteté. «Sachez que oui, je crois à la fidélité, oui, il existe encore des jeunes qui ne regardent pas de porno et qui tentent de se sortir du moule et oui, j'arriverai (je l'espère) à bâtir une famille avec des parents qui s'aiment d'une manière durable et qui ne font pas de la surconsommation de la sexualité.»

Comment ses amis réagissent-ils? «Je n'ai pas changé, je suis la même personne, à part pour les "jokes plates"... J'ai les mêmes goûts que les autres, je veux avoir une blonde, je veux travailler après mes études. Je reste un jeune de 20 ans, mais quand je sors, je ne suis pas dans l'instinct de chasse, mais dans un esprit de rencontre.»

Religion ou pas, l'idée derrière ça est de trouver la meilleure façon de se rendre où on veut. Jean-Michel sait qu'il prend le chemin le moins fréquenté. «Je ne suis pas plus hot que les autres, c'est juste que je prends un autre moyen pour atteindre mon objectif. Et de cette façon-là, je le sens plus atteignable qu'avant...»

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