Conversation avec une scientifique

À l'époque du gouvernement Harper, les scientifiques de... (Fournie par Nellie Gagné)

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À l'époque du gouvernement Harper, les scientifiques de Pêches et Océans Canada ne pouvaient répondre aux demandes d'entrevue. C'est le service des communications du ministère qui recevait les demandes officielles.

Fournie par Nellie Gagné

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(Québec) - Nellie Gagné?

- C'est moi.

- Je suis Mylène Moisan, chroniqueuse pour Le Soleil, à Québec. Vous avez un peu de temps à m'accorder?

- À propos de quoi?

- De ce que vous voulez. Vous pouvez me parler de vos recherches, de vos projets.

- Maintenant?

C'est sans plus de cérémonie qu'a commencé notre entretien. Si j'avais appelé Nellie un mois plus tôt, sous le gouvernement Harper, elle m'aurait transférée au service des communications de Pêches et Océans. J'aurais dû faire une demande officielle d'entrevue par courriel, en croisant les doigts pour qu'elle soit acceptée.

J'aurais probablement dû soumettre une liste de questions.

J'ai choisi Nellie Gagné par hasard, dans le répertoire des scientifiques du ministère, accessible sur le Web. J'ai appelé quelques chercheurs, je suis tombée sur leur répondeur. Nellie, elle, a répondu.

Elle revenait du lunch, avait fait un peu de jogging avant de rentrer au bureau.

Nellie travaille à Moncton, où elle dirige un groupe de chercheurs et de techniciens, dans le cadre du Programme national de santé des animaux aquatiques. Ils travaillent essentiellement sur le saumon d'élevage et l'huître américaine, que les Canadiens mangent en quantités.

Nellie et sa bande traquent des virus et des parasites. 

Au milieu des années 90, les saumons d'élevage de l'Atlantique ont été happés par un mal mystérieux, ils mouraient comme des mouches. «Le virus avait été déjà identifié en Norvège dans les années 80, mais on ne le connaissait pas ici. Ça a été un peu long avant de trouver ce qui se passait. Dans la baie de Fundy, où l'aquaculture était bien implantée, ça a provoqué une grave crise. Plusieurs cages ont été éliminées.»

Ils ont trouvé le coupable, un dénommé HPR0 ISAV, ou anémie infectieuse du saumon. «Quand ça arrive dans une cage, ça se répand vite. C'est pour cette raison qu'on fait une surveillance régulière des populations, que les résultats des tests sont soumis rapidement. Il arrive qu'on doive éliminer une pleine cage de poissons pour freiner l'expansion.»

Ça fonctionne bien.

Même chose pour l'huître américaine. «Le parasite est apparu au début des années 2000, il a remonté la côte américaine jusqu'au Nouveau-Brunswick. Quand le virus atteint une huître, il peut la faire mourir. Il n'y a plus rien dedans quand on l'ouvre.»

Le méchant parasite s'appelle MSX. «La région touchée, c'est les lacs Bras d'or. Ça a freiné le développement de l'aquaculture. Le parasite est encore présent. si on y remettait des huîtres, la maladie reviendrait. On a eu une chance dans notre malchance, c'est une zone confinée, où il y a très peu de contacts avec l'océan. Ça nous permet de contrôler les choses.»

Nellie et son équipe gardent le parasite à l'oeil. «On fait beaucoup de surveillance parce que la pathologie pourrait être transportée par un bateau ou d'une autre façon.»

C'est, en quelque sorte, une épée de Damoclès.

Pareil pour le saumon. Les chercheurs ont identifié une souche dormante du virus. «Là, on le voit, on le détecte, mais la maladie ne se développe pas. Lorsqu'on l'identifie, on n'élimine pas les cages. Mais une des hypothèses est que cette souche peut parfois muter et devenir une forme virulente.»

Si ça arrive, les poissons risquent de mourir. Heureusement pour l'humain, le virus n'affecte pas celui qui mange le poisson. Il en aurait seulement peut-être un peu moins à se mettre sous la dent.

Idem pour l'huître.

Nellie s'intéresse également à différentes maladies qui pourraient toucher les animaux aquatiques, elle collabore avec les deux autres laboratoires canadiens qui font aussi des tests pour dépister les vilains virus, à Winnipeg et à Nanaimo, en Colombie-Britannique. Chaque région a ses virus chouchou. 

Nellie et son équipe - ils sont une dizaine - s'apprêtent maintenant à faire des expériences avec des saumons sauvages. «Ça fait longtemps qu'on ne les a pas étudiés! On va pouvoir regarder comment se répandrait le virus dans ces populations, puisque dans la nature, on ne peut pas les observer.»

- Et puis, comment trouvez-vous ça de parler à une journaliste?

- Ça fait drôle.

- Vous l'aviez déjà fait?

- J'ai eu des demandes d'entrevue, mais elles n'ont pas été approuvées.

Le saumon et l'huître ne sont désormais plus des secrets d'État.

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