Mon ex est un moine

Entré comme postulant au Monastère de la Croix... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Entré comme postulant au Monastère de la Croix glorieuse en 2013, Patrick Blanchet est maintenant, à 42 ans, le plus jeune des huit moines de la communauté installée à La Malbaie.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) CHRONIQUE / Je suis arrivée au monastère le matin, Patrick m'y attendait, vêtu de sa longue tunique blanche, un chapelet en bois accroché à sa ceinture. Il portait, comme avant, des bas de laine dans ses sandales.

Avant, c'était avant qu'il devienne moine.

On a été ensemble pendant cinq ans, au tournant du millénaire, on s'est laissés en 2001 essentiellement parce qu'il voulait s'engager et que je n'étais pas rendue là. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'il s'engagerait comme ça. Lui non plus. «Quand je suis arrivé ici, je ne me souvenais même plus du Notre Père...»

Et il avait des comptes à régler avec Dieu. Il y a deux ans, Patrick m'avait confié ceci : «Je ne pensais jamais vivre cette vie-là, c'était trop impossible. Je vivais dans l'action. Et j'avais une haine envers l'Église, une colère.»

Je vous ai déjà parlé de lui en avril 2013, il s'apprêtait alors à entrer au Monastère de la Croix glorieuse comme postulant. Ça faisait des mois qu'il allait passer du temps là-bas, dans Charlevoix, pour faire le vide et le plein, mais il revenait chaque fois à Québec pour diriger la Société d'histoire forestière du Québec, qu'il a fondée en 2007.

C'était un gars occupé, efficace.

N'importe qui, d'ailleurs, peut aller faire un tour au monastère pour une nuit, ou plus, le temps de faire un pas de côté, reprendre son souffle dans l'oeil de la tornade. On peut assister aux offices, ou pas.

Patrick dit que «c'est comme un hôpital de campagne» de l'âme.

L'habit fait le moine

Il a terminé ses deux ans de noviciat cet été et a prononcé ses voeux. Il a aussi pris les habits, parce qu'ici, l'habit fait le moine. Il a aussi changé son nom, il pouvait choisir celui qu'il voulait, il en a discuté avec son maître des novices. Le 16 août, Patrick Blanchet est devenu Charles-Patrick-de-la-Transfiguration.

Quand on était ensemble, il s'amusait de cette manie que j'avais, et que j'ai toujours, d'abuser du mot petit et de son féminin. Quand je parle, il n'y a que de petites minutes, de petites choses.

Patrick est un petit frère de la Croix.

À 42 ans, il est le plus jeune des huit moines de la communauté, fondée en 1980 par Michel Verret, selon les enseignements de Charles de Foucauld. Installé d'abord à Valcartier, le cloître a déménagé à Sainte-Agnès en 1991, dans un imposant bâtiment, flambette, posé à flanc de montagne, face au fleuve.

Patrick a donné un coup de jeune au monastère il y a deux ans, il n'est plus le seul. Des hommes dans la vingtaine et dans la trentaine sont à tenter l'aventure de cette vie monastique, comme stagiaires ou postulants. Il y a aussi un novice de 60 ans. «Nous sommes 16 présentement, la capacité maximale est de 21...»

Ça fait longtemps qu'il n'y a pas eu autant de monde à la messe.

Patrick se lève tous les matins entre 5h et 6h, «en priant, évidemment. Je donne ma journée au Seigneur. Après, je suis un buveur de café, je bois mon café en regardant les journaux, en prenant mes courriels et mes messages sur Facebook. À 6h30, on chante les psaumes et après, jusqu'à 8h30, on a du temps libre. Je vais dehors ou je fais des études».

Il étudie présentement «l'intégration des philosophies païennes, comme la philosophie grecque, dans la vie monastique».

À 8h30, il se met au boulot, son travail à lui c'est de préparer les bonbons en pâtes de fruits que la communauté vend pour payer ses factures. «Pendant que je travaille, je fais de l'adoration. Je suis encore plus en silence, intérieurement.» Il doit aussi laver les toilettes de l'hôtellerie.

«Ce n'est pas ce qu'on fait qui est important, mais dans quel esprit on le fait.»

Rythme monastique

Il est responsable du site Web, mais, il s'en confesse, «le site n'est pas à jour. J'avais une expertise, je l'ai donnée à la communauté, mais j'aime moins passer du temps devant l'ordinateur. À ceux qui trouvent qu'il y manque des choses, je dis que ça se fait au rythme monastique!»

Il fait une petite sieste après le dîner, avant de retourner travailler, jusqu'à 17h, l'heure des vêpres. Après souper, les moines ont du temps libre. «Je fais du sport ou bien, encore, une lecture méditée des évangiles, je l'intériorise.» Le jeudi après-midi et le dimanche soir, c'est la «récréation communautaire».

Les moines se retrouvent ensemble pour placoter. Et pour rire. «J'ai eu beaucoup de partys dans ma vie d'avant, mais ici, on vit la joie d'une vie fraternelle, on a des fous rires incroyables!»

Avec des hommes qu'il n'a pas choisis.

J'ai demandé à Patrick s'il se sentait à sa place. «Absolument, c'est très clair pour moi. C'est un milieu qui tend à me pacifier. J'apprends à travailler sur moi, surtout pour une personne comme moi qui voulait tout contrôler. Je ressens l'effet de la purification du coeur, je réalise que je peux grandir en liberté en acceptant l'obéissance.»

Il ne s'est jamais senti aussi libre.

«Pour être libre, il faut se dégager de ses passions et de ses envies», entre autres celle de faire l'amour, il préfère parler de «continence». Il y pense de moins en moins. «J'y arrive par le travail que j'ai fait sur moi. Je ne suis plus tourmenté par cet élément, mais ça prend une grâce surnaturelle pour y arriver!»

Il a la conviction qu'il pourrait être heureux partout.

Patrick, je l'appellerai toujours Patrick, a «donné un sens à sa chasteté consacrée. J'ai rencontré beaucoup de femmes abusées, qui ont été blessées. J'ai voulu donner ma continence pour ces femmes-là...»

Sa gorge s'est nouée, ses yeux se sont embrouillés.

Intolérant aux jugements

De la même façon, «je donne ma vie ici pour que la communauté puisse continuer à exister, pour que d'autres puissent renaître. Je suis rendu intolérant aux jugements, il y a une grande violence socialement, elle est continuelle, sur les pauvres, les démunis. Il faut apaiser notre colère pour voir l'autre de façon éclairée».

Il se voit comme «un paratonnerre à la violence du monde», et Dieu sait que le temps est à l'orage. Il est un témoin aussi impuissant que moi des guerres et des attentats, commis précisément au nom de la religion. «Nous croyons que les humains, fondamentalement, sont bons. Je dois les aimer sans condition, sans les juger.»

Ça va «jusqu'aux pédophiles, aux djihadistes. J'essaye d'imaginer les blessures qu'ils ont eues pour en arriver là. Je me dis que si j'avais eu la même vie qu'eux, les mêmes souffrances, je serais peut-être comme eux. L'être humain est bon, mais s'il est blessé, il peut être foutrement dangereux...»

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