Drame de Sainte-Croix: les questions sans réponses

Béatrice 11 ans et Médora 13 ans... (Infographie Le Soleil)

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Béatrice 11 ans et Médora 13 ans

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(Québec) CHRONIQUE / Presque deux ans se sont écoulés depuis cette funeste nuit de février, pendant laquelle Martin Godin a tué quatre personnes, dont ses deux filles qu'il appelait «ses trésors», avant de retourner l'arme contre lui.

Vingt et un mois avant de savoir ce qui s'est passé.

Le coroner Luc Malouin vient de rendre public son rapport d'investigation, il aurait bien aimé le faire avant, mais il a dû patienter longtemps avant d'obtenir les rapports de la Sûreté du Québec (SQ) et les compléments d'information dont il avait besoin pour raconter comment s'est joué ce drame familial.

Et pour chercher comment il aurait pu être évité.

Dans son rapport de quatre pages, dont Le Soleil a fait état en exclusivité lundi, on comprend que le coroner n'a pas trouvé de réponses à cette question. Le soir du drame, Martin Godin était en proie à une rage meurtrière. Sa femme, Nancy Godin, venait d'annuler un rendez-vous pour discuter de leur séparation, il a disjoncté.

Nancy a laissé Martin le 30 janvier, sans lui dire qu'elle voyait un autre homme. Martin Godin était convaincu qu'elle fréquentait quelqu'un, ses soupçons se sont vite tournés vers un ami du couple, Benoit Daigle, qui avait un chalet près du leur. C'est là, à Sainte-Croix, que Godin s'est pointé à 20h44 le 1er février, avec un fusil.

Nancy et Benoit étaient ensemble, dehors. Martin Godin leur a tiré dessus, a tué Nancy Samson, a achevé Benoit Daigle avec la crosse de son fusil. Il est retourné chez lui à Saint-Isidore, à 70 kilomètres de là.

Le rapport du coroner ne dit pas ce que les policiers de la Sûreté du Québec ont fait après avoir trouvé les victimes. Le coroner indique seulement qu'un autre appel est entré au 9-1-1 à 00h23, d'un ami de Martin Godin, à qui ce dernier venait de confier au téléphone : «on s'en va au ciel».

Le rapport ne dit pas non plus ce que les policiers ont fait après cet appel.

Tout ce qu'on apprend, c'est que «près de six heures plus tard, les policiers pénètrent dans la résidence de M. Godin et découvrent son corps et celui de ses deux filles, chacun atteint par une balle de carabine à la tête. M. Godin et sa fille Béatrice étaient toujours vivants alors que la jeune Médora est décédée.»

En entrevue lundi, le coroner n'était pas en mesure d'expliquer pourquoi les policiers de la SQ avaient mis autant de temps avant d'arriver chez Martin Godin. «Je vais laisser les policiers répondre à ça.» J'ai appelé les relations médias de la Sûreté du Québec mardi à 10h30 pour avoir les réponses, je les ai relancés à 14h.

Une agente de communications m'a appelée à 16h20. «Bonjour, alors voici, je vais vous donner les lignes de presse...»

Les voici : «Ce n'est que quatre heures après être arrivés sur la première scène que les policiers ont été mis sur la piste de Martin Godin. Dès qu'ils ont su qu'il était un suspect, ils ont fait des démarches pour le localiser. Vingt minutes plus tard, ils étaient à l'entrée du chemin de la résidence.

- Il était quelle heure?

- Je n'ai pas cette information.

Ils ont été confrontés à un enjeu de sécurité. Dans un premier temps, le suspect était soupçonné de vouloir commettre des homicides et d'être armé. Dans un deuxième temps, il pouvait être en compagnie de deux enfants. Les policiers devaient s'assurer de ne pas précipiter des gestes ou provoquer une prise d'otages. Le groupe tactique d'intervention a été invité à se rendre sur place. L'enquête démontrera que les gestes avaient été commis avant l'arrivée des premiers patrouilleurs.

- À quel moment êtes-vous arrivés à cette conclusion?

- Je n'ai pas cette information.

- Qu'est-ce qui s'est passé entre la première scène, à 20h45, et l'appel au 9-1-1, à 00h23?

- C'est ce que j'ai dit : "Ce n'est que quatre heures après"...

- Mais qu'est-ce qui s'est passé pendant ces quatre heures-là? Pourquoi les policiers ne sont pas allés à l'adresse qui était sur les papiers de Nancy Samson?

- Si vous avez d'autres questions, je vous invite à me les envoyer par courriel.

- Elles étaient dans le journal ce matin, mais je peux bien vous les envoyer...»

J'ai envoyé six questions par courriel, il était 16h40 :

- Qu'est-ce que les policiers ont fait entre la découverte de la première scène avant 21h le 1er février et l'appel au 9-1-1 de 00h23? 

- Pourquoi ne sont-ils pas allés à l'adresse indiquée sur les papiers d'identité de Nancy Samson? Ils seraient arrivés chez Martin Godin et auraient pu éviter le drame...

- Lorsqu'une personne est trouvée morte, n'est-il pas automatique que les policiers se présentent au domicile familial pour informer du décès? De cette façon aussi, ils auraient rencontré Martin Godin.

- Il était quelle heure à l'arrivée des premiers policiers à l'entrée du chemin de la résidence de Martin Godin?

- À quelle heure a été demandé le Groupe tactique d'intervention?

- À quelle heure s'est présenté le Groupe tactique d'intervention?

L'agente de communication m'a rappelée à 17h01 : «Les lignes, c'est tout ce que je peux te donner pour ce soir.

- Vous répondrez aux questions dans les prochains jours?

- Je ne sais pas.

- Non, mais les réponses, elles sont quelque part?

- Je ne peux pas te dire s'il y aura une suite ou non, mais on a tes questions.

- Bon, ben... merci, bonne soirée.

- Bonne soirée.»

Extraits du rapport du coroner Luc Malouin

«L'entourage de M. Godin le décrit comme une personne dépressive, impulsive et colérique, pouvant être très violente verbalement. Il était suivi médicalement pour traiter des troubles anxio-dépressifs depuis plusieurs années. Il prenait une médication à cet effet et consommait également de la marijuana et de l'alcool à l'occasion. La prise de sa médication était très aléatoire, selon des témoins. L'analyse de son dossier médical en dit cependant peu sur lui, hormis ses troubles anxio-dépressifs.»

«Son entourage souligne également son attitude rigide et contrôlante où tout est centré sur la Bible et ses règles. Toute sa vie est bâtie autour des préceptes religieux, il donnera même à un voisin une Bible dans laquelle il avait surligné des passages afin de l'aider à mieux vivre.»

«Au moment de sa séparation de fait, quelques personnes ont mentionné à Mme Samson de se protéger, que son conjoint pouvait être dangereux. Elle ne croyait aucunement que sa vie, ou celle de ses filles, puisse être en danger, disait-elle à ces personnes. Elle a parlé à une amie très proche peu de temps avant le drame. Cette dernière a insisté pour qu'elle se protège, surtout qu'elle lui avait confié avoir commencé à fréquenter M. Daigle.»

«M. Godin n'a pas accepté que sa femme remette leur rencontre et il se doutait alors qu'elle était avec un autre homme. La nouvelle relation de sa conjointe semble le principal motif de ses gestes, selon la lettre de suicide qu'il a écrite. Il plaçait sa compréhension de la Bible et les Commandements de Dieu en première place dans sa vie.»

«Ce drame peut s'expliquer notamment par les problèmes de comportement de M. Godin ayant une personnalité rigide, à la rigueur fanatique, orientée uniquement vers sa compréhension des préceptes religieux qui faisaient son affaire ou qui le confortaient dans sa façon de vivre.»

«Il semble bien qu'il n'ait pris que ce qui faisait son affaire dans les commandements de la Bible car, dans son délire meurtrier, il a oublié le sixième commandement : "tu ne tueras point".»

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