Le complot de la reine abeille

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Gabriel, Nathan et Christopher racontent et expliquent la paix aux plus jeunes.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) CHRONIQUE / La paix, ça peut aussi commencer par une reine abeille qui jette un sort aux animaux pour que leurs bébés soient figés dans la cire. Et par une alliance improbable entre une fourmi, un papillon, une grenouille et une araignée qui partent à la recherche du château de la méchante reine, qui n'est pas si méchante que ça.

Ça peut passer par un lapin tout blanc, mais c'est une autre histoire.

C'est en racontant des fables comme celles-là que Gabriel Savoie, Christopher Guay et Nathan Ménard livrent leurs messages à des élèves du primaire, les trois jeunes sont des ambassadeurs de la paix. Je devrais plutôt dire, ils étaient des ambassadeurs, le programme a été mis sur la glace cette année.

Il est passé dans la moulinette des moyens de pression.

Dommage, parce que depuis 1999, des élèves étaient recrutés pour sensibiliser les jeunes en faisant la tournée des classes du primaire. L'organisme qui chapeaute les ambassadeurs s'appelle les Créateurs de paix. «On parle de l'estime de soi, ajoute Gabriel, 14 ans. On parle aussi de l'intimidation, de comment la prévenir.»

Les ambassadeurs montrent aux élèves de la maternelle à prendre trois grandes respirations quand ils sont fâchés.

Parce que la paix, c'est aussi de respirer par le nez.

L'histoire que les jeunes doivent raconter en maternelle est celle du «petit lapin tout blanc qui voulait vivre en paix», parti en forêt parce qu'il faisait rire de lui. Le lapin a croisé une chouette qui lui a montré à respirer, un renard, à utiliser les mots pour se faire respecter, et un lynx, à écouter son coeur. Il est revenu chez lui, où il vécut heureux.

L'histoire ne dit pas s'il a eu des enfants.

Il y a une histoire pour chaque année, celle de la reine abeille, L'aventure de la forêt enchantée, est racontée en 2e année. Il y a l'histoire d'un canard qui voulait être aimé en première année, d'un manchot qui se sent inutile en troisième.

Christopher et Nathan ont 11 ans, ils sont en 6e année. L'an dernier, ils se sont plantés devant des classes, pendant une heure, pour parler paix. Ils ont reçu une formation. Christopher m'explique ce qu'il fait. «On explique aux autres que les chicanes, ça fait des conflits, et que les conflits, ça peut faire des guerres.»

Il est plus facile de désamorcer des chicanes que des bombes.

J'avais pris rendez-vous avec des jeunes et le fondateur du programme, Richard Proulx, quelques jours avant les attentats de Paris. Lorsque je les ai rencontrés, le sujet s'est imposé de lui-même, Christopher en a parlé le premier.

- Vous avez entendu pour vendredi?

- Oui.

Et il s'est mis à discuter des attentats. «Quand je suis arrivé à la maison, ma mère était sous le choc, elle m'a dit : "C'est comme le 11 Septembre, mais à Paris." Je pensais que des avions avaient frappé la tour Eiffel... J'ai fait une vidéo sur YouTube, je disais merci aux Français pour avoir sauvé des gens, aidé les blessés.»

L'onde de choc s'est répandue à l'école, des enseignants ont abordé le sujet en début de semaine. Nathan n'a retenu que le bout sur l'intimidation. «Ça peut mener jusqu'à ça, l'intimidation. Ceux qui se font intimider, ils veulent rejoindre une gang pour avoir des amis. Les terroristes, c'est la pire gang au monde...»

Gabriel, lui, a compris que ce n'était pas une guerre comme les autres. «Avant, dans les anciennes guerres, tu savais contre qui tu te battais, c'était clair. Eux autres, ils veulent nous faire peur, mais il ne faut pas tomb er dans leur jeu. Parce que si on a peur, on perd notre pouvoir.»

C'est le substrat de l'intimidation.

Responsable de la Maison des jeunes Azymut Est-Ouest de Saint-Nicolas, Richard a eu l'idée des ambassadeurs de la paix après la tuerie de l'école Colombine, à Littletown, au Colorado, en avril 1999. Il s'est dit que les jeunes étaient les mieux placés pour parler aux jeunes de respect et de résolution de conflits.

Reconnu par l'UNESCO, le programme québécois a aussi fait des petits au Liban. Richard y est allé en 2002 et en 2008, pour coordonner la formation d'ambassadeurs libanais et palestiniens. Ces enfants-là sont nés dans la guerre, certains n'avaient jamais entendu parler de paix.

Un jeune de l'école Qualaa, à Saïda, a témoigné de l'expérience. «Avant on ne savait pas quoi faire face à la violence, maintenant on réalise qu'on peut l'arrêter.» Et cet autre enfant, de l'école Sakhra, qui a compris qu'il fait partie de la solution. «La paix n'est pas seulement entre les pays, mais dans le coeur des gens et dans leurs relations avec les autres.»

Parole de reine abeille.

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