Conversation avec un ambassadeur

Avant d'être joint par notre chroniqueuse, Yves Gagnon,... (Photo fournie par Yves Gagnon)

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Avant d'être joint par notre chroniqueuse, Yves Gagnon, ambassadeur du Canada à Cuba, n'avait reçu aucune demande d'entrevue de la part d'un journaliste depuis son entrée en poste, en 2013.

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(Québec) CHRONIQUE / J'ai eu 18 ans à Vancouver, un voyage d'été entre deux sessions de cégep pour apprendre l'anglais, je travaillais au Burger King de la rue Robson. L'ami Éric et moi habitions un miteux logement, infesté de coquerelles, sur la 13e Rue Est.

C'est là que j'ai fêté mes 18 ans.

Fêté est un grand mot, remarquez, parce qu'avoir 18 ans en Colombie-Britannique, ça n'ouvre pas les portes des bars. Il faut 19 ans. Avoir 18 ans à Vancouver, ça ouvre les portes des cinémas pornos. C'est comme ça que j'ai fêté ma majorité, en faisant ce qui m'était interdit la veille.

Je vois encore la tête du gars au guichet quand il a regardé la date de naissance sur ma carte d'assurance maladie.

Je ne suis jamais retournée voir un film porno au cinéma, une fois a suffi, l'idée était de marquer le passage, de profiter d'une nouvelle permission.

C'est un peu dans cet esprit que j'ai demandé une entrevue avec l'ambassadeur canadien à Cuba, Yves Gagnon. J'ai pris Justin Trudeau au mot, il a invité les ambassadeurs et les diplomates canadiens à accorder des entrevues aux journalistes, ce qui était impensable avant le 19 octobre.

J'ai envoyé un petit courriel à La Havane, demandant de discuter avec l'ambassadeur, de tout et de rien, juste parce que c'était permis.

- Mme Moisan?

- Moi-même.

- C'est Yves Gagnon.

L'ambassadeur m'a appelée à mon bureau une dizaine de jours plus tard, sans plus de cérémonie. Il avait avisé le ministère des Affaires étrangères de notre entretien, par politesse, M. Gagnon est un homme poli.

C'était la première fois depuis son entrée en poste, en 2013, qu'il accordait une entrevue à un média canadien. «Je n'ai pas eu de demandes», a-t-il clarifié, peut-être parce que les journalistes avaient l'impression, sous le gouvernement Harper, que parler directement à un diplomate relevait de la science-fiction.

On reste dans le thème du cinéma.

Natif de Charlevoix

M. Gagnon est né dans Charlevoix, il a grandi sur la Basse-Côte-Nord, à Sault-au-Mouton, tout juste après Baie-des-Bacon sur la 138. «J'étais un mauvais sujet, je me suis fait virer de plusieurs collèges», raconte l'affable ambassadeur, devenu un poids lourd de la diplomatie canadienne.

«Je ne suis pas un poids lourd, je suis expérimenté», nuance-t-il.

Il a commencé sa carrière au début des années 70, avec un bac en sciences politiques de l'Université Laval en poche, après avoir réussi le concours pour entrer aux affaires étrangères. Il était parfaitement unilingue. «Je ne savais pas un mot d'anglais, même pas I don't understand...»

M. Gagnon en veut au système d'éducation de l'époque, «qui s'assurait que même les moins imbéciles ne parlent pas anglais en sortant de l'école».

Il a été déployé au Guatemala, a appris l'espagnol avant l'anglais. On l'a ensuite envoyé à Paris, une première fois avec Gérard Pelletier, puis comme «conseiller sous Lucien Bouchard», ils ont appris l'anglais ensemble. Il a été, entre autres, vice-président de Petro-Canada, ambassadeur au Maroc et en Argentine.

Il a pris sa retraite après l'Argentine.

À 68 ans, l'homme en est à sa deuxième carrière comme diplomate, le ministre conservateur Peter Kent l'a sorti de sa retraite il y a cinq ans pour qu'il reprenne du service comme conseiller aux relations avec l'Amérique latine. «J'étais en santé et j'avais encore le goût de continuer.»

Il y a deux ans, on lui a proposé Cuba. «Je n'avais jamais servi dans un pays avec une économie planifiée. C'est une expérience qui est plus amusante qu'ailleurs!»

virage commercial

Il arrive à un moment charnière de l'histoire du pays, alors qu'un rapprochement historique s'opère entre Cuba et les États-Unis et que, plus que jamais, les Cubains sont disposés à commercer avec l'étranger. C'est d'ailleurs ce qui occupe le plus l'ambassadeur, aiguiller les investisseurs canadiens sur l'île de Castro.

Ils sont très bien reçus. «Il y a 1,2 million de Canadiens qui sont venus [l'an dernier], il y a 16 vols directs du Canada en direction de Varadero. C'est une relation qui dure depuis très longtemps. On a toujours dit aux Cubains : vous, c'est vous, nous, c'est nous. La manière dont on les traite a une influence sur la manière dont ils nous traitent.»

Il n'y a pas encore de visite prévue de Justin Trudeau, son père est allé en janvier 1976, alors qu'il était premier ministre.

Qu'a-t-il appris de toutes ces missions? «Ça m'a renforcé dans une impression que j'avais que, peu importe le parcours des pays, il ne faut pas le juger selon nos propres itinéraires. L'Amérique latine, ça n'existe pas, les Antilles, ça n'existe pas. Les généralités qu'on en fait sont des raccourcis réducteurs.»

Ça vaut aussi pour les autochtones.

Il retourne le miroir. «Quand ça s'applique à nous, on n'aime pas ça, non? Quand on se fait dire "les Nord-Américains sont ci, sont ça...", on dit : "Mais vous parlez de qui?"»

À l'époque, j'étais sortie du cinéma porno après une demi-heure, j'en avais vu assez. J'ai conversé une heure avec Yves Gagnon, j'en aurais pris encore.

À chacun ses plaisirs.

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