Et j'ai signé, Tomate

PEN est une association fondée à Londres en... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

PEN est une association fondée à Londres en 1921 pour défendre la liberté d'expression. Presque 100 ans plus tard, il y a 145 centres, aux quatre coins du monde.

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / La première fois où j'ai participé à un concours d'écriture, c'était en 1993, à ma deuxième année de cégep à Jonquière. L'Office québécois de la langue française demandait de lui soumettre un texte décrivant notre attachement à la langue, le mien s'intitulait Français un jour, français toujours.

Il fallait le présenter sous un pseudonyme.

J'ai réfléchi longtemps à mon pseudonyme, d'abord parce que je ne m'étais jamais posé cette question, à savoir quel autre nom que le mien je pourrais porter. J'ai jonglé avec les noms d'écrivains connus, je trouvais ça pompeux, puis des noms plus rigolos, j'ai eu peur que le jury pense que je ne prenais pas le concours au sérieux.

Je me suis demandé, sans trop savoir pourquoi, si c'était mieux de mettre un nom de fille ou un nom de gars. Je ne suis pas arrivée à trancher, j'ai signé : Tomate. À la fois un fruit et un légume, j'aimais l'ambiguïté du végétal. Je m'amusais à imaginer les délibérations du jury : le texte de Tomate, tu le trouves comment?

Tomate a remporté le prix.

Jeudi après-midi, j'ai participé à la toute première rencontre du Comité femmes du Centre québécois du PEN international. Avant toute chose, vous devez savoir que PEN est une association fondée à Londres en 1921 pour défendre la liberté d'expression. Presque 100 ans plus tard, il y a 145 centres, aux quatre coins du monde.

Je n'avais jamais entendu parler du PEN avant.

La mission de l'association est toujours pertinente aujourd'hui, pensez seulement à Raïf Badawi, qui croupit dans une prison à sécurité maximale en Arabie Saoudite pour avoir tenu un blogue. Il vient d'ailleurs d'entamer une grève de la faim.

Si on veut un exemple chez les femmes, il y a la Cubaine Yoani Sanchez, qui tient à bout de bras depuis 2007 un blogue, Generation Y.

Et ici, ça va bien pour les femmes? Ça pourrait aller mieux. C'est pour ça que les membres du PEN québécois ont eu l'idée de ce comité féminin à deux têtes, une à Québec, l'autre à Montréal. Nous étions sept autour de la table, à la Maison de la littérature, chacune avec un parcours différent et une passion commune, l'écriture.

D'abord, quelques constats, les femmes sont sous-représentées dans les hautes sphères de la littérature, comme ailleurs dans la société, au sein des conseils d'administration, des assemblées d'actionnaires. Les livres des femmes sont moins critiqués dans les médias, moins enseignés, moins primés.

Traversons l'Atlantique. L'Académie française a été fondée en 1635, la première immortelle a été accueillie en 1980, c'était Marguerite Yourcenar. Six autres femmes ont été élues après elle, deux sont décédées. Présentement, sur les 40 prestigieux fauteuils, cinq sont occupés par des femmes.

Le Renaudot a été attribué à 14 % de femmes, le Goncourt à 10 %, la moyenne a peut-être oscillé un peu vers le haut cette année, où un nombre inhabituel de femmes ont été récompensées. Les jurys sont essentiellement composés d'hommes.

Mais la France, me direz-vous, est un pays macho.

Voyons ici. L'écrivaine Christine Eddie, auteure de Je suis là, a remarqué, sur le site Web du Salon du livre de Québec, que les cinq membres du comité exécutif sont des hommes. Le conseil d'administration compte 13 personnes, dont trois femmes. On est loin de la parité.

Dans les universités, dans les programmes de littérature, les écrivains sont plus enseignés que les écrivaines. Dans les médias, les livres signés par des hommes font plus souvent l'objet d'une critique.

Le comité femmes du PEN veut mesurer le fossé, pour éventuellement le combler.

Il semble que les prix littéraires au Québec tirent aussi vers le bleu. Une des participantes à la rencontre, Marie-Ève Muller, a regroupé dans une base de données les lauréats de prix littéraires au Québec depuis 1983. Elle n'a pas encore tout distillé pour en extraire les chiffres exacts, mais une tendance, lourde, se dessine déjà.

«On observe que les hommes reçoivent plus de prix littéraires que les femmes. On observe aussi quelque chose de particulier, quand le prix est remis à une femme, le personnage principal est souvent un homme...»

J'y pense, c'en était un dans l'histoire de Tomate.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer